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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2406497

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2406497

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2406497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juin 2024, M. B A, représenté par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° T685 du 9 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut, portant la mention " salarié " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté est entaché d'incompétence ;

- l'avis de la plateforme main d'œuvre étrangère sur lequel se fonde l'arrêté contesté

présente des informations erronées ;

- le préfet s'est estimé à tort lié par l'avis de la plateforme main d'œuvre étrangère ;

- il méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 août 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 17 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Fédi, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1.M. A, ressortissant marocain né le 2 novembre 1991, a sollicité le 26 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour. Il déclare être entré en France le 15 juillet 2016 en provenance du Maroc muni d'un visa Schengen de type C pour un séjour autorisé de 30 jours. M. A a fait l'objet d'une précédente décision portant obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour d'une durée de deux ans le 27 janvier 2017. Par arrêté du 9 février 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2.En premier lieu, par un arrêté n°13-2023-10-06-00006 du 16 octobre 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Bouches-du-Rhône et librement accessible aux parties, M. C, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, du contentieux et de l'asile, a reçu délégation de signature du préfet des Bouches-du-Rhône pour signer tout document relatif à la procédure de délivrance de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3.En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4.Alors que la décision attaquée est suffisamment motivée et démontre un examen particulier de la situation du requérant, la circonstance, à la supposer établie, que l'avis de la plateforme Main d'Œuvre Étrangère sur lequel se fonde l'arrêté contesté présenterait des informations erronées est sans influence sur la motivation de l'arrêté en litige.

5.En troisième lieu, il ressort de la lecture même de l'arrêté attaqué que le préfet a analysé la demande de M. A comme étant une demande d'admission exceptionnelle au séjour et a estimé, après un examen complet, que sa situation ne justifiait pas une telle admission. Si le préfet n'était pas tenu, dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié, de saisir la plateforme de la main d'œuvre étrangère, il lui était toujours loisible de le faire dans le cadre de son pouvoir d'instruction, sans commettre d'erreur de droit. À cet égard, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier, que le préfet des Bouches-du-Rhône se serait cru en situation de compétence liée par l'avis défavorable rendu le 13 avril 2022 par la plateforme de la main d'œuvre étrangère.

6.En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7.Si M. A déclare être entré en France le 16 juillet 2016 en provenance du Maroc, il ne produit aucune pièce permettant d'établir son entrée et le caractère habituel de son séjour. De plus, M. A, célibataire et sans enfant, se prévaut, pour unique liens personnels et familiaux, de sa seule proximité avec sa tante et sa cousine, ressortissantes françaises, ainsi que de relations amicales. En outre, il ne conteste pas disposer d'attaches familiales dans son pays d'origine qu'il n'a quitté qu'à l'âge de 24 ans. Enfin, si M. A déclare être employé en qualité de vendeur polyvalent dans un commerce d'alimentation par la société " LABBAS " depuis le 2 mars 2020, d'abord sous couvert de contrats à durée déterminée puis d'un contrat à durée indéterminée à compter du 1er septembre 2021, toutefois, il ne produit aucun justificatif au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, la décision de refus de séjour n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La décision contestée n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8.En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 modifié stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. Après trois ans de séjour continu en France, les ressortissants marocains visés à l'alinéa précédent pourront obtenir un titre de séjour de dix ans. Il est statué sur leur demande en tenant compte des conditions d'exercice de leurs activités professionnelles et de leurs moyens d'existence () ". Aux termes de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".

9.Ces dispositions, qui n'instituent pas une catégorie de titres de séjour distincte, fixent notamment les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain cité au point précédent prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le territoire français. Toutefois, si l'accord franco-marocain précité ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant marocain qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

10.D'une part, M. A, ressortissant marocain, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile inapplicable aux ressortissants marocains, à l'encontre de sa demande présentée sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour.

11.D'autre part, si M. A déclare avoir établi sa résidence sur le territoire français à compter de son arrivée le 16 juillet 2016 et être proche de sa tante et sa cousine de nationalité française, il ne produit aucune pièce permettant d'établir l'existence de circonstances exceptionnelles justifiant la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi, le requérant, célibataire et sans enfant à charge, ne fait pas état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnelles de nature à justifier son admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Par ailleurs, la circonstance, non établie en l'absence de pièces produites, que le requérant occupe un emploi depuis le 2 mars 2020 et dispose d'un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2021 ne saurait, en tout état de cause, démontrer l'existence de motifs exceptionnels ouvrant droit à son admission exceptionnelle au séjour par le travail ou encore une erreur manifeste d'appréciation dans le cadre du pouvoir général de régularisation du préfet des Bouches-du-Rhône.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12.Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13.Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président-rapporteur,

Mme Caselles, première conseillère,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

G. FEDI

La première assesseure,

Signé

S. CASELLES

La greffière,

Signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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