mardi 6 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2407122 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Avocat requérant | LESCS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Lescs, demande au juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) de suspendre l'exécution de la décision implicite refusant de faire droit à sa demande de délivrance d'un titre de séjour et de renouvellement de son récépissé ;
3°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler tel que prévu à l'article L. 424-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et lui permettant de justifier de la régularité de son séjour sur le territoire français le temps qu'il soit statué sur sa demande de titre de séjour, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;
4°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors que :
- elle est présumée s'agissant d'un refus de titre de séjour ;
- il est placé dans une situation juridique incertaine le privant des droits attachés à son statut ; il ne peut du fait de son impossibilité de justifier de la régularité de son séjour ni accomplir les actes de la vie courante ni travailler alors que sa famille vit sous le seuil de pauvreté ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée pour les motifs suivants :
- la décision attaquée méconnaît le principe de non-refoulement du bénéficiaire de la qualité de réfugié prévu à l'article 33 de la convention de Genève et par le droit constitutionnel d'asile ;
- elle méconnaît la directive 2011/9/5/UE et notamment son article 24 qui prescrit la délivrance dès que possible d'un titre de séjour valable pendant une durée d'au moins trois ans renouvelable aux bénéficiaires du statut de réfugié sauf raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ;
- elle méconnaît l'article R. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le maintien de la protection internationale qui lui a été accordée impliquait la délivrance de la carte de séjour prévue aux articles L. 424-1 et L. 424-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le non-respect du délai réglementaire pour la délivrance du titre de séjour est constitutif d'une illégalité manifeste et emporte des conséquences graves sur sa situation.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône, conclut au non-lieu à statuer et fait valoir que M. B s'est vu remettre un récépissé l'autorisant à travailler valable du 29 juillet 2024 au 28 octobre 2024.
Vu :
- la requête n° 2407121 par laquelle M. B demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 1er août 2024 à 10h00 en présence de Mme Martinez, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Sarac-Deleigne, juge des référés,
- les observations de Me Lescs représentant M. B, qui persiste dans les fins et moyens de sa requête.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc, s'est vu reconnaître le bénéficie du statut de réfugié par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 février 2001. Il a bénéficié en cette qualité d'une carte de résident délivrée le 1er juin 2011 par le préfet des Bouches-du-Rhône et valable jusqu'au 31 mai 2021. Arrêté et emprisonné en Turquie, il est revenu en France en novembre 2023 et a sollicité une nouvelle carte de résident sur le même fondement. Il a bénéficié à ce titre le 9 février 2024 d'un récépissé de demande de carte de séjour en qualité de réfugié valable jusqu'au 8 mai 2024. Le 10 juin 2024, M. B a sollicité auprès des services de la préfecture des Bouches-du-Rhône la délivrance d'un titre de séjour et d'un nouveau récépissé. M. B demande la suspension de l'exécution de la décision implicite née du silence gardé par le préfet des Bouches-du-Rhône sur cette demande.
Sur l'admission provisoire au séjour :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en raison de l'urgence qui s'attache au règlement du présent litige, d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu :
4. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est présenté en préfecture le 29 juillet 2024 et qu'il s'est vu remettre un récépissé de demande de carte de séjour valable jusqu'au 28 octobre 2024 et l'autorisant à travailler. Dès lors, les conclusions aux fins de suspension de la décision implicite de refus de délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour et les conclusions aux fins d'injonction présentées à ce titre sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.
5. En revanche, en l'absence de délivrance du titre de séjour sollicité par le requérant, la circonstance qu'il a obtenu la délivrance d'un récépissé de demande de carte de séjour ne prive pas d'objet sa demande de suspension du refus de renouveler son titre de séjour. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet des Bouches-du-Rhône ne peut être accueillie s'agissant des conclusions de la requête tendant à la suspension de la décision implicite refusant de faire droit à la demande de délivrance d'un titre de séjour.
Sur les conclusions à fin de suspension de la décision implicite de refus de délivrer un titre de séjour :
6. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Il résulte de ces dispositions que le prononcé d'une ordonnance de suspension de l'exécution d'une décision administrative est subordonné à la réunion cumulative de l'existence d'une situation d'urgence et d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
En ce qui concerne l'urgence :
7. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative que l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence est en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, la qualité de réfugié a été reconnu à M. B en 2001 et il résulte de l'attestation de l'OFPRA du 25 août 2023 que l'intéressé est toujours placé sous sa protection en tant que réfugié. Dès lors que le refus de lui attribuer un titre de séjour fait obstacle à ce qu'il puisse séjourner en France en dépit de cette qualité, l'intéressé doit être regardée comme justifiant, dans les circonstances particulières de l'espèce, de ce qu'est remplie la condition de l'urgence s'attachant à l'intervention du juge des référés.
En ce qui concerne le doute sérieux :
9. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes de l'article L. 424-4 de ce code : " Le délai pour la délivrance de la carte de résident prévue à l'article L. 424-1 après la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile est fixé par décret en Conseil d'État. " Aux termes de l'article R. 424-1 : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. Ce délai n'est pas applicable aux membres de famille visés à l'article L. 561-2 ".
10. Il est constant que M. B s'est vu reconnaitre la qualité de réfugié par une décision de l'OFPRA du 8 février 2001 et qu'il a bénéficié d'un titre de séjour valable en dernier lieu jusqu'au 31 mai 2021. Le 10 juin 2024, le requérant a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Le préfet ne fait état d'aucun motif de nature à faire obstacle à la délivrance d'une carte de résident sur le fondement de ces dispositions. En l'absence de décision de l'OFPRA ou d'une décision de justice retirant la protection accordée à M. B, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées est de nature à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus en litige.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
11. Si, dans le cas où les conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont remplies, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative, même de rejet, et assortir cette suspension d'une injonction, s'il est saisi de conclusions en ce sens, ou de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration, les mesures qu'il prescrit ainsi doivent présenter un caractère provisoire. Il suit de là que le juge des référés ne peut, sans excéder sa compétence, ni prononcer l'annulation d'une décision administrative, ni ordonner une mesure qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant une telle décision.
12. L'injonction faite au préfet de délivrer à l'intéressé le titre de séjour sollicité, qui aurait des effets en tous points identiques à ceux qui résulteraient de l'exécution par l'autorité administrative d'un jugement annulant le refus de séjour en litige, ne peut donc être prononcée en conséquence de la suspension de l'exécution de la décision en litige. Cette suspension implique seulement mais nécessairement que le préfet des Bouches-du-Rhône procède au réexamen de la demande de M. B et édicte une décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
13. M. B a été provisoirement admis, ainsi qu'il a été dit, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais que M. B a exposé, soit en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et au bénéfice de Me Lescs avocate, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle serait accordé à M. B et sous réserve alors que Me Lescs renonce à percevoir la part contributive de l'État à l'aide juridictionnelle, soit en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. B, dans le cas où le bénéfice définitif de l'aide juridictionnelle lui serait refusé.
O R D O N N E :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à la suspension de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer un récépissé de demande de carte de séjour.
Article 3 : L'exécution de la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet des Bouches-du-Rhône sur la demande de M. B tendant à la délivrance de la carte de séjour qu'implique la reconnaissance de la qualité de réfugié est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 4 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de la demande de M. B et d'édicter une nouvelle décision expresse à son issue, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 5 : L'État versera la somme de 1 000 euros au titre de frais d'instance dans les conditions mentionnées au point 13.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, à Me Jessica Lescs et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 06 août 2024
La juge des référés,
signé
B. Sarac-Deleigne
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°240712
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026