jeudi 25 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2407221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DECAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. D C demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans, ainsi que l'inscription au système d'information Schengen ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
- ces décisions sont insuffisamment motivées et résultent d'un défaut d'examen de sa situation ;
- les décisions en litige sont entachées d'une erreur de droit dès lors que son comportement ne représente pas de menace pour l'ordre public ;
S'agissant du refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation ;
- cette décision méconnait les articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreurs de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire :
- cette décision est insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation au regard des quatre critères fixés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour sur le territoire en litige méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, résulte d'une erreur d'appréciation de sa situation et sa durée présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport, informé les parties que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'inscription au système d'information Schengen comme dirigées contre une décision inexistante et entendu :
- les observations de Me Decaux pour M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens en insistant sur le fait que le comportement de M. C ne représente aucune menace à l'ordre public dès lors notamment qu'il a été libéré de détention plusieurs mois avant l'échéance prévue, qu'il a travaillé pour les compagnons d'Emmaüs pendant plusieurs années ; elle souligne également que contrairement à ce qui a été retenu par le préfet du Var, le requérant a accepté de repartir dans son pays d'origine ;
- et celles de M. C, assisté de M. A, interprète en langue arabe, mais entendu exclusivement en langue française qu'il comprend et parle couramment, qui précise qu'il a commis des erreurs avec son ex-compagne mais qu'il a purgé sa peine, qu'il a travaillé pour les compagnons d'Emmaüs ainsi qu'il en a fourni les preuves lors du dépôt de sa demande de titre de séjour,
- le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant tunisien né le 20 septembre 1993, M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juillet 2024 par lequel le préfet du Var a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur les conclusions à fin d'annulation du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :
3. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen () ".
4. Lorsqu'elle prend, à l'égard d'un étranger, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation de ce signalement sont irrecevables et doivent être rejetées pour ce motif.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, l'arrêté, qui vise les articles L. 412-5 et L. 611-1 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la situation personnelle de l'intéressé ainsi que de ses déclarations lors de son audition par les services de police le 18 juillet 2024, comporte des considérations de droit et de fait en des termes suffisamment précis pour satisfaire à l'obligation de motivation prévue par les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors en tout état de cause qu'en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de cette de la décision relative au séjour, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de ces décisions doit dès lors être écarté.
6. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu en particulier des termes circonstanciés de l'arrêté en litige, que le préfet du Var aurait négligé de procéder à un examen particulier de la situation de M. C.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 () ".
8. Il est constant que M. C a été condamné, par un jugement du 15 janvier 2024 du tribunal correctionnel de Draguignan, à une peine d'emprisonnement de huit mois pour les faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Compte tenu, d'une part, du caractère grave et récent des faits du 13 janvier 2024 qui ont donné lieu à cette condamnation et, d'autre part, de la circonstance que M. C s'était déjà fait connaître des services de police pour des mêmes faits le 8 août 2023, et alors même que le requérant a, compte tenu de son comportement en détention, bénéficié d'une remise de peine de plus de deux mois, le préfet du Var n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en estimant, à la date de son arrêté, que la présence de l'intéressé est constitutive d'une menace pour l'ordre public.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
10. A supposer même que M. C se prévale de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de sa présence alléguée en France depuis 2017, le requérant, célibataire et sans enfant, ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations et n'établit pas davantage être isolé dans son pays d'origine où résident ses frères et sœurs alors qu'il a seulement déclaré avoir un cousin éloigné en France. Par suite, les circonstances dont le requérant fait état ne suffisent pas pour considérer que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français qu'il conteste ont été pris en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Les éléments avancés ne permettent pas davantage de considérer que le refus critiqué et l'obligation de quitter le territoire français résultent d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".
12. L'arrêté vise les articles L. 612-1 à L 612-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.
13. M. C soutient qu'il n'entend pas se soustraire à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et que la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a simplement perdu son passeport, qu'il avait présenté lors de sa demande de titre de séjour. Toutefois, la décision en litige n'est pas fondée sur le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, c'est sans erreur de fait ni erreur manifeste d'appréciation que le préfet du Var a refusé d'accorder à M. C un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
14. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
15. En premier lieu, la décision attaquée mentionne les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et examine les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 de ce code, en indiquant notamment les éléments relatifs à la vie privée et familiale du requérant, l'absence de précédente mesure d'éloignement prise à son encontre et que son comportement représente une menace pour l'ordre public. La décision en litige comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
16. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, motivée de façon circonstanciée, que le préfet du Var aurait négligé de procéder à un examen sérieux de la situation du requérant. Le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.
17. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, le préfet du Var devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France. Toutefois, il est constant que M. C n'a fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, et l'intéressé, dont le dossier de demande de titre de séjour a été enregistré en préfecture le 13 juin 2022 ainsi que cela ressort du récépissé dont la copie a été présentée par l'intéressé à l'audience, valable jusqu'au 22 décembre 2023, a indiqué sans être contredit avoir exercé pendant plusieurs années au sein de l'association des compagnons d'Emmaüs. Dans ces conditions, la durée de cinq ans d'interdiction de retour sur le territoire retenue par le préfet du Var, qui est la durée maximale pouvant être prononcée à l'égard de l'intéressé, présente un caractère disproportionné.
18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 18 juillet 2024 portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante pour l'essentiel.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La décision du préfet du Var du 18 juillet 2024 portant interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans est annulée.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.
La magistrate désignée
Signé
A. B
Le greffier
Signé
R. Machado
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026