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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409172

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409172

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantM'HAMDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 septembre 2024, le 1er octobre 2024, et le 24 octobre 2024, M. C A, représenté par Me M'Hamdi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juin 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " travailleur saisonnier " et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire comportant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre une somme de 1 500 euros à la charge de l'État en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance du titre de séjour :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 435-1 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la commission du titre de séjour aurait dû être consultée dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales (CESDH) et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de délivrance du titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 611-3 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de délivrance du titre de séjour ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024 le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 septembre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 octobre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 9 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique le rapport de M. Pecchioli, président rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant marocain né le 1er mai 1987, est entré sur le territoire français le 18 septembre 2013 sous couvert d'un visa délivré le 17 septembre 2013, en qualité de travailleur saisonnier, par le consulat de France à Casablanca. Il a bénéficié ainsi que son visa le lui permettait, de la délivrance d'une carte de séjour temporaire mention " travailleur saisonnier " valable au 17 décembre 2013 au 16 décembre 2016, l'autorisant à séjourner sur le territoire national à hauteur de six mois par an dans le cadre de l'exécution des contrats saisonniers. Il a fait l'objet d'une interpellation par la police aux frontières des Hautes-Alpes, le 22 mars 2016, dans le cadre d'une affaire de tentative d'obtention indue de document administratif, en l'occurrence une carte nationale d'identité française. Par suite, le préfet des Hautes-Alpes a pris un arrêté à son encontre, le même jour, portant obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. M. A a de nouveau fait l'objet d'une interpellation le 14 sepembre 2022 dans le cadre d'un contrôle d'identité à Marseille. Un arrêté du 14 septembre 2022 a été ensuite pris à son encontre, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. M. A a présenté le 6 octobre 2024, une première demande de titre de séjour sur le fondement de la " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 12 juin 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". L'article L. 435-1 précitée, prévoit que le préfet doit consulter la commission du titre de séjour lorsqu'un étranger justifie résider habituellement en France depuis plus de dix ans. Le préfet n'est toutefois tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement cette condition, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

3. M. A soutient à l'appui de sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " qu'il réside habituellement en France depuis 10 ans, soit depuis l'année 2014, et produit à ce titre de nombreuses pièces. Toutefois dès lors qu'il n'a été autorisé à séjourner en France jusqu'en 2016 qu'au titre du statut de travailleur saisonnier, lequel ne l'autorisait pas à avoir sa résidence habituelle en France, ayant pris l'engagement de maintenir sa résidence habituelle hors du territoire national, il ne saurait justifier de sa présence en France au titre des années 2014, 2015 et 2016. Il s'ensuit, en tout état de cause, que le requérant n'établit pas une résidence habituelle de 10 ans. Par suite le moyen tiré de l'absence de consultation de cette commission doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. Le requérant produit, à partir de l'année 2017 de nombreuses pièces, notamment des relevés de compte faisant apparaître des mouvementes bancaires, des quittances de loyers ainsi que des ordonnances et documents médicaux. Il ressort ainsi de l'ensemble des pièces versées au dossier que le requérant établit résider habituellement sur le territoire français depuis l'année 2017, soit 8 ans à la date de l'arrêté litigieux. Toutefois, il n'a pas exécuté les obligations de quitter le territoire français du 22 mars 2016 et du 14 septembre 2022. S'il soutient bénéficier d'une formation de boulanger et d'une expérience dans son domaine en France, il n'apporte à l'appui de ses écritures aucun élément permettant d'étayer, ses allégations ; ainsi, il ne justifie pas d'une particulière insertion professionnelle. La promesse d'embauche produite du 22 octobre 2024, soit postérieure à l'arrêté édicté ne suffit pas à elle seule à démontrer son insertion socio-professionnelle. Par ailleurs, s'il soutient que le centre de sa vie privée et familiale est en France dès lors qu'il a lié de fortes amitiés en France et que sa fille réside en France, il ressort des pièces du dossier que ses deux parents et que l'un de ses frères et sa sœur résident dans son pays d'origine, le Maroc, où il a vécu la majeure partie de sa vie. En tout état de cause, il ne fait état d'aucun document ou élément de nature à apporter la preuve qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. A, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni méconnu les stipulations de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Enfin en troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs, cet arrêté n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation de la requérante.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes du 5 de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; ".

9. Si M. A fournit à l'instance l'acte de naissance de sa fille B née le 2 février 2017 ainsi que son acte de reconnaissance du 7 novembre 2016, il ne produit, à l'appui de sa requête, aucun document ou élément de nature à apporter la preuve qu'il contribue à son entretien et à son éducation depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans.

10. Par suite, le requérant, dans ces circonstances, n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait été pris en méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. En premier, lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire par exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; 3° II existe un risque que l'étranger se soustrait à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour/ () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). "

13. Il ressort des pièces du dossier que si M. A est entré en France régulièrement par l'intermédiaire d'un visa saisonnier valable à partir du 17 décembre 2013, il n'a pas quitté le territoire français à la date de sa dernière expiration, fin 2016, ni demandé de titre de séjour. Pour ce seul motif, prévu au 1° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qui permet de neutraliser le cas échéant celui tiré d'une insuffisance des garanties de représentation, le préfet des Bouches-du-Rhône pouvait refuser d'accorder à M. A un délai pour quitter le territoire français sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation. Par ailleurs, il a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en 2016 et en 2022 auxquelles il n'a pas déclaré avoir obtempéré. De plus, il a tenté d'obtenir frauduleusement une carte nationale d'identité. Dans ces conditions, le risque de fuite était parfaitement avéré et le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

15. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E:

Article 1er : La requête de M. C A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,

M. Juste, premier conseiller,

Mme Houvet, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

C. JUSTE

Le président-rapporteur,

Signé

J-L. PECCHIOLI

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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