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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409254

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409254

vendredi 27 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409254
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNACINOVIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Nacinovic, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 16 juillet 2024 accordant le concours de la force publique, à compter du 16 septembre 2024, au commissaire de justice en charge de la procédure en vue de son expulsion du logement situé 62 rue Eugène Pierre à Marseille (13005).

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que l'expulsion, qui peut intervenir à compter du 16 septembre 2024, est imminente et est susceptible d'emporter des conséquences graves, immédiates et irréversibles sur sa situation, en ce qu'elle risque d'être sans domicile fixe, en l'absence de possibilité de trouver un nouveau logement malgré ses nombreuses démarches, et de toute perspective d'hébergement, et en ce que sa situation en vue de sa réinsertion socioprofessionnelle et psychologique va s'aggraver, et ce alors qu'elle s'acquitte de tous ses loyers en cours depuis le mois d'avril 2023 ; la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit à la dignité et à son droit au logement ;

- la condition tenant à l'existence de moyens propres à créer un doute sérieux est également remplie, dès lors que :

* la compétence de l'auteur de l'acte n'est pas établie ;

*la décision litigieuse n'est pas motivée ;

* elle est entachée d'une erreur de droit au regard du défaut de caractère exécutoire du jugement du 12 décembre 2023 du tribunal judiciaire de Marseille la déclarant occupante sans droit ni titre et prononçant son expulsion, dès lors que la commission de surendettement des particuliers des Bouches-du-Rhône a déclaré sa demande de traitement de sa situation de surendettement recevable en l'orientant vers un rétablissement personnel sans liquidation judiciaire et que l'article 722-9 du code de la consommation prévoit en un tel cas la suspension des mesures d'expulsion pendant une durée de deux ans ; en outre, par un jugement du 24 juin 2024, le juge des contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Marseille statuant en matière de surendettement a renvoyé son dossier devant la commission de surendettement des particuliers des Bouches-du-Rhône ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation du fait de l'atteinte portée à la dignité de la personne humaine, eu égard à son état de santé dégradé et à l'absence de solution de relogement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- l'urgence n'est pas établie ;

- la requérante ne fait état d'aucun moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond enregistrée sous le n° 2409252.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de la consommation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jorda-Lecroq, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A l'audience publique du 23 septembre 2024 à 15 heures, en présence de Mme Aras, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Jorda-Lecroq, juge des référés ;

- les observations de Me Nacinovic, représentant la requérante, qui a renouvelé, en les développant ou les précisant, les moyens de la requête, en précisant qu'il a été relevé appel du jugement d'expulsion du 12 décembre 2023 le 9 février 2024 et que Mme A est convoquée à une audience devant le juge de l'exécution le 15 octobre 2024 ;

- et les observations de Mme C, pour le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a repris les termes du mémoire en défense.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré produite pour Mme A a été enregistrée le 24 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

1. Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et relatif à l'aide juridictionnelle et à l'aide à l'intervention de l'avocat dans les procédures non juridictionnelles : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Le bureau d'aide juridictionnelle n'a pas statué sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par Mme A. Par suite, il y a lieu de l'admettre d'office au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice

administrative :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Aux termes de l'article L. 153-2 du même code : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Aux termes de l'article R. 153-1 du même code : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution ".

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution citées au point précédent que le représentant de l'Etat, saisi d'une demande en ce sens, doit prêter le concours de la force publique en vue de l'exécution des décisions de justice ayant force exécutoire. Seules des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public, ou des circonstances postérieures à une décision de justice ordonnant l'expulsion d'occupants d'un local, faisant apparaître que l'exécution de cette décision serait de nature à porter atteinte à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique.

6. Il résulte de l'instruction que par un jugement du 12 décembre 2023, le juge des contentieux et de la protection du tribunal judiciaire de Marseille a constaté que Mme A est occupante sans droit ni titre du logement situé 62 Boulevard Eugène Pierre à Marseille (13005) depuis le 2 janvier 2022, lui a ordonné de libérer les lieux et a ordonné son expulsion ainsi que celle de tous occupants de son chef de ces lieux à l'issue d'un délai de deux mois à compter de la notification du commandement de quitter les lieux, avec le concours, en tant que de besoin, de la force publique. Un commandement de quitter les lieux a été signifié à la requérante le 2 février 2024, avec échéance au 2 avril 2024. Les propriétaires des lieux ont sollicité l'octroi du concours de la force publique en vue d'obtenir l'exécution du jugement du 12 décembre 2023 par procès-verbal de commissaire de justice du 9 avril 2024. Il est par ailleurs constant, d'une part, que la requérante a relevé appel de ce jugement du 12 décembre 2023 et, d'autre part, qu'elle est convoquée à une audience devant le juge de l'exécution le 15 octobre 2024.

7. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par Mme A, tels qu'énoncés dans les visas de la présente ordonnance, n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée du préfet des Bouches-du-Rhône du 16 juillet 2024 accordant le concours de la force publique, à compter du 16 septembre 2024, au commissaire de justice en charge de la procédure en vue de son expulsion du logement situé 62 rue Eugène Pierre à Marseille (13005). Dès lors, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'urgence, les conclusions à fin de suspension présentées par la requérante doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Fait à Marseille, le 27 septembre 2024.

La juge des référés,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

4

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