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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2409346

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2409346

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2409346
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantVARTANIAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 septembre 2024, M. A C, représenté par Me Vartanian, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 septembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir rétroactivement les conditions matérielles d'accueil à compter du jour de l'enregistrement de sa demande d'asile, sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été assisté d'un interprète durant l'entretien individuel, en méconnaissance des articles L. 141-3 et L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision contestée porte une atteinte disproportionnée à sa dignité et à sa vie privée.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable, faute pour le requérant de justifier du dépôt d'une demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les litiges relatifs aux conditions matérielles d'accueil en application des articles L. 555-1, L. 921-1 et L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, la magistrate désignée a présenté son rapport et entendu les observations de Me Vartanian pour M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le nom et le prénom du signataire de la décision n'est pas lisible, et que la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'entretien de vulnérabilité n'a pas été effectué avec l'assistance d'un interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant algérien né en 1976, M. C demande au tribunal d'annuler la décision du 10 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. En raison de l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme B E, directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration dont le prénom et le nom figurent sur la décision attaquée, à qui le directeur général de cet office a délégué sa signature, par une décision du 1er janvier 2020, régulièrement publiée sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer toutes décisions relatives aux missions dévolues à cette direction territoriale par la décision du 31 décembre 2013, au nombre desquelles figurent les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Et aux termes de l'article L. 531-27 de ce code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

5. Il ressort tant des informations communiquées par l'intéressé au guichet unique de la préfecture à Marseille du 9 septembre 2024 que de la fiche d'évaluation de vulnérabilité établie le 10 septembre 2024 par l'Office français de l'immigration et de l'intégration que M. C a déclaré être entré en France le 16 avril 2024. M. C, qui se borne à produire dans le cadre de la présente instance une ordonnance de prescription médicale établie le 21 août 2024 par un médecin de l'association " médecins du monde ", ainsi que la copie de résultats non interprétés d'un électrocardiogramme dont la copie a été établie le 26 juin 2024, n'apporte aucun élément de nature à considérer qu'il ne serait pas entré en France dès le 16 avril 2024 ou qu'il aurait été empêché de déposer sa demande d'asile dans le délai prescrit du fait de son état de santé. Dans ces conditions, au 10 septembre 2024, date d'enregistrement de sa première demande d'asile en France, le délai de quatre-vingt-dix jours prévu par les articles précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était expiré. Par suite, M. C n'établit pas que la décision en litige serait entachée d'une erreur de fait.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Et aux termes de l'article L. 141-3 du même code : " Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ".

7. M. C a bénéficié, lors de l'entretien individuel tenu le 10 septembre 2024, de l'assistance d'un interprète en langue arabe par le biais d'ISM interprétariat, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait été insuffisante. M. C a été, à cette occasion, informé du fait qu'il pourrait faire l'objet d'une décision lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort en revanche des pièces du dossier que la fiche d'évaluation de vulnérabilité a été établie le 10 septembre 2024 sans l'assistance d'un interprète. M. C soutient que l'absence d'interprète lors de cet entretien de vulnérabilité l'a privé d'une garantie puisque son état de santé, ainsi que son incompréhension du français, justifient le retard pris dans le dépôt de sa demande d'asile. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 5, les pièces produites dans le cadre de la présente instance ne permettent pas davantage de démontrer dans quelle mesure son état de santé ou sa vulnérabilité auraient pu avoir un impact dans le délai de dépôt de sa demande d'asile. Dans ces conditions, si l'absence d'interprète lors de l'entretien de vulnérabilité constitue un vice de procédure, cette absence d'interprète n'a, dans les circonstances de l'espèce, privé l'intéressé d'aucune garantie ni n'a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure, en méconnaissance des articles L. 551-10 et L. 143-3 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

8. En dernier lieu, pour soutenir que le refus qui lui est opposé porte une atteinte disproportionnée à sa dignité et à sa vie privée, M. C se prévaut de son état de santé. Toutefois, par la seule production d'une ordonnance médicale établie le 21 août 2024 et de résultats d'électrocardiogrammes " dans les limites de la normale " sans davantage d'interprétations médicales, dont une copie a été réalisée le 26 juin 2024, M. C n'établit pas la situation de vulnérabilité qu'il allègue.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 10 septembre 2024, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Vartanian et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La magistrate désignée

Signé

A. D

La greffière

Signé

H. Ben Hammouda

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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