Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 octobre 2024 et 25 mai 2025, Mme C... D..., représentée par Me Pelgrin, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 16 juillet 2024, reçue le 2 août 2024, par laquelle le recteur de l’académie d’Aix-Marseille a décidé de ne pas renouveler son contrat d’engagement en tant qu’agent contractuel enseignant, dont le terme était fixé au 31 août 2024 ;
2°) d’enjoindre au recteur de l’académie d’Aix-Marseille de procéder au réexamen de sa situation administrative et à sa reconstitution de carrière, à compter de la notification à intervenir ;
3°) de mettre à la charge du rectorat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’auteur de l’acte est incompétent ;
- le délai de prévenance d’un mois n’a pas été respecté ;
- elle n’a pas pu disposer d’un délai suffisant pour prendre connaissance du rapport de l’inspectrice avant son entretien du 25 juin 2024 ;
- la décision de non renouvellement est insuffisamment motivée ;
- elle n’a pas eu communication de son dossier ;
- l’administration a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d’appréciation des motifs justifiant la décision attaquée ;
- l’administration a commis un détournement de pouvoir.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2025, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.
Par une ordonnance du 26 mai 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 5 juin 2025 en application de l’article R. 613-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 relatif aux agents non titulaires de la fonction publique d'Etat ;
- le décret n° 2016-1171 du 29 août 2016 relatif aux agents contractuels recrutés pour exercer des fonctions d'enseignement, d'éducation et d'orientation dans les écoles, les établissements publics d'enseignement du second degré ou les services relevant du ministre chargé de l'éducation nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
-
le rapport de Mme Coppin, rapporteure,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- et les observations de Me Pelgrin pour la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C... D... a été recrutée, par deux contrats à durée déterminée, par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille, pour exercer les fonctions d’enseignante en biotechnologies – santé environnement dans deux établissements situés sur la commune de Martigues, pour la période du 1er septembre 2023 au 31 août 2024. Par un courrier du 16 juillet 2024, reçu le 2 août 2024, le recteur de l’académie d’Aix-Marseille l’a informée de sa décision de ne pas renouveler son contrat à son terme. Par la présente requête, Mme D... demande au tribunal l’annulation de la décision du 16 juillet 2024.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme B... A..., attachée d’administration de l’Etat hors classe, cheffe de la division des personnels enseignants du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, qui disposait, en vertu d’un arrêté du 13 juin 2024 publié au recueil des actes administratifs n° R93-2024-06-13-00014 du même jour, d’une délégation consentie par le recteur de l’académie d’Aix-Marseille à l’effet de signer, notamment, les décisions portant fin de fonction des agents non titulaires. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article 45 du décret du 17 janvier 1986 relatif aux agents non titulaires de la fonction publique d'Etat : « Lorsque l'agent non titulaire est recruté par un contrat à durée déterminée susceptible d'être renouvelé en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'administration lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard :/ (…)/ - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée supérieure ou égale à six mois et inférieure à deux ans ; (…) ».
4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D... a reçu notification de la décision de non-renouvellement le 2 août 2024, soit moins d’un mois avant le délai de prévenance prévu à l’article 45 du décret précité. Toutefois, si la méconnaissance, par l’administration, du délai qui lui est imparti pour notifier à l’agent son intention de renouveler ou non l’engagement, est susceptible d'engager sa responsabilité, une telle circonstance est toutefois sans incidence sur la légalité de la décision de non-renouvellement du contrat. Par suite, le moyen tiré du non-respect du délai de prévenance prévu par l’article 45 du décret du 17 janvier 1986 ne peut qu’être écarté.
5. En troisième lieu, si Mme D... soutient qu’elle n’a pas disposé d’un temps suffisant pour prendre connaissance du rapport de l’inspectrice de l’éducation nationale avant son entretien du 25 juin 2024, elle n’assortit son moyen d’aucun élément permettant d’établir que cette circonstance, à la supposer réelle, aurait été susceptible d’exercer en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou l’aurait privé d’une garantie. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En quatrième lieu, la décision de non renouvellement à son terme d'un contrat à durée déterminée d'un agent public, même prise pour des raisons tirées de la manière de servir de l'intéressé, n'est pas au nombre des décisions qui doivent être motivées. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de la décision attaquée est inopérant et doit être écarté. En tout état de cause, il ressort des termes de la décision attaquée qu’elle vise les dispositions réglementaires applicables à la situation de Mme D... ainsi que les motifs factuels ayant conduit le recteur a décidé de ne pas renouveler son contrat. La circonstance que la décision attaquée ne spécifie pas quel contrat était concerné, est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que, eu égard à la date mentionnée quant à son terme, soit le 31 août 2024, et aux motifs justifiant son non-renouvellement, le recteur entendait nécessairement ne pas renouveler les deux contrats de la requérante.
7. En cinquième lieu, une décision de non renouvellement à son terme d'un contrat à durée déterminée d'un agent public, même prise pour des raisons tirées de la manière de servir de l'intéressé, n'est pas au nombre des décisions qui doivent être précédées de la communication du dossier. Par suite, Mme D..., qui n’établit pas que la décision aurait présenté le caractère d’une sanction disciplinaire ou d’un licenciement intervenu avant le terme des contrats, ne peut utilement se prévaloir de ne pas avoir eu accès à son dossier avant la décision de non renouvellement de ses contrats. Par ailleurs, au regard des circonstances de l’espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette absence de communication aurait eu une influence sur le sens de la décision. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En sixième lieu, un agent dont le contrat est arrivé à échéance n’a aucun droit au renouvellement de celui-ci et l’administration peut toujours, pour des motifs tirés de l’intérêt du service, décider de ne pas renouveler ce contrat. Il appartient au juge, en cas de contestation de la décision de non-renouvellement, de vérifier que la décision de ne pas renouveler le contrat de travail est bien fondée sur un motif tiré de l’intérêt du service et qu’elle n’est entachée ni d’inexactitude matérielle des faits, ni d’erreur manifeste d’appréciation.
9. Il ressort des pièces du dossier que la décision en litige est fondée exclusivement sur la manière de servir de Mme D... et que la requérante a connu des difficultés lors de l’exercice de ses fonctions et fait preuve d’insuffisance dans le développement des compétences professionnelles attendues, malgré le suivi, les conseils et les dispositifs d’accompagnement mis en place. Il ressort à cet égard du rapport d’inspection établi par l’inspectrice de l’éducation nationale, à la suite de son inspection du 24 mai 2024, les mêmes insuffisances que celles constatées lors d’une précédente visite, le 8 décembre 2023. L’inspectrice indique, notamment, que l’enseignante « ne fait pas la preuve de ses capacités de didactisation puisque la méthode pédagogique mise en œuvre est essentiellement orale, non adaptée aux élèves de lycée professionnel » et que la démarche de « résolution de problèmes » mise en œuvre n’est pas structurée. Elle rajoute que l’appariement des compétences de Prévention-Santé-Environnement (PSE) mobilisées dans certaines questions est incorrect, malgré la formation suivie en avril 2024 par Mme D.... Enfin, elle fait état d’insuffisances dans le suivi et l’évaluation des élèves en notant l’absence d’évaluation, le « peu de séquences traitées au regard du programme » ou l’absence de trace écrite permettant de synthétiser ce qui a été appris par les élèves et de suivre les apprentissages. Si Mme D... produit plusieurs courriers de soutien ainsi que les évaluations établies par ses chefs d’établissement, ces éléments, bien que témoignant de sa motivation et de sa bonne intégration au sein de l’équipe pédagogique, ne permettent pas d’infirmer l’appréciation portée par l’inspectrice de l’éducation nationale sur ses compétences professionnelles. Dans ces conditions, Mme D... n’est pas fondée à soutenir que le recteur de l’académie d’Aix-Marseille aurait entaché sa décision d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation.
10. En dernier lieu, eu égard à ce qui précède, il ne ressort pas des pièces du dossier qu’il aurait été pris une sanction déguisée ou que la mesure en cause présenterait le caractère d’un licenciement pour insuffisance professionnelle. Dès lors, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Aux termes de l’article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l’autre partie la somme qu’il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l’équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d’office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu’il n’y a pas lieu à cette condamnation ».
13. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à Mme D... de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C... D... et au ministre de l’éducation nationale.
Copie pour information en sera adressée au recteur de l’académie d'Aix-Marseille.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa Dufrénot, présidente,
Mme Coppin, première conseillère,
Mme Ridings, conseillère.
Assistées de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2025.
La rapporteure,
signé
C. Coppin
La présidente,
signé
M. Lopa Dufrénot
Le greffier
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef
Le greffier,