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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2413018

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2413018

mardi 10 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2413018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10eme Chambre
Avocat requérantGONIDEC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A B, ressortissant comorien, qui contestait l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 7 novembre 2024 refusant son admission au séjour pour raisons médicales et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la décision de refus de séjour était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Par conséquent, les moyens soulevés par voie d'exception contre l'obligation de quitter le territoire et les décisions subséquentes ont également été écartés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 4 décembre 2024 et le 23 avril 2025, M. C A B, représentés par Me Gonidec et Me David-Bellouard, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 7 novembre 2024 par lequel le préfet des Bouches du Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, avec astreinte de 100 euros par jour de retard. Et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa situation et ce dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir avec astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

- elle présente un défaut de motivation dès lors que le préfet se borne à citer l'avis du collège des médecins de l'OFII ;

- elle présente un défaut d'examen en ce que le préfet n'a pas mentionné son intégration sur le territoire et notamment son insertion socio-professionnelle ;

- elle est entachée d'un vice substantiel de procédure dans la mesure où le préfet ne justifie pas du caractère collégial de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle dès lors que le préfet s'est cru à tort lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés publiques ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés publiques ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire et portant fixation du pays de destination.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 mars 2025, le préfet conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 avril 2025.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant du 20 novembre 1989 ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Lante pour M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant comorien, né le 6 mai 1987, déclare être entré en France le 29 octobre 2019. Le 12 août 2024, il s'est présenté à la préfecture pour solliciter son admission au séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 7 novembre 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Il en demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 janvier 2025. Il n'y a donc plus lieu de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté contesté mentionne les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquelles le préfet s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à l'intéressé et fait également état d'éléments relatifs à sa situation personnelle de manière suffisamment précise en rappelant notamment les conditions de son entrée sur le territoire et en relevant que l'état de santé de M. A B ne nécessite pas son maintien sur le territoire dès lors que, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut effectivement bénéficier dans son pays d'origine, où il peut voyager sas risque, d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé aux Comores. Dès lors, la décision attaquée indique de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait pour lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande d'admission au séjour au titre d'étranger malade. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision litigieuse doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation du requérant n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier de la part de l'administration au regard des éléments dont elle avait connaissance à la date de la décision attaquée. Le moyen tiré de ce que le préfet se serait à tort cru en situation de compétence liée et n'aurait pas réalisé son propre examen de la situation du requérant doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-13 du même code dispose que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / () ". Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis () précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. () L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. "

7. Il résulte des dispositions susmentionnées au point 6 que la régularité de la procédure implique que les documents soumis à l'appréciation du préfet comportent l'avis du collège de médecins et soient établis de manière telle que, lorsqu'il statue sur la demande de titre de séjour, le préfet puisse vérifier que l'avis au regard duquel il se prononce a bien été rendu par un collège de médecins. L'avis doit, en conséquence, permettre l'identification des médecins dont il émane. Lorsque l'avis médical porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant ", cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve contraire. Il ressort des pièces du dossier que l'avis médical, signé par trois médecins, porte cette mention. Dans ces conditions, et en l'absence de toute preuve contraire, M. A B n'établit pas que l'avis médical du 22 octobre 2024 a été émis à la suite d'une procédure irrégulière. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure en raison de l'absence de caractère collégial de la délibération doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. A B se prévaut de son ancienneté en France. Toutefois, s'il déclare être entré en France le 29 octobre 2019 dans des circonstances indéterminées et s'y maintenir depuis, il n'établit sa résidence continue et habituelle qu'à partir de l'année 2022. S'il établit avoir eu une activité salariale, tout d'abord du 15 avril 2024 au 26 avril 2024 en qualité d'opérateur de production, puis du 6 mai 2024 au 15 septembre 2024, cette circonstance ne justifie pas d'une insertion socio-professionnelle particulière sur le territoire. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans. Dès lors, la décision litigieuse n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci.

10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ".

11. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le requérant ne justifie ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels pour pouvoir prétendre à une mesure de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant et des conséquences qu'elle emporte sur celle-ci.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

13. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour ont été écartés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour. Ainsi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

14. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés s'agissant de la décision de refus de séjour, le moyen, soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige, tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en va de même, à le supposer soulevé, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation du requérant et des conséquences que cette décision emporte sur celle-ci.

En ce qui concerne la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire :

15. En premier et dernier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire ont été écartés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation d'un délai de départ volontaire est privée de base légale en raison de l'illégalité de ces décisions. Ainsi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

16. Ainsi qu'il a été dit précédemment, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de séjour, portant obligation de quitter le territoire et portant fixation d'un délai de départ volontaire ont été écartés. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant fixation du pays de destination est privée de base légale en raison de l'illégalité de ces décisions. Ainsi, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

17. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté contesté, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent donc être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A B au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience 19 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Pecchioli, président,

M. Juste, premier conseiller,

Mme Houvet, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juin 2025.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

C. JUSTE

Le président-rapporteur,

Signé

J-L. PECCHIOLI

La greffière,

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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