vendredi 7 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2500316 |
| Type | Décision |
| Avocat requérant | HAKIKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 janvier 2025, et des mémoires complémentaires enregistrés les 28 et 30 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Heulin, demande au juge des référés saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 15 novembre 2024 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé à la société Laser propreté l'autorisation de procéder au transfert de son contrat de travail vers la société Atalian propreté ;
2°) d'enjoindre à l'inspectrice du travail d'autoriser le transfert de son contrat de travail vers la société Atalian propreté à compter du 1er octobre 2024, sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du quinzième jour suivant la notification de l'ordonnance à intervenir.
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est recevable à demander la suspension des effets de la décision de l'inspectrice du travail qui lui fait grief ;
Sur la condition d'urgence :
- le refus de transfert de son contrat de travail entraîne une privation de rémunération ;
- il se trouve toujours dans les effectifs de la société Laser propreté placée en liquidation judiciaire par jugement du tribunal de commerce de Marseille du 9 décembre 2024, de sorte qu'il va nécessairement faire l'objet d'un licenciement pour motif économique et perdre son emploi, alors qu'il aurait dû continuer à exercer ses fonctions au sein de la société Atalian propreté ;
- il ne pourra pas faire face à ses charges mensuelles, la baisse importante de sa rémunération le plaçant dans une situation financière très difficile d'autant que son salaire de décembre 2024 ne lui a pas été versé en intégralité ;
Sur la condition tenant au doute sérieux sur la légalité de la décision contestée :
- l'inspectrice du travail n'a pas respecté le principe du contradictoire en méconnaissance de l'article R. 2421-11 du code du travail, dès lors qu'il n'a pas eu connaissance de l'intégralité des éléments fournis par la société Laser propreté ;
- le comité social économique n'a pas été informé sur l'attribution du marché à la société Atalian ;
- l'inspectrice du travail a entaché sa décision d'une motivation contradictoire et a commis une erreur de fait ;
- il remplissait tous les critères fixés par l'article 7 de la convention collective des entreprises de propreté et services associés pour le transfert de son contrat ;
- s'il exerce ponctuellement ses fonctions de représentant du personnel lui permettant une libre circulation sur les sites où étaient affectés des salariés de l'entreprise Laser propreté, il était affecté exclusivement sur le marché RTM métro par avenant depuis fin mars 2024 ;
- l'inspectrice du travail a d'ailleurs omis de mentionner dans sa décision son mandat de représentant de section syndicale.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2025, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable faute d'objet dès lors que la décision contestée n'a aucune incidence sur la situation juridique du salarié dont le contrat de travail poursuit ses effets avec son employeur ;
- le requérant qui ne démontre pas de diminution de sa rémunération et qui va bénéficier de l'assurance de garantie des salaires ne justifie pas d'une situation d'urgence ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires enregistrés les 29, 30 et 31 janvier 2025, la société Atalian Propreté, représentée par Me Hakiki, conclut au rejet de la requête de M. C et à ce qu'une somme de 3000 euros soit mise à la charge de celui-ci sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée n'est plus susceptible d'exécution, ce qui rend la requête sans objet ;
- le requérant ne justifie pas d'une situation d'urgence ;
- aucun moyen n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision de l'inspectrice du travail.
Vu :
- la requête n° 2500315 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de commerce ;
- le code du travail ;
- la convention collective nationale des entreprises de propreté et de services associés du 26 juillet 2011 étendue par arrêté du 23 juillet 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Hameline, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 janvier 2025 à 10 heures en présence de Mme Marquet, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Hameline, juge des référés ;
- les observations de Me Heulin, représentant M. C, qui réitère les fins et moyens de sa requête excepté le moyen tiré de la violation du principe du contradictoire auquel il renonce. Il précise en outre que : alors qu'il a été convoqué le 16 janvier 2025 en vue de son licenciement pour motif économique, le plafonnement des sommes versées par l'assurance de garantie des salaires ne permettra pas en tout état de cause le maintien de sa rémunération antérieure ; en tant que " responsable des affaires sociales " il occupe des fonctions de médiateur social et joue un rôle de coordination des chefs d'équipe sur le marché RTM pour permettre un dialogue dans un contexte de conflits sociaux ;
- les observations de Mme B représentant le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui persiste dans les conclusions et moyens invoqués en défense. Elle indique en outre que le requérant n'apporte pas d'éléments sur la précarité de sa situation financière et ne démontre pas l'absence de perception de sa rémunération en décembre 2024 ;
- et les observations de Me Extremet substituant Me Hakiki pour la société Atalian propreté, qui conclus aux mêmes fins et moyens que ses écritures en défense.
Les parties ont été avisées le 29 janvier 2025 à l'issue de l'audience que la clôture de l'instruction, différée en application de l'article R. 522-8 du code de justice administrative, était fixée au 31 janvier 2025 à 12 heures.
Considérant ce qui suit :
Sur les conclusions à fin de suspension :
1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
2. Par courrier du 6 septembre 2024, la société Atalian propreté a informé la société Laser propreté qu'elle était le nouvel adjudicataire du marché de nettoyage des rames et des stations de métro de la régie des transports métropolitains (RTM) à Marseille à compter du 30 septembre 2024. La société Laser Propreté a alors demandé à l'inspectrice du travail de l'unité départementale des Bouches-du-Rhône, par courrier du 12 septembre 2024, l'autorisation de procéder au transfert du contrat de travail de M. A C, salarié protégé exerçant des fonctions de responsable des affaires sociales, en application de la convention collective nationale des entreprises de propreté et services. Par une décision du 15 novembre 2024, l'inspectrice du travail a refusé à la société Laser propreté l'autorisation de procéder au transfert du contrat de travail de M. C à la société Atalian propreté. La société Laser propreté a été placée en liquidation judiciaire sans reprise d'activité par un jugement du Tribunal de commerce de Marseille du 9 décembre 2024, et M. C s'est vu proposer par le mandataire judiciaire un contrat de sécurisation professionnelle le 16 décembre 2024 dans le cadre du plan de sauvegarde de l'emploi de l'entreprise. M. C a formé un recours contentieux contre la décision de l'inspectrice du travail du 15 novembre 2024, et demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
3. En l'état de l'instruction, aucun des moyens invoqués par M. C et précédemment mentionnés dans les visas de la présente ordonnance, n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 15 novembre 2024 par laquelle l'inspectrice du travail a refusé d'autoriser le transfert de son contrat de travail à la société Atalian propreté.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense ni sur la condition relative à l'urgence que, l'une des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, les conclusions présentées par M. C à fin de suspension de l'exécution de la décision de l'inspectrice du travail ne peuvent qu'être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais du litige :
5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante, une somme à verser à M. C au titre des frais exposés dans l'instance et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant tout ou partie de la somme demandée par la société Atalian propreté au titre des mêmes dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la société Atalian propreté sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, au directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur, à la société Les mandataires en qualité de mandataire judiciaire de la société par actions simplifiée Laser propreté et à la société Atalian propreté.
Copie en sera adressée à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles.
Fait à Marseille, le 7 février 2025.
La juge des référés,
Signé
M.-L. Hameline
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et des familles en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,