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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2501742

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2501742

jeudi 16 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2501742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGILLET

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille a annulé l'arrêté du 3 janvier 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône refusait un titre de séjour à Mme B..., ressortissante algérienne, et lui faisait obligation de quitter le territoire français. La juridiction a jugé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en estimant que la requérante ne justifiait pas de sa présence continue en France, au regard des nombreux justificatifs médicaux, fiscaux et bancaires produits pour la période de 2015 à 2025. Cette décision a été prise en application de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le tribunal ayant considéré que la vie privée et familiale de Mme B... en France était suffisamment établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 10 février 2025 et le 16 mai 2025, Mme A... B..., représentée par Me Gillet, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 janvier 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) à titre principal, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » ou autre dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de la mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans l’attente de ce réexamen, et ce, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.






Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d’erreur de fait au regard de son intégration effective ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, dès lors qu’elle vit en France depuis plus de 24 ans, qu’elle s’est parfaitement intégrée et qu’elle dispose de l’intégralité de ses intérêts familiaux et amicaux sur le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d’examen particulier de sa situation ;
- elle est illégale par voie d’exception d’illégalité de la décision portant refus de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est entachée d’un défaut de motivation ;
- l’administration s’est crue, à tort, en situation de compétence liée quant à la détermination du délai de départ volontaire ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est entachée d’un défaut de motivation ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 18 avril 2025.






Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Platillero,
- et les observations de Me Gillet pour Mme B....



Considérant ce qui suit :

1. Mme B..., ressortissante algérienne née le 20 avril 1970, a sollicité le 4 juillet 2024 la délivrance d’un certificat de résidence algérien sur le fondement du 1° de l’article 6 de l’accord franco-algérien susvisé. Cette demande a fait l’objet d’un arrêté du 3 janvier 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme B... demande l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. Mme B... soutient être entrée en France en 2001 et s’y être maintenue habituellement depuis cette date. A l’appui de sa requête, elle produit dans la présente instance, au titre de la période courant des mois de janvier 2015 à janvier 2025, date de l’arrêté litigieux, un grand nombre de justificatifs constitués d’ordonnances médicales, de comptes rendus d’examens médicaux, de courriers de la caisse primaire d’assurance maladie, de documents administratifs et fiscaux et de relevés bancaires faisant apparaître un certain nombre de dépôts et de retraits d'argent. Les pièces versées aux débats, prises dans leur ensemble, compte tenu de leur nombre, de leur nature et de leur teneur, revêtent une valeur probante suffisante et constituent des éléments cohérents pour établir la continuité de sa présence sur le territoire national pendant la période considérée. Ainsi, en estimant que Mme B... ne justifiait pas d’une résidence habituelle sur le territoire français depuis dix ans à la date de l’arrêté attaqué, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur de fait.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B... est fondée à demander l’annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, de celles prises à la même date lui faisant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.


Sur les conclusions à fin d’injonction :

4. Il y a lieu, eu égard au motif d’annulation retenu et par application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme B... un certificat de résidence algérien d’une durée d’un an portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a en revanche pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais de l’instance :

5. Mme B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Gillet, avocate de Mme B..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de ce dernier une somme de 1 200 euros au titre des dispositions susvisées.









D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 3 janvier 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme B... un certificat de résidence algérien d’une durée d’un an portant la mention « vie privée et familiale », dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L’Etat versera à Me Gillet la somme de 1 200 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Gillet.

Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.


Délibéré après l’audience du 2 octobre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Platillero, président,
M. Cabal, premier conseiller,
M. Guionnet-Ruault, conseiller,
Assistées de Mme Aras, greffière.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2025.

Le président rapporteur,


Signé

F. PLATILLEROL’assesseur le plus ancien,


Signé

P.-Y. CABAL
La greffière,


Signé

M. ARAS

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef
La greffière

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