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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2505152

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2505152

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2505152
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantZERROUKI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en excès de pouvoir, a annulé l'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 10 mars 2025 refusant un titre de séjour à Mme A..., ressortissante algérienne, et l'obligeant à quitter le territoire. La solution retenue est fondée sur la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a estimé que la présence continue de la requérante en France depuis 2020, son insertion professionnelle stable, et surtout la scolarité de ses deux enfants, dont l'un bénéficie d'une aide pour handicap, établissaient une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et à l'intérêt supérieur des enfants.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2025, Mme B... A..., représentée par Me Zerrouki, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 10 mars 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a refusé la délivrance d’un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de 10 jours à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et dans l’attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’État le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’une incompétence de l’auteur de l’acte ;
- elles méconnaissent l’article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant et l’observation générale n° 14 du comité des droits de l’enfant des Nations Unies ;
- elles méconnaissent l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d’une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 20 juin 2025.

Par ordonnance du 27 octobre 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 3 novembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

A été entendu au cours de l’audience publique le rapport de Mme Fayard.


Considérant ce qui suit :

1. Mme A..., ressortissante algérienne, déclare être entrée sur le territoire le 1er novembre 2019 et s’y être maintenue continuellement depuis. Elle a sollicité la délivrance d’un titre de séjour vie privée et familiale, sur le fondement de l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par arrêté du 10 mars 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer le titre demandé, l’a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ». Aux termes de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant signée le 20 novembre 1989 : « 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. (…) ».
3. D’une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A..., divorcée de M. C..., justifie sa présence continue sur le territoire depuis 2020 eu égard notamment aux documents médicaux, avis d’imposition, relevés bancaires et certificats de scolarité des enfants. Elle justifie en outre d’une insertion professionnelle stable sur le territoire dès lors qu’elle est titulaire d’un contrat à durée déterminée depuis le 1er février 2022, puis d’un contrat à durée indéterminée depuis le 1er septembre 2022 chez le même employeur. D’autre part, Mme A... est mère de deux enfants âgés de 14 et 8 ans qui ont réalisé la majeure partie de leur scolarité en France. Nazim C..., son fils, a commencé cette scolarité en CE2 et est à présent en classe de 5ème au collège. Il bénéficie, en outre, d’une « aide humaine mutualisées aux élèves handicapées » jusqu’en 2027 par décision de la Maison départementale des personnes handicapées des bouches du Rhône. Alicia C..., sa fille, actuellement en CE1, est quant à elle scolarisée depuis la toute petite section. Eu égard à l’ensemble de ces éléments, l’arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est de nature à porter atteinte à l’intérêt supérieur de ces enfants en méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

5. Aux termes de l’article L. 911-1 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ».

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, son exécution entraîne nécessairement la délivrance à l’intéressée d’un titre de séjour valable un an portant la mention « vie privée et familiale ». Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme A... un tel titre, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Zerrouki renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État, de mettre à la charge de l’Etat le versement à Me Zerrouki de la somme de 1 000 euros au titre de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.








D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 10 mars 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à Mme A... un titre de séjour valable un an portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’Etat versera à Me Zerrouki, avocat de Mme A..., une somme de 1 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l’Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Marseille.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,
Mme Arniaud, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD





Le président,

Signé

F. SALVAGE

La greffière

Signé

S. BOUCHUT



La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,

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