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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2511007

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2511007

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2511007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGIBOIRE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé précontractuel sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de la société Astragale compost. Celle-ci contestait l'attribution du lot n° 2 d'un marché de collecte et traitement de déchets par l'Assistance publique-hôpitaux de Marseille, en invoquant notamment l'irrecevabilité de la candidature de l'attributaire faute d'agrément sanitaire et l'irrégularité de son offre. Le juge a considéré que la candidature de l'attributaire était recevable, celui-ci pouvant légalement s'appuyer sur les capacités d'autres sociétés, et que les autres moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation de la procédure de passation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

 

 Par une requête et des mémoires, enregistrés les 11, 23 et 24 septembre 2025, la société Astragale compost, représentée par Me Giboire, demande au juge des référés :

 

1°) sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, d’annuler la procédure de passation du lot n° 2 du marché en cause au stade de l’analyse des offres ;

 

2°) de mettre à la charge l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la candidature de l’attributaire du marché était irrecevable dès lors que cette société, ni la société dont elle utilise les capacités pour la prestation de transport, ne dispose de l’agrément sanitaire nécessaire aux opérations de massification et de tri des déchets et de lavage des bacs ;

- l’offre de l’attributaire du marché était irrégulière dès lors qu’elle ne collecte pas les bacs et ne les remplace pas par des bacs propres ;

- l’offre de l’attributaire du marché était irrégulière dès lors qu’elle ne disposait pas des contenants indispensables à l’exécution du marché à compter du 1er octobre 2025 ;

- l’offre de l’attributaire du marché était irrégulière dès lors qu’elle ne procède pas au tri des déchets ;

- l’offre de l’attributaire du marché était irrégulière dès lors qu’elle sous-traite la totalité des prestations du marché ;

- le pouvoir adjudicateur a dénaturé l’offre de la société attributaire en lui attribuant la note maximale en ce qui concerne l’âge des contenants alors qu’elle n’en dispose d’aucun ;

- le pouvoir adjudicateur a dénaturé l’offre de la société attributaire en lui attribuant la note maximale en ce qui concerne les distances à parcourir dès lors qu’aucun site de méthanisation capable d’accueillir les déchets n’existe dans le département.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 septembre 2025, l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la société requérante la somme de 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la candidature de la société attributaire était recevable dès lors qu’elle s’appuyait sur les capacités de trois autres sociétés, qu’elle ne proposait pas de manipulation intermédiaire des déchets nécessitant un agrément.

Vu les autres pièces du dossier.

 

Vu :

Le règlement (CE) n° 1069/2009 du parlement européen et du conseil du 21 octobre 2009 ;

le code de la commande publique ;

le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gonneau, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

 

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 24 septembre 2025 tenue en présence de Mme Zerari, greffière d’audience, M. Gonneau a lu son rapport et a entendu les observations de Me Giboire, représentant la société Astragale compost qui a conclu aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

La clôture de l’instruction a été reportée au 26 septembre 2025 à 12h00.

À la demande du juge des référés, l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille a produit la candidature et l’offre de la société attributaire du marché, pièces non communiquées à la société Astragale compost.

Considérant ce qui suit :

 

L’Assistance publique - hôpitaux de Marseille, en qualité d’établissement support du groupement hospitalier de territoire « hôpitaux de Provence - groupement hospitalier et universitaire des Bouches-du-Rhône », a soumis à la concurrence un marché de collecte et de traitement de déchets. Par un courrier du 1er septembre 2025, l’Assistance publique - hôpitaux de Marseille a informé la société Astragale compost que son offre portant sur le lot n° 2 de ce marché (enlèvement et traitement des biodéchets d’origine alimentaire) avait été rejetée et que ce lot était attribué à la société Beaver. La société Astragale compost demande au juge des référés d’annuler la procédure de passation de ce lot n° 2.

Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique (...) Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ».

Aux termes de l’article L. 551-2 du même code : « I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations (…) ».

Aux termes de l’article R. 2142-3 du code de la commande publique : « Un opérateur économique peut avoir recours aux capacités d'autres opérateurs économiques, quelle que soit la nature juridique des liens qui l'unissent à ces opérateurs (…) ». Aux termes de l’article R. 2143-12 du même code : « Si le candidat s'appuie sur les capacités d'autres opérateurs économiques, il justifie des capacités de ce ou ces opérateurs économiques et apporte la preuve qu'il en disposera pour l'exécution du marché. Cette preuve peut être apportée par tout moyen approprié ». Aux termes de l’article R. 2144-7 du même code : « Si un candidat ou un soumissionnaire se trouve dans un cas d'exclusion, ne satisfait pas aux conditions de participation fixées par l'acheteur, produit, à l'appui de sa candidature, de faux renseignements ou documents, ou ne peut produire dans le délai imparti les documents justificatifs, les moyens de preuve, les compléments ou explications requis par l'acheteur, sa candidature est déclarée irrecevable et le candidat est éliminé. / Dans ce cas, lorsque la vérification des candidatures intervient après la sélection des candidats ou le classement des offres, le candidat ou le soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été classée immédiatement après la sienne est sollicité pour produire les documents nécessaires. Si nécessaire, cette procédure peut être reproduite tant qu'il subsiste des candidatures recevables ou des offres qui n'ont pas été écartées au motif qu'elles sont inappropriées, irrégulières ou inacceptables ».

Il appartient au pouvoir adjudicateur, dans le cadre de la procédure de passation d’un marché public portant sur des activités dont l’exercice est réglementé, de s’assurer que les soumissionnaires remplissent les conditions requises pour les exercer.

L’article 1 du cahier des clauses techniques particulières du marché en cause prévoit que toute structure intervenant dans la filière du déchet doit posséder les agréments préfectoraux nécessaires que le titulaire s’engage à fournir à l’administration dès le début du marché. Par ailleurs, le règlement de la consultation prévoyait que les autorisations préfectorales d’exploitation du centre de traitement des déchets devaient être produites dans la candidature.

Aux termes de l’article 24 du règlement du 21 octobre 2009 établissant des règles sanitaires applicables aux sous-produits animaux et produits dérivés non destinés à la consommation humaine : « Les exploitants veillent à ce que les établissements ou usines sous leur contrôle soient agréés par l’autorité compétente lorsque ces établissements et usines effectuent une ou plusieurs des activités suivantes : (…) h) la manipulation de sous-produits animaux après leur collecte, sous la forme d’opérations telles que le tri, la découpe, la réfrigération, la congélation, le salage ou l’enlèvement des peaux et des cuirs ou de matériels à risque spécifiés ; i) l’entreposage de sous-produits animaux (…) ».

D’une part, si l’Assistance publique - hôpitaux de Marseille fait valoir que l’offre de la société Beaver ne prévoit pas l’acheminement des déchets sur un site de pré-traitement et qu’ils seraient directement transportés par l’attributaire de leur lieu de production au centre de traitement, elle ne conteste toutefois pas, pas plus que la société Beaver, que, comme le fait valoir la société Astragale compost, qui utilise également les services de la société Suez RV Méditerranée, prestataire de tri et de traitement des déchets, cette société n’accepte pas l’apport de bacs ou de seaux, mais uniquement des déchets en vrac dans des bennes ou caisses palettes. Il ressort d’ailleurs du mémoire technique de la société Beaver qu’« après chaque tournée et après avoir vidé les bioseaux, bacs et caisses-palettes, les agents procèdent à l’hygiénisation des contenants », ce qui confirme que ces contenants ne sont pas apportés au prestataire de tri et de traitement, sans que le mémoire technique ne permette d’ailleurs de comprendre les conditions dans lesquelles sont manipulés et transportés les déchets après leur collecte. Dans ces conditions, en l’état de l’instruction, dès lors que des sous-produits animaux sont manipulés après leur collecte, la société Beaver devait justifier d’un agrément à cette fin.

D’autre part, il résulte de l’instruction que la société Beaver, qui a déclaré se présenter seule et n’a pas déclaré s’appuyer sur un autre opérateur économique pour présenter sa candidature, a toutefois produit à l’appui de sa candidature une convention de mise à disposition de moyens passée entre elle-même et la société Bio océan, qui est sa filiale à 100 %, par laquelle cette dernière société, qui serait titulaire, selon les termes de cette convention, d’une autorisation administrative n° 800 672 842 000 21 du 21 mars 2024 délivrée par le préfet des Bouches-du-Rhône l’autorisant à collecter et transporter des biodéchets, s’est engagée à mettre à disposition de la société Beaver cette autorisation administrative ainsi que les moyens techniques et humains associés à cette autorisation et, le cas échéant, ses « équipes ». Toutefois, la société Bio océan n’est pas mentionnée dans la liste des entreprises agréées au titre des dispositions précitées de l’article 24 du règlement du 21 octobre 2009 publiée par le ministère de l’agriculture et de l’alimentation et produite par la société requérante. En l’état de l’instruction, et en l’absence de défense sur ce point, la société Bio océan ne peut donc être regardée comme titulaire de l’agrément nécessaire pour manipuler des sous-produits animaux après leur collecte.

Il résulte de ce qui précède que la société Astragale compost est fondée à soutenir que l’Assistance publique - hôpitaux de Marseille a méconnu ses obligations tenant à la mise en concurrence en ne s’assurant pas que l’attributaire du marché remplissait les conditions pour exercer l’activité objet du marché et en n’écartant pas la candidature de la société Beaver comme irrecevable dès lors qu’elle ne justifiait pas remplir les conditions réglementaires pour pouvoir manipuler des sous-produits animaux après leur collecte. Dès lors que cette irrégularité a lésé la société Astragale compost, qui était la seule autre candidate à l’attribution du marché après l’élimination d’une troisième candidature avant le classement des offres, la procédure de passation du marché en cause doit être annulée au stade de l’analyse des offres, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens.

En application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, l’Assistance publique - hôpitaux de Marseille versera une somme de 2 500 euros à la société Astragale compost au titre des frais exposés par cette dernière et non compris dans les dépens. La demande présentée sur le même fondement par l’Assistance publique - hôpitaux de Marseille doit être rejetée.

     

O R D O N N E :

 

Article 1er : La procédure de passation du marché en cause est annulée au stade de l’analyse des offres.

Article 2 : L’assistance publique – hôpitaux de Marseille versera la somme de 2 500 euros à la société Astragale compost au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

 

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Astragale compost, à l’Assistance publique - hôpitaux de Marseille et à la société Beaver.

  

   

Le juge des référés,

Signé

P-Y. GONNEAU

La République mande et ordonne au directeur général de l’agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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