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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2514045

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2514045

mercredi 3 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2514045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMERIENNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur la demande du préfet des Bouches-du-Rhône, a ordonné l’expulsion de Mme B... et de ses deux enfants mineurs du centre d’accueil pour demandeurs d’asile qu’ils occupent sans droit ni titre depuis le rejet définitif de leur demande d’asile. Le juge a estimé que la condition d’urgence et d’utilité était remplie face à la pénurie de places d’hébergement pour d’autres demandeurs d’asile prioritaires. Toutefois, il a accordé à la famille un délai de trois mois pour quitter les lieux, en raison de leur vulnérabilité et de l’absence de solution d’hébergement alternative, se fondant sur les articles L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 521-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à Mme A... B... d’évacuer dans un délai de six semaines le logement qu’elle occupe avec ses deux enfants mineurs au sein du centre d’accueil pour demandeurs d’asile situé 9 rue Linné à Marseille, mis à leur disposition par l’association AAJT ;

2°) d’autoriser le concours de la force publique pour procéder à l’évacuation forcée des lieux ;

3°) de l’autoriser à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l’association AAJT afin de débarrasser les lieux des meubles s’y trouvant, aux frais et risques de Mme B..., à défaut pour celle-ci d’avoir emporté leurs effets personnels.

Il soutient que :
- la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse dès lors que la demande d’asile présentée par l’occupante a été rejetée en dernier lieu par la Cour nationale du droit d’asile et que la mise en demeure qu’il lui a adressée est restée infructueuse ;
- la mesure demandée présente un caractère d’urgence et d’utilité eu égard au nombre de demandeurs d’asile en attente d’un hébergement dans le département des Bouches-du-Rhône, dont certains présentent un besoin prioritaire ;
- les occupants se maintiennent sans droit ni titre dans les locaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2025, Mme B..., représentée par Me Merienne, conclut :

1°) à titre principal, au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu’il soit sursis à l’évacuation forcée des lieux jusqu’à ce qu’elle ait été orientée vers un hébergement stable et adapté à ses besoins et capacités, satisfaisant aux exigences de l’article L. 345-2-3 du code de l’action sociale et des familles ou en hébergement de type insertion ;

3°) à défaut, à ce qu’un délai de sept mois lui soit accordé pour quitter les lieux ;

4°) à ce que soit mis à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence n’est pas remplie ;
- elle n’a reçu aucune proposition d’hébergement en dépit de la décision du 3 juillet 2025 de la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône ;
- la demande du préfet se heurte à une contestation sérieuse dès lors qu’il devait lui proposer un hébergement d’urgence au titre de l’article L. 345-2-2 du code de l’action sociale et des familles ;
- la famille, qui occupe les lieux sereinement, est vulnérable ;
- son expulsion sans solution d’hébergement serait contraire à la dignité humaine ;
- elle méconnaitrait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaitrait les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du 1er juillet 2024 du président du tribunal désignant M. C... pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.

Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’action sociale et des familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu au cours de l’audience publique les observations de Me Merienne, représentant Mme B....


Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante nigériane, née le 16 novembre 1995, Mme A... B..., qui déclare être entrée en France le 28 avril 2024 accompagnée de ses deux enfants mineurs, nés le 5 janvier 2018 et le 21 avril 2021, a déposé, le 5 juin 2024, une demande d’asile qui a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 9 octobre 2024. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d’asile le 13 mars 2025. L’intéressée, qui a été admise au bénéfice du dispositif de prise en charge par l’hébergement pour demandeurs d’asile géré par l’association AAJT et situé 9 rue Linné à Marseille, s’est maintenue avec ses enfants dans les lieux. Par une décision du 14 octobre 2025, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a fixé au 30 avril 2025 la date de sortie en application de l’article R. 552-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Le préfet des Bouches-du-Rhône, qui a fait obligation à l’intéressée de quitter le territoire français dans un délai de trente jours par un arrêté du 28 juillet 2025, l’a mise en demeure de quitter les lieux dans le délai de quinze jours, par un courrier qui a été notifié au plus tard le 6 novembre 2025. Le préfet demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à Mme B... d’évacuer dans un délai de six semaines le logement qu’elle occupe.

2. Aux termes de l’article L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. / Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. / La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. » Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »

3. Il résulte des dispositions de l’article L. 552-15 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’article L. 521-3 du code de justice administrative que, saisi par le préfet d’une demande tendant à ce que soit ordonnée l’expulsion d’un lieu d’accueil pour demandeurs d’asile d’un demandeur d’asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d’expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d’urgence et d’utilité.

4. Il ne résulte pas de l’instruction que Mme B... aurait sollicité son maintien dans le lieu d’accueil au-delà de la date de décision de sortie prise par l'OFII. Il suit de là et de ce qui a été indiqué au point 1 que Mme B... occupe sans droit ni titre depuis le 30 avril 2025, le logement, référencé DUP-B3A, mis à sa disposition dans le centre d’accueil pour demandeurs d’asile géré par l’association AAJT et situé 9 rue Linné à Marseille. La circonstance que l’intéressée se soit vu reconnaître prioritaire et devant être accueillie dans une structure d’hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale par une décision du 3 juillet 2025 de la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône ne peut être utilement invoquée pour soutenir que la mesure sollicitée se heurterait à une contestation sérieuse.

5. Eu égard au nombre important de demandeurs d’asile en attente d’hébergement dans le département des Bouches-du-Rhône, évalué par l’OFII à 396 au 31 août 2025, l’évacuation de Mme B... d’un logement dédié au seul accueil des demandeurs d’asile présente un caractère d’urgence et d’utilité.

6. Enfin, la mesure demandée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

7. Aux termes de l’article L. 345-2 du code de l’action sociale et des familles : « Dans chaque département est mis en place, sous l'autorité du représentant de l'Etat, un dispositif de veille sociale chargé d'accueillir les personnes sans abri ou en détresse, de procéder à une première évaluation de leur situation médicale, psychique et sociale et de les orienter vers les structures ou services qu'appelle leur état. (…) » Aux termes de l’article L. 345-2-2 : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. / Cet hébergement d'urgence doit lui permettre, dans des conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine et garantissant la sécurité des biens et des personnes, de bénéficier de prestations assurant le gîte, le couvert et l'hygiène, une première évaluation médicale, psychique et sociale, réalisée au sein de la structure d'hébergement ou, par convention, par des professionnels ou des organismes extérieurs et d'être orientée vers tout professionnel ou toute structure susceptibles de lui apporter l'aide justifiée par son état, notamment un centre d'hébergement et de réinsertion sociale, un hébergement de stabilisation, une pension de famille, un logement-foyer, un établissement pour personnes âgées dépendantes, un lit halte soins santé ou un service hospitalier. / L'hébergement d'urgence prend en compte, de la manière la plus adaptée possible, les besoins de la personne accueillie (…) » Aux termes de l’article L. 345-2-3 : « Toute personne accueillie dans une structure d'hébergement d'urgence doit pouvoir y bénéficier d'un accompagnement personnalisé et y demeurer, dès lors qu'elle le souhaite, jusqu'à ce qu'une orientation lui soit proposée. Cette orientation est effectuée vers une structure d'hébergement stable ou de soins, ou vers un logement, adaptés à sa situation. »

8. Il résulte de ce qui a été indiqué aux points 4 à 6 qu’il y a lieu d’ordonner l’expulsion de Mme A... B..., dans un délai de deux mois, du logement DUP-B3A occupé sans autorisation dans le centre d’accueil pour demandeurs d’asile géré par l’association AAJT et situé 9 rue Linné à Marseille, au besoin avec le concours de la force publique, sous réserve de l’accueil de Mme B... dans une structure d’hébergement en exécution de la décision du 3 juillet 2025 de la commission départementale de médiation des Bouches-du-Rhône et, dans cette attente, d’un accès effectif de l’intéressée et de ses enfants à un dispositif d’hébergement d’urgence en application des dispositions des articles L. 345-2 et suivants du code de l’action sociale et des familles à défaut d’exécution d’office par l’Etat de la mesure d’éloignement décidée le 28 juillet 2025.

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B... demande sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.


ORDONNE


Article 1er : Mme B... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint à Mme B... de libérer, dans le délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, les lieux qu’elle occupe avec ses deux enfants dans le centre d’accueil pour demandeurs d’asile géré par l’association AAJT et situé 9 rue Linné à Marseille.

Article 3 : Le préfet des Bouches-du-Rhône est autorisé à procéder, dès l’expiration du délai fixé à l’article 2, sous les réserves édictées au point 8, avec le concours de la force publique, à l’expulsion de Mme B... et à donner toutes instructions utiles au gestionnaire de l’association AAJT afin de débarrasser les lieux des meubles lui appartenant qui s’y trouveraient après l’expiration du délai mentionné à l’article 2 de la présente ordonnance.

Article 4 : Les conclusions de Mme B... présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique sont rejetées.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à Mme A... B....

Copie en sera transmise au préfet des Bouches-du-Rhône.


Fait à Marseille, le 3 décembre 2025.


Le juge des référés,
Signé
T. C...


La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,

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