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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2102239

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2102239

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2102239
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 14 octobre 2021 et les 19 avril et 7 juin 2022, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme C E, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 août 2021 par laquelle le préfet du Calvados a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande de renouvellement de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travailler durant l'instruction de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- le préfet doit justifier de la compétence du signataire de la décision ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles R. 431-9, R. 431-10 et R. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- et les observations de Me Cavelier, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E, ressortissante arménienne est entrée en France sous le nom de A D née en Azerbaïdjan. Elle a bénéficié de titres de séjour sous cette identité. Elle a déposé une nouvelle demande sous sa véritable identité. Par une décision du 12 août 2021, le préfet du Calvados a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour.

2. En dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'autorité administrative chargée d'instruire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour ne peut refuser de l'enregistrer, et de délivrer le récépissé y afférent, que si le dossier présenté à l'appui de cette demande est incomplet. En revanche, le refus d'enregistrer une telle demande au soutien de laquelle est présenté un dossier incomplet ne constitue une décision susceptible d'être déférée au juge de l'excès de pouvoir que si le requérant apporte la preuve du caractère complet du dossier déposé auprès des services préfectoraux.

3. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme E a déposé une demande de titre de séjour. Elle a joint à cette demande des documents d'état-civil, en l'occurrence un acte de naissance et un passeport délivré par les autorités arméniennes le 29 novembre 2017 ainsi que les documents justifiant de l'état-civil de ses deux enfants, B née le 30 juin 2006 et Knyaz né le 17 mai 2007. Le préfet du Calvados ne conteste d'ailleurs pas l'authenticité des documents établissant l'identité et la nationalité de l'intéressée. Le préfet a refusé d'enregistrer la demande de titre de séjour déposée par Mme E au seul motif que l'intéressée ne présentait que des justificatifs au nom de Nigar D, pseudonyme qu'elle avait employé depuis son arrivée en France, et au nom duquel sont présentés notamment ses justificatifs de présence et de travail. Dans ces conditions, alors que Mme E a présenté les pièces prévues par les dispositions précitées de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Calvados a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme E alias A D est fondée à demander l'annulation du refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour opposé le 12 août 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. L'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel elle se fonde, que le préfet procède à l'enregistrement et à l'instruction de la demande de titre de séjour de Mme E. Le préfet du Calvados délivrera à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant l'instruction de sa demande. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. L'Etat versera à Me Cavelier une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet du Calvados du 12 août 2021 est annulée.

Article 2 : Le préfet du Calvados procèdera à l'enregistrement de la demande de Mme E dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il délivrera à l'intéressée une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler durant l'instruction de sa demande.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cavelier une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E, à Me Cavelier et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Guillou, président,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Saint-Macary, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2022.

Le rapporteur,

SIGNÉ

A. F

Le président,

SIGNÉ

H. GUILLOULa greffière,

SIGNÉ

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière

A. Lapersonne

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