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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2200618

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2200618

lundi 10 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2200618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantFRECHE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10 mars, 22 août et 22 décembre 2022 et 9 mars 2023, Mme B E, représentante unique, Mme D M, Mme K N, M. A F, M. J C, Mme I L, M. G H et l'association Les amis de Bénerville-sur-Mer, Blonville-sur-Mer, Saint-Pierre-Azif, Tourgeville, Vauville et Villers-sur-Mer, représentés par Me Launay, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2021 par lequel le maire de Bénerville-sur-Mer a délivré à la société SNC Benerville Avenue du littoral un permis de construire un immeuble collectif de vingt-et-un logements et vingt-deux places de stationnement sur un terrain situé au lieu-dit " La Cour Bleue " ensemble la décision du 12 janvier 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bénerville-sur-Mer la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt à agir en leur qualité de voisins immédiats des parcelles d'assiette du projet, l'immeuble projeté entrainant, notamment, une perte de vue ou une vue directe sur leurs appartements ;

- l'association requérante justifie de sa qualité pour agir et d'un intérêt à agir contre la décision attaquée conformément à son objet statutaire ;

- le dossier de demande du permis de construire est incomplet, en méconnaissance de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme dès lors que le plan de division n'est pas joint au dossier ;

- il est illégal par voie d'exception d'illégalité du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la Communauté de communes Cœur Côte fleurie, pour avoir classé la parcelle cadastrée AA n° 76 d'assiette du projet en zone UC ; le règlement du plan local d'urbanisme antérieur ne permettait pas la réalisation du projet ;

- il méconnaît les dispositions figurant en préambule du règlement du PLUi applicables en zone UCc, le secteur UCc n'ayant pas vocation à accueillir, selon la définition qu'en donne ce préambule, un immeuble collectif à usage d'habitation ;

- il méconnaît l'article 3.2.2. du règlement du PLUi applicable en zone UC relatif aux voies nouvelles ouvertes à la circulation automobile publique, en l'absence d'aire de retournement ;

- il méconnaît l'article UC.9.1 du règlement du PLUi dès lors que l'emprise au sol dépasse le coefficient de 35 % de la superficie du terrain ;

- il méconnaît l'article 10.1 du règlement du PLUi, le dernier niveau de la construction projetée devant être regardé comme un étage supplémentaire et non des combles ;

- le projet méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 avril 2022 et 7 février 2023, la société SNC Benerville Avenue du littoral, représentée par Me Durand, conclut au rejet de la requête, subsidiairement à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ou de l'article L. 600-5-1 du même code et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC.3.2.1 du PLUi est irrecevable ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés les 10 octobre 2022 et 11 avril 2023, la commune de Bénerville-sur-Mer, représentée par Me Gorand, conclut au rejet de la requête, et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'association requérante, Mme M, Mme L, M. H, M. F ne justifient pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Créantor,

- les conclusions de Mme Emmanuelle Conesa-Terrade ;

- et les observations de Me Launay, représentant les requérants, de MeDebuys, représentant la commune de Bénerville-sur-Mer et de Me Pignet,représentant la société SNC Benerville Avenue du littoral.

Une note en délibéré, enregistrée le 27 juin 2023, a été présentée par la SNC Bénerville Avenue du Littoral.

Considérant ce qui suit :

1. Le 5 août 2021, la SNC Bénerville Avenue du Littoral a déposé une demande de permis de construire un immeuble collectif de vingt-et-un logements et vingt-deux places de stationnement sur une parcelle cadastrée section AA n°76 située au lieu-dit " La Cour Bleue ", à Bénerville-sur-Mer. Par un arrêté du 2 novembre 2021, le maire de Bénerville-sur-Mer a délivré le permis de construire sollicité. Mme B E, représentante unique, Mme D M, Mme K N, M. A F, M. J C, Mme I L, M. G H et l'association Les amis de Bénerville-sur-Mer, Blonville-sur-Mer, Saint-Pierre-Azif, Tourgeville, Vauville et Villers-sur-Mer demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Lion-sur-Mer :

2. En premier lieu, dans l'hypothèse où des conclusions communes sont présentées par des requérants différents dans une même requête, il suffit que l'un des requérants soit recevable à agir devant la juridiction pour qu'il puisse, au vu d'un moyen soulevé par celui-ci, être fait droit à ces conclusions. En revanche, les conclusions propres à chaque requérant ne sauraient être accueillies sans que leur recevabilité ait été admise.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de l'association requérante :

3. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de l'environnement : " Toute association ayant pour objet la protection de la nature et de l'environnement peut engager des instances devant les juridictions administratives pour tout grief se rapportant à celle-ci. / Toute association de protection de l'environnement agréée au titre de l'article L. 141-1 ainsi que les fédérations départementales des associations agréées de pêche et de protection du milieu aquatique et les associations agréées de pêcheurs professionnels justifient d'un intérêt pour agir contre toute décision administrative ayant un rapport direct avec leur objet et leurs activités statutaires et produisant des effets dommageables pour l'environnement sur tout ou partie du territoire pour lequel elles bénéficient de l'agrément dès lors que cette décision est intervenue après la date de leur agrément ".

4. Selon les stipulations de l'article 2 des statuts de l'association requérante déposés en préfecture le 15 mars 2002 : " Cette association a pour but sur le territoire de Bénerville-sur-Mer, Blonville-sur-Mer, Siant-Pierre-Azif, Tourgéville, Vauville et Villers-sur-Mer, la protection de l'environnement par tous les moyens appropriés, dans les domaines de la protection de la nature, de l'amélioration du cadre de vie, de la protection de l'eau, de l'air, des sols, des sites et des paysages, de l'urbanisme ainsi que la lutte contre les pollutions et les nuisances. ". Un tel objet qui prévoit notamment la protection de l'urbanisme sur le territoire de la commune de Bénerville-sur-Mer confère à cette association un intérêt pour agir à l'encontre des décisions individuelles d'urbanisme. Dès lors qu'en l'espèce, le projet autorisé est situé sur le territoire de la commune de Bénerville-sur-Mer, qu'il présente une surface de plancher de 1 256 m², qui impactera fortement le paysage alentour et le cadre de vie des requérants, l'association justifie d'un intérêt à agir suffisant. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bénerville-sur-Mer, tirée du défaut d'intérêt à agir de l'association Les amis de Bénerville-sur-Mer, Blonville-sur-Mer, Siant-Pierre-Azif, Tourgeville, Vauville et Villers-sur-Mer, doit être écartée.

En ce qui concerne la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de M. F, Mme M, Mme L et M. H :

5. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation.".

6. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

7. M. F, qui justifie être propriétaire d'un appartement situé au rez-de-chaussée de la résidence le Clos de Bénerville, dispose de la qualité de voisin immédiat. Il fait état, au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature du projet, à son importance, s'agissant tant de sa hauteur que de sa localisation à proximité de son habitation de nature à en affecter les conditions d'occupation. Ainsi, il justifie d'un intérêt à agir contre le permis délivré le 2 novembre 2021. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à M. F par la commune de Bénerville-sur-Mer tirée de la méconnaissance de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme doit être écartée.

8. Mme M occupe un appartement situé au sud du bâtiment A de la résidence le Clos de Bénerville au 49 avenue du littoral, qui est séparé du terrain d'assiette du projet par le bâtiment B, de sorte qu'elle ne dispose pas de la qualité de voisin immédiat. Toutefois, le projet a pour effet de créer des vues, certes limitées, sur l'appartement de Mme M et affectent, par conséquent, les conditions de jouissance de son bien. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à Mme M par la commune de Bénerville-sur-Mer tirée de la méconnaissance de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme doit être écartée.

9. En revanche, les appartements de M. H et Mme L, sont situés dans le bâtiment C de la résidence Nouvelle Vague, rue Etienne Cornier, dont le terrain ne jouxte pas le terrain d'assiette du projet, de sorte qu'ils ne peuvent être regardés comme voisins immédiats. En outre, s'ils se prévalent de nuisances liées à la circulation des véhicules des résidents à proximité de leurs appartements, il ressort des pièces du dossier que l'accès au projet se fera par une voie qui ne jouxtera pas le bâtiment C de la résidence Nouvelle Vague de sorte qu'ils ne justifient pas qu'ils sont directement affectés dans leurs conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de leur bien. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Bénerville-sur-Mer à M. H et Mme L, tirée du défaut d'intérêt à agir, doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme :

10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme : " Lorsque les travaux projetés portent sur la construction, sur une unité foncière ou sur plusieurs unités foncières contiguës, de plusieurs bâtiments dont le terrain d'assiette comprenant une ou plusieurs unités foncières contiguës, doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement de l'ensemble du projet, le dossier présenté à l'appui de la demande est complété par un plan de division et, lorsque des voies ou espaces communs sont prévus, le projet de constitution d'une association syndicale des acquéreurs à laquelle seront dévolus la propriété, la gestion et l'entretien de ces voies et espaces communs à moins que l'ensemble soit soumis au statut de la copropriété ou que le demandeur justifie de la conclusion avec la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent d'une convention prévoyant le transfert dans leur domaine de la totalité des voies et espaces communs une fois les travaux achevés. ".

11. Il résulte des termes mêmes de ces dispositions qu'elles s'appliquent à une opération qui doit faire l'objet d'une division en propriété ou en jouissance avant l'achèvement des travaux. Or, il ressort des pièces du dossier et notamment du dossier de demande du permis de construire, que le projet porte sur la construction d'un bâtiment unique au sens et pour l'application de l'article R. 431-24 du code de l'urbanisme et qu'il n'est pas prévu de division en propriété ou en jouissance du terrain d'assiette avant l'achèvement de l'ensemble du projet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PLUi en ce qu'il classe la parcelle AA n°76 d'assiette du projet en zone urbaine :

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 154-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; / 2° Soit de l'existence d'une exploitation forestière ; / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; / 5° Soit de la nécessité de prévenir les risques notamment d'expansion des crues. ". Aux termes de l'article R. 151-18 du même code : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classées en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ".

13. Aux termes de l'article L. 600-12 de ce même code : " Sous réserve de l'application des articles L. 600-12-1 et L. 442-14, l'annulation ou la déclaration d'illégalité d'un schéma de cohérence territoriale, d'un plan local d'urbanisme, d'un document d'urbanisme en tenant lieu ou d'une carte communale a pour effet de remettre en vigueur le schéma de cohérence territoriale, le plan local d'urbanisme, le document d'urbanisme en tenant lieu ou la carte communale immédiatement antérieur ".

14. Si un permis de construire ne peut être délivré que pour un projet qui respecte la réglementation d'urbanisme en vigueur, il ne constitue pas un acte d'application de cette réglementation. Par suite, un requérant demandant l'annulation d'un permis de construire ne saurait utilement se borner à soutenir qu'il a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal, quelle que soit la nature de l'illégalité dont il se prévaut. Cependant, il résulte de l'article L. 600-12 du code de l'urbanisme que la déclaration d'illégalité d'un document d'urbanisme a, au même titre que son annulation pour excès de pouvoir, pour effet de remettre en vigueur le document d'urbanisme immédiatement antérieur. Dès lors, il peut être utilement soutenu devant le juge qu'un permis de construire a été délivré sous l'empire d'un document d'urbanisme illégal - sous réserve, en ce qui concerne les vices de forme ou de procédure, des dispositions de l'article L. 600-1 du même code -, à la condition que le requérant fasse en outre valoir que ce permis méconnaît les dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur.

15. Les requérants soutiennent que le permis de construire est illégal pour avoir été délivré sous l'empire d'un plan local d'urbanisme illégal à défaut pour ce document d'urbanisme d'avoir classé par erreur manifeste d'appréciation la parcelle AA n°76 d'assiette du projet en zone urbaine. S'ils soutiennent que le projet méconnait les dispositions de la zone N du document local d'urbanisme qui serait remis en vigueur, ils n'apportent aucune précision sur le document d'urbanisme au regard duquel doit s'apprécier la légalité du permis de construire contesté ni quelles dispositions pertinentes ainsi remises en vigueur du document d'urbanisme immédiatement antérieur seraient méconnues par le permis de construire. En procédant ainsi, les requérants n'ont pas assorti leur moyen de précisions permettant de soulever utilement l'exception d'illégalité du PLUi de la Communauté de communes Cœur Côte fleurie. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance du préambule du règlement du PLUi applicable au secteur UCc :

16. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que la construction d'un immeuble collectif méconnaît, par son importance, le préambule du règlement du plan local d'urbanisme applicable à la zone UC qui prévoit qu'elle comprend quatre secteurs dont le secteur UCc qui regroupe des constructions pavillonnaires plus basses, toutefois ledit préambule, en tout état de cause, ni d'ailleurs aucune autre disposition applicable à la zone n'interdisent la construction d'immeubles collectifs, même si une faible densité est privilégiée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du préambule du règlement du PLUi applicable à la zone UCc doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 3.2.2 du règlement du PLUi :

17. En quatrième lieu, aux termes de l'article UC. 3.2.2 du règlement du PLUi : " Les voies en impasse ouvertes à la circulation automobile sont autorisées à condition : / () / Pour celles dont la longueur est supérieure à 50 mètres, de prévoir une aire de retournement ". Il est constant que la voie d'accès au terrain d'assiette du projet sera réalisée par la commune. Dès lors, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le projet ne crée aucune voie nouvelle en impasse, qui nécessiterait l'aménagement d'une aire de retournement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC. 3.2.2 du règlement du PLUi doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 9.1 du règlement du PLUi :

18. En cinquième lieu, aux termes de l'article UC. 9.1 du règlement du PLUi : " Dans la zone UC, à l'exception de secteurs UCa et UCd : / L'emprise au sol ne peut excéder 35 %. ". Il ressort du formulaire CERFA de la demande de permis de construire que le terrain d'assiette du projet présente une superficie de 2 180 m², permettant ainsi, en application des dispositions précitées, une emprise au sol d'une superficie maximale de 763 m² hors annexes. Si, à côté de garages d'une superficie totale indiquée de 157,47 m², le plan de masse général joint au dossier de la demande annonce une emprise au sol de 603,46 m², il est constant que, comme l'indiquent les requérants, cette superficie ne comprend pas le local poubelles, situé à l'entrée du terrain d'assiette du projet. Cet espace, qui ne peut être regardé comme une annexe, est une construction qui, par projection verticale, dégage nécessairement une emprise au sol, dont la superficie doit être ajoutée à celle déclarée. Il ressort des pièces du dossier que ce local poubelles excède la surface de 2,07 m2 restant disponible au regard de l'emprise au sol déclarée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC. 9.1 du PLUi doit être accueilli.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 10.1 du règlement du PLUi :

19. En sixième lieu, aux termes de l'article UC. 10.1 du règlement du PLUi : " () Dans le secteur UCc, la hauteur plafond des constructions, hors souches de cheminées, est limitée à : / 9 mètres. / et 3 niveaux (R+1+1 comble ou attiques). ". Le lexique du PLUi précise : " Est qualifié de combles l'espace compris entre le plancher haut et la toiture du bâtiment, à condition que le pied droit ne dépasse pas un mètre. Si le pied droit présente une hauteur supérieure à un mètre, l'étage est considéré comme un niveau entier de construction. ". Il ressort des plans de coupe ainsi que des plans de façade que le plancher du dernier étage habitable du bâtiment se situe au-dessus de l'égout du toit. Le volume habitable est situé sous le toit du bâtiment, de type Mansart, même si les pièces habitables comportent un plafond plat au-dessus duquel se trouvent des combles perdus insusceptibles d'être rendus habitables compte tenu de leur faible hauteur sous faîtage. Le fait que certaines lucarnes, en retrait de la façade, soient de plain-pied et permettent l'accès à un balcon ne fait pas obstacle à ce que le niveau correspondant puisse être qualifié de comble au sens de l'article UC. 10.1 du règlement du PLUi. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme :

20. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".

21. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Les dispositions de cet article excluent qu'il soit procédé, dans le second temps du raisonnement, à une balance d'intérêts divers en présence, autres que ceux mentionnés par cet article et, le cas échéant, par le plan local d'urbanisme de la commune.

22. Il ressort des pièces du dossier que le projet en cause se situe en bordure d'immeubles collectifs et s'ouvre au sud et à l'est vers un vaste espace naturel qui ne fait l'objet d'aucune protection patrimoniale, historique ou urbanistique de type loi littoral ZNIEFF de type I, site Natura 2000. La circonstance que le terrain d'assiette du projet se situe à proximité d'un espace naturel et d'espaces boisés classés n'est pas, à elle seule, de nature à établir que le projet nuirait à la protection de ces zones. La circonstance que la parcelle se situe en zone humide n'est pas de nature à entacher le permis attaqué d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le projet ne peut être regardé comme portant atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme doit être écarté.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

23. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. ".

24. D'une part, il résulte des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme que, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif doit, en application de l'article L. 600-5-1, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5, si les conditions posées par cet article sont réunies.

25. D'autre part, les dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme permettent au juge de l'excès de pouvoir de procéder à l'annulation partielle d'une autorisation d'urbanisme dans le cas où l'illégalité affecte une partie identifiable du projet et peut être régularisée par une mesure de régularisation.

26. L'illégalité retenue au point 19, qui tient au dépassement de l'emprise au sol maximale autorisée par l'article UC 9.1 du règlement du PLUi, constitue un vice n'affectant qu'une partie identifiable du projet au sens de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme. Il ne ressort pas des pièces du dossier que sa régularisation impliquerait d'apporter au projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même. Par suite, cette régularisation pouvant intervenir en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, il y a lieu de limiter à cette partie du projet l'annulation des arrêtés en litige. Il y a lieu également de fixer à quatre mois le délai, courant à compter de la notification du présent jugement, dans lequel le pétitionnaire pourra demander la régularisation du vice retenu, étant rappelé que le permis de construire modificatif qui sera délivré en vue de cette régularisation, devra respecter toutes les dispositions applicables du règlement du plan local d'urbanisme en vigueur à la date de ce permis de construire.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de M. H et de Mme L sont rejetées.

Article 2 : Il est sursis à statuer sur le surplus des conclusions de la requête dans l'attente d'une mesure de régularisation qui devra intervenir dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Tous droits des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E, représentante unique, à la commune de Bénerville-sur-Mer et à la SNC Bénerville Avenue du Littoral.

Délibéré après l'audience du 26 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Guillou, président,

- Mme Absolon, première conseillère,

- Mme Créantor, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2023.

La rapporteure,

Signé

V. CREANTOR

Le président,

Signé

H. GUILLOU

La greffière,

Signé

A. GODEY

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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