lundi 18 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Caen |
| Section | Tribunal Administratif de Caen |
| N° Dossier | TA14-2201028 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | CAVELIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mai 2022 et 29 août 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, Mme B A, représentée par Me Cavelier, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une indemnité d'un montant de 10 000 euros, majorée des intérêts au taux légal avec capitalisation à compter de la date de réception de sa réclamation préalable ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme A soutient que :
- la responsabilité sans faute de l'Etat est engagée à raison des préjudices résultant de la maladie imputable au service dont elle a souffert ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute de l'Etat doit être engagée ;
- elle a subi un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence liés à la maladie imputable au service dont elle a souffert ainsi qu'un préjudice de carrière tenant à l'impossibilité qui lui est faite d'assurer la gestion d'une coopérative scolaire.
Par un mémoire enregistré le 6 avril 2023, la rectrice de l'académie de Normandie conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les conditions d'engagement de la responsabilité pour faute de l'Etat ne sont pas réunies.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Silvani ;
- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;
- et les observations de Me Cavelier, avocat de Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. A l'occasion d'une enquête administrative qui a débuté le 9 novembre 2017, Mme A, qui exerçait alors les fonctions de professeure des écoles, a appris que des accusations de harcèlement moral étaient portées à son encontre par la directrice de l'établissement. Après avoir été entendue dans le cadre de cette enquête, Mme A a été placée en arrêt de travail du 10 au 15 novembre 2017 pour un syndrome anxio-dépressif. Le 12 janvier 2018, Mme A a déposé une déclaration d'accident de service auprès du ministre de l'éducation nationale. Du 14 mai au 15 juin 2018, elle a été placée en arrêt maladie, prolongé jusqu'au 6 juillet 2018, pour un syndrome anxio-dépressif réactionnel. Par une décision du 26 juin 2018, le recteur de l'académie de Caen a refusé de reconnaître l'imputabilité au service des arrêts de travail de l'intéressée du 10 au 15 novembre 2017 et du 14 mai au 6 juillet 2018. Par un arrêt du 29 juin 2021, devenu définitif et ayant acquis l'autorité de la chose jugée, la cour administrative d'appel de Nantes a annulé la décision du 26 juin 2018 du recteur de l'académie de Caen en tant qu'elle a refusé de reconnaître l'imputabilité au service de son arrêt de travail du 14 mai au 15 juin 2018 et a enjoint à la rectrice de la région académique Normandie et de l'académie de Caen de reconnaître dans un délai d'un mois l'imputabilité au service de l'arrêt de travail de Mme A au titre de la période du 14 mai au 15 juin 2018. Le 22 décembre 2021, Mme A a adressé à la rectrice de l'académie de Normandie une demande indemnitaire, réceptionnée le 3 janvier 2022, d'un montant de 10 000 euros, tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par sa requête, Mme A demande la condamnation du Rectorat de l'académie de Normandie à lui verser une indemnité de 10 000 euros, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. Les dispositions qui instituent, en faveur des fonctionnaires victimes d'accidents de service ou de maladies professionnelles, une rente d'invalidité en cas de mise à la retraite et une allocation temporaire d'invalidité en cas de maintien en activité déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les intéressés peuvent prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte à l'intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font, en revanche, obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui a enduré, du fait de l'accident ou de la maladie, des dommages ne revêtant pas un caractère patrimonial, tels que des souffrances physiques ou morales, un préjudice esthétique ou d'agrément ou des troubles dans les conditions d'existence, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la collectivité, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette collectivité.
3. Mme A sollicite l'indemnisation du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence résultant de la maladie imputable au service dont elle a souffert. Elle se prévaut également d'un préjudice de carrière tenant à l'impossibilité qui lui est faite d'assurer la gestion d'une coopérative scolaire de crainte de faire l'objet de nouvelles accusations de détournement de fonds publics.
En ce qui concerne le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence :
4. Ainsi qu'il a été indiqué au point 1, par un arrêt définitif du 29 juin 2021 et revêtu de l'autorité de la chose jugée, la cour administrative d'appel de Nantes a, pour annuler la décision qui lui était déférée, reconnu imputable au service la pathologie dont Mme A a souffert à compter du 10 novembre 2017 et pour laquelle elle a été placée en congés de maladie du 10 au 15 novembre 2017 puis du 14 mai au 6 juillet 2018. Cette pathologie a, par suite, été reconnue comme présentant un lien direct avec l'exercice de ses fonctions ou avec des conditions de travail de nature à susciter le développement de cette maladie. La reconnaissance du caractère imputable au service de la maladie implique, en application de ce qui a été dit au point 2, que Mme A puisse obtenir une indemnité réparant le préjudice moral et les troubles dans les conditions d'existence qu'elle indique avoir endurés du fait de cette maladie.
5. Il résulte de l'instruction, et notamment des arrêts de travail et ordonnances médicales versés au dossier, dont la dernière date du 31 mai 2019, que Mme A a souffert d'un syndrome anxio-dépressif réactionnel ayant nécessité la prescription d'un traitement par anxiolytique. Compte tenu de la durée des arrêts de travail dont elle a fait l'objet et du traitement médical qui lui a été administré, il sera fait une juste appréciation de l'indemnité qui lui est due au titre du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence en lui allouant la somme de 1 500 euros.
En ce qui concerne le préjudice de carrière :
6. Si la requérante soutient que le syndrome anxio-dépressif réactionnel dont elle a souffert lui a occasionné un préjudice de carrière tenant à l'impossibilité qui lui est faite d'assurer la gestion d'une coopérative scolaire par crainte de subir de nouvelles accusations, elle ne produit pas d'élément de nature à établir l'existence du préjudice dont elle se prévaut. Par suite, la requérante n'est pas fondée à solliciter une réparation à ce titre.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
7. En application d'une part, de l'article 1231-6 du code civil, les intérêts au taux légal sur le montant de l'indemnité allouée sont dus, quelle que soit la date de la demande préalable, à compter du jour où cette demande est parvenue à l'autorité compétente ou, en l'absence d'une telle demande préalablement à la saisine du juge, à compter du jour de cette saisine. D'autre part, en application de l'article 1343-2 du code civil, la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Cette demande ne peut toutefois prendre effet que lorsque les intérêts sont dus au moins pour une année entière, sans qu'il soit besoin d'une nouvelle demande à l'expiration de ce délai. De même, la capitalisation s'accomplit à nouveau, le cas échéant, à chaque échéance annuelle ultérieure, sans qu'il soit besoin de formuler une nouvelle demande.
8. Mme A a droit aux intérêts au taux légal correspondant à l'indemnité de 1 500 euros à compter du 3 janvier 2022, date de réception de sa demande indemnitaire préalable par le rectorat de l'académie de Normandie. Elle sollicite également la capitalisation de ses intérêts, qui a été demandée dans sa requête introductive d'instance enregistrée le 2 mai 2022. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 3 janvier 2023, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à Mme A la somme de 1 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 janvier 2022. Les intérêts échus à la date du 3 janvier 2023 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la rectrice de l'académie de Normandie et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.
Délibéré après l'audience du 1er septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Marchand, président,
Mme Pillais, première conseillère,
Mme Silvani, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. SILVANI
Le président,
Signé
A. MARCHAND La greffière,
Signé
A. D'OLIF
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
le greffier,
J. Lounis
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026