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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202060

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202060

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTSARANAZY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 septembre 2022 et le 22 novembre 2022, M. A C, représenté par Me Tsaranazy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2022 par lequel le préfet du Calvados lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

M. C soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- méconnaît l'article 6-5° de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La décision fixant le pays de destination :

- est entachée d'incompétence ;

- est illégale faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 octobre 2022, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Tsaranazy, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien pacsé à une ressortissante française depuis le 19 octobre 2021, a sollicité le 18 novembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6-5° de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 25 avril 2022, le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Cet arrêté fait l'objet du présent litige.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 31 mars 2022, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2022-061 du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à Ghislain de Kergorlay, chef du service de l'immigration de la préfecture du Calvados, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du service de l'immigration, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne le refus de la délivrance du titre de séjour :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré irrégulièrement en France le 13 août 2020. Il a conclu un pacs le 19 octobre 2021 avec une ressortissante française. Au jour de la décision attaquée, M. C, qui n'a pas d'enfant à charge, justifiait de moins de deux ans de présence sur le territoire français et d'une vie commune de cinq mois. Il n'est pas dépourvu d'attache dans son pays d'origine où résident ses parents et où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-cinq ans. M. C produit des justificatifs de vie commune, sous la forme de factures, d'attestations de la caisse d'allocations familiales et de témoignages, ainsi que la conclusion d'un mariage le 9 juillet 2022 et un certificat de grossesse de son épouse. Ces pièces, postérieures à la décision attaquée, sont sans incidence sur sa légalité. Dès lors, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien et n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5° du l'accord franco-algérien, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, M. C soutient que la décision portant refus de délivrance du titre de séjour aurait dû être précédée d'un avis de la commission des titres de séjour instituée conformément à l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, les dispositions du 1° de cet article ne prévoient la saisine obligatoire de la commission que lorsque l'étranger, auquel l'autorité préfectorale envisage de refuser un titre de séjour, remplit effectivement les conditions de délivrance de plein droit d'un certificat de résidence pour algérien. Ainsi qu'il vient d'être exposé, M. C, qui a déposé une demande de titre sur le fondement de l'article 6-5° du l'accord franco-algérien, ne remplissait pas les conditions pour l'obtention d'un tel titre. Dès lors, le préfet du Calvados n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour et le moyen doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, doivent être écartés.

Sur la fixation du pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le requérant ne peut pas se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la fixation du pays de destination.

9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité du refus de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, doivent être écartés.

10. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble de la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, Me Tsaranazy et au préfet du Calvados.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Arniaud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

Le rapporteur,

Signé

P. B

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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