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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202228

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202228

vendredi 30 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantBARA CARRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Bara Carré, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2022 par lequel le préfet du Calvados a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Barra Carré en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- sa requête est recevable ;

Sur la décision portant refus de séjour :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle ;

- les documents d'état-civil dont il se prévaut sont authentiques ;

- l'arrêté contesté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sa situation justifiant qu'il soit dispensé de visa ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'avère insuffisamment motivé sur ce point ;

- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité de la décision précédente ;

Par un mémoire enregistré le 24 octobre 2022, le préfet du Calvados demande au tribunal de rejeter la requête de M. A.

Le préfet soutient que le recours est irrecevable et, subsidiairement, qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 12 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- et les observations de Me Barra Carré, représentant M. A, qui maintient ses conclusions, par les mêmes moyens.

Une note en délibéré a été produite pour M. A le 13 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant guinéen qui déclare être né le 9 mars 2003 à Matoto et être entré en France le 26 juillet 2019. Le 11 septembre 2019, il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département du Calvados par ordonnance de placement provisoire du procureur de la République de Caen. M. A a déposé le 3 août 2021 une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ou subsidiairement de l'article L. 435-3 du même code. Par arrêté du 22 juillet 2022, le préfet du Calvados a opposé un refus à cette demande, en faisant obligation à M. A de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et en fixant le pays de destination d'une reconduite d'office. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En vertu du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer en application des dispositions précitées son admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la fin de non-recevoir :

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté du préfet du Calvados en date du 22 juillet 2022 a été notifié par voie postale au nom de M. A et à l'adresse du foyer de France Terre d'Asile à Caen, rue de la Délivrande, qui était celle indiquée par l'intéressé dans son dossier de demande de titre de séjour, lequel comportait d'ailleurs une attestation de domiciliation établie par cette association en date du 27 avril 2021. Le récépissé de demande qui a été délivré par la préfecture du Calvados à M. A le 17 mars 2022 comporte la même adresse. Dès lors, la présentation à cette adresse du pli postal contenant l'arrêté contesté, dont l'intéressé a été régulièrement avisé par un avis de passage déposé par le préposé le 26 juillet 2022, en l'absence de retrait de ce pli au bureau de poste distributeur, vaut notification du courrier à cette date. La requête de M. A ayant été enregistrée au greffe du tribunal administratif le 3 octobre 2022, au-delà du délai de trente jours, les conclusions dirigées contre l'arrêté du 22 juillet 2022 qui comportait la mention des voies et délais de recours sont ainsi tardives et, par suite, irrecevables.

4. Certes, M. A soutient qu'il avait signalé au service préfectoral un changement de domiciliation le 2 juin 2022, et il verse au dossier un message électronique de ce jour mentionnant comme destinataire le service des mineurs non accompagnés de la préfecture du Calvados. Toutefois, ce message dont l'objet portait sur une demande de renouvellement du récépissé du 14 mars 2022 qui expirait le 16 juin 2022 se borne à indiquer, outre que M. A n'a pas pu obtenir un logement HLM, qu'il est accompagné de plusieurs pièces jointes. Parmi ces pièces, figure une attestation de domiciliation délivrée le 29 avril 2022 pour la durée d'un an par le service d'aide aux jeunes en difficulté, situé à Caen rue Frémentel. Aucun élément du dossier ne justifie que ce message a été reçu par un des services préfectoraux. D'ailleurs, M. A n'allègue même pas avoir signalé son départ au foyer de France Terre d'Asile et lui avoir demandé de faire suivre son courrier. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté n'a été porté à sa connaissance que le 6 septembre 2022 et que son recours n'est pas tardif.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire droit à la fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet du Calvados.

6. Il s'ensuit que les conclusions que présente M. A à fin d'annulation doivent être rejetées. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Calvados.

Copie pour information sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Mondésert, président-rapporteur,

M. Berrivin, premier conseiller,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 décembre 2022.

Le premier conseiller,

Signé

A. BERRIVIN

Le président-rapporteur,

Signé

X. C

La greffière,

Signé

A. LAPERSONNE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme

la greffière,

A. Lapersonne

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