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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2202617

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2202617

vendredi 15 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2202617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantFRECHE ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 novembre 2022 et 1er septembre 2023, la société G'EMM, représentée par Me Sehili, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le maire de Bretoncelles n'a pas fait opposition à la déclaration préalable déposée par la société Totem France en vue de la réalisation d'une antenne relais ;

2°) de mettre à la charge solidaire de la commune de Bretoncelles et de la société Totem France la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'elle n'est pas tardive et qu'elle justifie d'un intérêt à agir contre la décision en litige ;

- l'arrêté en litige est illégal dès lors que la prescription dont il est assorti portant sur l'intégration paysagère du projet est imprécise et en partie irréalisable ;

- il méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- il méconnaît l'article 2 du règlement de la zone A du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Cœur du Perche ;

- il méconnaît le principe de continuité avec les agglomérations et villages existants.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juillet 2023, la commune de Bretoncelles conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mise à la charge de la société G'EMM une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par un mémoire enregistré le 11 juillet 2023, la société Totem France, représentée par Me Durand, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à titre subsidiaire, à ce qu'il soit fait application de l'article L. 600-5-1 ou de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ;

3°) à ce que soit mise à la charge de la société G'EMM une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de son caractère tardif et de l'absence d'intérêt à agir de la société G'EMM ;

- aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 8 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 octobre 2023.

Un mémoire présenté par la société G'EMM, enregistré le 8 février 2024, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Silvani ;

- les conclusions de M. Blondel, rapporteur public ;

- et les observations de Me Laugier, substituant Me Durand, avocat de la société Totem France.

Considérant ce qui suit :

1. Le 6 mai 2022, la société Totem France a déposé une déclaration préalable portant sur la construction d'une antenne relais sur un terrain situé à Bretoncelles. Le 10 juin 2022, le maire de Bretoncelles a délivré un arrêté de non opposition à cette déclaration préalable assorti de deux prescriptions. Par sa requête, la société G'EMM demande l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15 ". Aux termes de l'article R. 424-15 de ce code : " Mention du permis explicite ou tacite ou de la déclaration préalable doit être affichée sur le terrain, de manière visible de l'extérieur, par les soins de son bénéficiaire, dès la notification de l'arrêté ou dès la date à laquelle le permis tacite ou la décision de non-opposition à la déclaration préalable est acquis et pendant toute la durée du chantier. () / Cet affichage mentionne également l'obligation, prévue à peine d'irrecevabilité par l'article R. 600-1, de notifier tout recours administratif ou tout recours contentieux à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. () ". Aux termes de l'article A. 424-16 de ce code : " Le panneau prévu à l'article A. 424-1 (1) indique le nom, la raison sociale ou la dénomination sociale du bénéficiaire, la date et le numéro du permis, la nature du projet et la superficie du terrain ainsi que l'adresse de la mairie où le dossier peut être consulté. / Il indique également, en fonction de la nature du projet : / a) Si le projet prévoit des constructions, la superficie du plancher hors œuvre nette autorisée ainsi que la hauteur de la ou des constructions, exprimée en mètres par rapport au sol naturel ; () ". Aux termes de l'article A. 424-17 du même code : " Le panneau d'affichage comprend la mention suivante : / " Droit de recours : / " Le délai de recours contentieux est de deux mois à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain du présent panneau (art. R. 600-2 du code de l'urbanisme). / " Tout recours administratif ou tout recours contentieux doit, à peine d'irrecevabilité, être notifié à l'auteur de la décision et au bénéficiaire du permis ou de la décision prise sur la déclaration préalable. Cette notification doit être adressée par lettre recommandée avec accusé de réception dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du recours (art. R. 600-1 du code de l'urbanisme). ". Enfin, aux termes de l'article A. 424-18 de ce code : " Le panneau d'affichage doit être installé de telle sorte que les renseignements qu'il contient demeurent lisibles de la voie publique ou des espaces ouverts au public pendant toute la durée du chantier ".

3. Il ressort du procès-verbal du constat d'huissier en date du 22 juin 2022, produit par la société Totem France, que le panneau de la déclaration préalable n'était pas affiché à cette date sur le terrain d'assiette de la construction autorisée mais sur un terrain situé de l'autre côté de la voie longeant celui-ci. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la société Totem France, le délai de recours n'a pas commencé à courir à compter du 22 juin 2022. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le 23 août 2022 date d'établissement du second constat d'huissier produit par la société bénéficiaire de la décision en litige, le panneau, comprenant l'ensemble des mentions requises par les articles A. 424-16 et A. 424-17 du code de l'urbanisme, était implanté sur le terrain d'assiette de la construction autorisée et qu'il s'y trouvait toujours le 15 novembre 2022, à la date d'établissement du procès-verbal produit par la société G'EMM. Dans ces conditions, alors que la requérante n'apporte pas la preuve contraire, la continuité de l'affichage pendant deux mois peut être regardée comme établie à compter du 23 août 2022. Enfin, si la requérante soutient que le panneau a été implanté dans une voie interne privée, perpendiculairement à la voie publique à une distance ne permettant pas d'en lire le contenu, il ressort des photos jointes aux procès-verbaux des constats d'huissier produits tant par la société G'EMM que par la société Totem France que le panneau était visible depuis la voie publique dans les deux sens de la circulation et que la configuration des lieux permettait aux usagers de la voie de prendre connaissance depuis celle-ci de l'ensemble des mentions figurant sur le panneau. Il en résulte que le délai de recours, qui a commencé à courir à l'encontre de la décision en litige le 23 août 2022 était expiré à la date à laquelle la société G'EMM a introduit son recours. La fin de non-recevoir opposée par la société Totem France et la commune de Bretoncelles doit, par suite, être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 juin 2022 par lequel le maire de Bretoncelles n'a pas fait opposition à la déclaration préalable déposée par la société Totem France doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bretoncelles et de la société Totem France, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme que la requérante demande sur ce fondement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de la requérante la somme que sollicite sur ce même fondement la commune de Bretoncelles, qui n'était pas représentée par un avocat. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société G'EMM une somme de 1 500 euros à verser à la société Totem France, en application des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société G'EMM est rejetée.

Article 2 : La société G'EMM versera à la société Totem France la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Bretoncelles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société G'EMM, à la société Totem France et à la commune de Bretoncelles.

Délibéré après l'audience du 22 février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Pillais, première conseillère,

Mme Silvani, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.

La rapporteure,

Signé

C. SILVANI

La présidente,

Signé

H. ROULAND-BOYER Le greffier,

Signé

J. LOUNIS

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

J. Lounis

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