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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2300262

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2300262

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2300262
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 2 février 2023, le 29 mai 2023 et le 16 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 5 janvier 2023 par laquelle la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Le 17 novembre 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi, les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile étant insusceptibles de s'appliquer dès lors que les conditions matérielles d'accueil ont cessé à la date du transfert de M. A vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile et qu'il doit ainsi être regardé comme ayant déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile au sens de l'article L. 551-15 du même code, d'autre part, de ce que le tribunal est susceptible de procéder à une substitution de base légale en substituant les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux dispositions de l'article L. 551-16 de ce code.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Groch

- les conclusions de M. Bonneu, rapporteur public,

- et les observations de Me Cavelier, représentant M. A.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, de nationalité afghane, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 20 janvier 2022. Il a présenté une demande d'asile le 1er février 2022, qui a été enregistrée dans le cadre de la procédure Dublin. Il a obtenu le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le préfet de la Seine-Maritime a pris à son encontre un arrêté portant transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande d'asile, qui a été exécuté le 4 octobre 2022. M. A, qui est revenu en France, a déposé une nouvelle demande d'asile le 4 novembre 2022, enregistrée en procédure " Dublin sur Dublin ". Par un courrier du 5 janvier 2023, la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a notifié à M. A la cessation des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après son transfert. M. A demande l'annulation de cette décision mettant fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 février 2023. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la qualification de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. / Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement. / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ". Aux termes des dispositions de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 573-5 du même code : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence d'un autre Etat européen, le versement de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1 prend fin à la date du transfert vers cet Etat. ".

4. En l'espèce, M. A a fait l'objet d'un transfert vers l'Italie le 4 octobre 2022. Rapidement revenu en France, il a de nouveau sollicité l'asile le 4 novembre 2022. Eu égard à ces circonstances, cette nouvelle demande, qui a été enregistrée le même jour en " procédure Dublin ", est assimilable à une demande de réexamen au sens de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision litigieuse est motivée par la circonstance que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de sa demande. Elle indique qu'elle prononce la cessation du bénéfice des conditions d'accueil. Or, le motif de la décision étant tiré de ce que le requérant a introduit une nouvelle demande, l'OFII doit être regardé comme ayant en réalité prononcé un refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil, dont le fondement est l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel prévoit que le refus est possible en cas de demande de réexamen.

5. Si, par suite, la décision litigieuse ne pouvait être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A, suite au dépôt de sa demande d'asile enregistrée en procédure Dublin le 4 novembre 2022, a fait l'objet le même jour d'un examen de vulnérabilité et a réceptionné un courrier d'intention de cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui laissant quinze jours pour faire valoir à l'administration ses observations. Il ne ressort pas des éléments du dossier qu'une suite aurait été donnée à la réception de ce courrier. Par une décision du 5 janvier 2023, la cessation du bénéficie des conditions d'accueil, qui doit être regardée en l'espèce comme un refus d'octroi, lui a été notifiée. Même si les garanties apportées par les deux dispositifs ne sont pas identiques, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui a bénéficié en l'espèce d'une procédure contradictoire, n'a été privé d'aucune garantie procédurale relative au refus d'octroi des conditions matérielles d'accueil au sens et pour l'application de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il y a lieu de substituer aux dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 de ce code, dès lors que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie, et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

7. Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles de la directive du Conseil du 27 janvier 2003 relative à des normes minimales pour l'accueil des demandeurs d'asile dans les Etats membres qu'elles visent à transposer et qui ont notamment été interprétées par la décision de la Cour de justice de l'Union européenne du 27 septembre 2012 CIMADE et GISTI, aff. C-179/11, que, lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat responsable de l'examen de sa demande, c'est à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée, et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice de ces droits, sauf si les autorités chargées de cette nouvelle demande décident de l'examiner ou si, compte tenu du refus de l'Etat responsable d'examiner la demande précédente, il leur revient de le faire.

En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :

8. En premier lieu, la décision du 5 janvier 2023 mentionne les éléments de fait propres à la situation de M. A et les considérations de droit sur lesquels elle se fonde. Elle précise notamment que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités en charge de l'asile en " présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de l'instruction de [sa] demande " et qu'avant de prendre cette décision, l'OFII a examiné les besoins de l'intéressé et sa situation personnelle et familiale. La décision attaquée comporte ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit, quand bien même celles-ci seraient erronées, et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

9. En second lieu, et ainsi qu'il a été exposé au point 7, lorsqu'un demandeur d'asile a été transféré vers l'Etat membre responsable de l'examen de sa demande, il appartient à ce dernier de lui assurer les conditions matérielles d'accueil. En cas de retour de l'intéressé en France sans que la demande n'ait été examinée et de présentation d'une nouvelle demande, l'OFII peut refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sauf s'il est établi que l'Etat responsable a refusé d'examiner la demande d'asile.

10. En l'espèce, il est constant que M. A a sollicité le bénéfice de l'asile en France le 1er février 2021, en acceptant le même jour le bénéfice des conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile. Après avoir été transféré en Italie le 4 octobre 2021, il a de nouveau présenté une demande d'asile en France le 4 novembre 2021. M. A a indiqué que les autorités italiennes ne lui avaient proposé aucune prise en charge sociale et administrative avant un délai de six mois, et qu'il n'avait ainsi pas été mis en mesure de déposer effectivement une demande d'asile. Il n'apporte toutefois à l'appui de cette allégation aucun élément sérieux et suffisamment circonstancié susceptible d'établir qu'il aurait été mis dans l'impossibilité de présenter une demande d'asile en raison de l'absence de prise en charge administrative en Italie. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire italien, cette circonstance n'est pas, à elle seule, de nature à établir que l'Italie aurait refusé d'examiner sa demande d'asile. Les autorités italiennes ne peuvent d'ailleurs pas être regardées comme ayant refusé d'examiner la demande d'asile de M. A, dès lors que celui-ci n'a déposé aucune demande d'asile dans ce pays. Dans ces conditions, l'OFII pouvait, à la date du 5 janvier 2023, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sans commettre d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 5 janvier 2023. Par suite, les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. A.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Cavelier et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Copie en sera adressée à la directrice territoriale de Caen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 23 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

N. GROCH

Le président,

Signé

F. CHEYLANLa greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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