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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2301173

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2301173

lundi 25 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2301173
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantCAVELIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 mai 2023 et le 23 août 2023, M. C A, représenté par Me Cavelier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet E lui a refusé la délivrance d'une carte de résident ;

3°) d'enjoindre au préfet E de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de lui délivrer une carte de résident dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que la décision de refus de carte de résident :

- est entachée d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des articles R. 432-3 à R. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle retire une carte de résident obtenu par le statut de réfugié ;

- méconnaît les articles L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 6 juillet 2023 et le 30 août 2023, le préfet E conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Martinez,

- et les observations de Me Cavelier, représentant M. A.

Le préfet E n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant guinéen né le 28 novembre 1992 à Conakry, est entré en France le 8 février 2019. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides lui a accordé le 27 avril 2020 le statut de réfugié. Il a sollicité la délivrance d'une carte de résident au titre de l'asile, sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 mars 2023, dont il est demandé l'annulation, le préfet E a opposé un refus, au motif que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. M. A ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 19 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2023-12 du même jour et accessible sur le site internet de la préfecture, le préfet E a donné délégation à M. D B, chef du bureau de l'asile et de l'éloignement du service de l'immigration de la préfecture E, à l'effet de signer tous les arrêtés et décisions relevant des attributions du bureau du séjour, à l'exception de certains actes dont ne fait pas partie la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel la qualité de réfugié a été reconnue en application du livre V se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 424-2 du même code : " Après avoir déposé sa demande de carte de résident, et dans l'attente de la délivrance de cette carte, l'étranger mentionné à l'article L. 424-1 a le droit d'exercer la profession de son choix dans les conditions prévues à l'article L. 414-10. () ". L'article R. 424-1 de ce code prévoit : " Le préfet procède à la délivrance de la carte de résident prévue aux articles L. 424-1 ou L. 424-3 dans un délai de trois mois à compter de la décision de reconnaissance de la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile. () ". Par ailleurs, en vertu de l'article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'autorité préfectorale sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet. Selon le premier alinéa de l'article R. 432-2 de ce code : " La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois ".

6. Si le silence gardé par l'administration sur une demande dont elle a été saisie a fait naître une décision implicite de rejet, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision.

7. M. A a déposé le 19 février 2021 une demande de carte de résident en qualité de réfugié. A défaut de décision explicite du préfet à l'expiration d'un délai de quatre mois, la demande de M. A devait être regardée, dans un premier temps, comme implicitement rejetée, conformément aux articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet E, par l'arrêté du 6 mars 2023 en litige, a pris une décision rejetant explicitement la demande de carte de résident, qui se substitue à la première décision. Dès lors, et contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté en litige doit être regardé comme un refus de délivrance d'une première carte de résident et non comme une décision de retrait.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public ". L'article L. 412-5 du même code dispose : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité préfectorale peut refuser la délivrance de la carte de résident mentionnée par l'article L. 424-1 précité si la présence d'un ressortissant étranger en France constitue une menace pour l'ordre public.

9. M. A a été condamné par un jugement du tribunal correctionnel de Lisieux du 9 septembre 2021 à quatre mois d'emprisonnement pour des faits de violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis les 6 et 7 avril 2021 à l'encontre de sa concubine, qui a la nationalité française. Il est père d'une enfant née le 3 avril 2022 de sa relation avec cette ressortissante française. Il ressort des pièces du dossier que sa fille a été confiée en urgence en juillet 2022 à la direction de l'enfance et de la famille E à la suite d'un signalement dans un contexte de violence conjugale par ordonnance du juge pour enfant du 22 juillet 2022. Le requérant a été condamné le 2 décembre 2022 par le tribunal judiciaire de Caen à une peine d'emprisonnement d'un an dont six mois avec sursis pour des faits de violence aggravée en récidive contre sa concubine. Selon le rapport du 3 mai 2023 établi par le service pénitentiaire d'insertion et de probation E, il est envisagé d'orienter M. A vers des programmes de prise en charge collective sur la question de l'impulsivité et des violences intrafamiliales, " le risque de récidive n'étant pas nul ". M. A a d'ailleurs été à nouveau condamné par le tribunal correctionnel de Caen pour des faits de violences conjugales à six mois d'emprisonnement avec mandat de dépôt. Le requérant, à qui il est interdit d'entrer en contact avec son ex-concubine, ne justifie pas contribuer à l'entretien de sa fille. Dans ces conditions, le préfet, par la décision attaquée, n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

10. Il résulte de ce tout qui précède que l'ensemble de la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Cavelier et au préfet E.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Caen.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Cheylan, président,

M. Martinez, premier conseiller,

Mme Groch, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2023.

Le rapporteur,

Signé

P. MARTINEZ

Le président,

Signé

F. CHEYLAN

La greffière,

Signé

C. BÉNIS

La République mande et ordonne au préfet E en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. Bénis

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