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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2001238

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2001238

lundi 17 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2001238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème chambre
Avocat requérantGRENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 14 mai 2020, 28 mai 2021 et 26 août 2021, Mme A, représentée par Me Grenier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2020 par laquelle le directeur de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de Laignes a refusé de faire droit à sa demande de reconnaissance d'imputabilité au service de ses arrêts de travail courant depuis le 27 juillet 2018 ;

2°) d'enjoindre au directeur de l'EHPAD de Laignes de faire droit à sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder à un réexamen de sa demande, dans le délai d'un mois ;

3°) de mettre à la charge de l'EHPAD de Laignes la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable compte tenu de la prorogation des délais pendant la période d'urgence sanitaire ;

- à titre principal, la décision attaquée est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits, dès lors que, indépendamment de toute faute retenue contre l'EHPAD de Laignes, le syndrome anxio-dépressif réactionnel dont elle souffre est directement lié à ses conditions de travail et à l'acharnement de l'infirmière faisant fonction de cadre de santé à son encontre, constitutif d'un harcèlement moral, sans qu'une quelconque faute de sa part ne puisse utilement lui être reprochée ;

- à titre subsidiaire, la décision est entachée de vices de procédure : l'EHPAD de Laignes a violé le secret médical en saisissant directement et en interrogeant ses médecins pour obtenir des renseignements, sans même l'aviser, en parallèle de la saisine de la commission de réforme ; l'EHPAD devra justifier de la saisine de la commission de réforme et de sa composition, qui doit nécessairement intégrer un spécialiste de l'affection considérée ; l'EHPAD devra justifier de l'information adressée au médecin du travail compétent et à la remise par celui-ci d'un rapport écrit ; l'EHPAD devra justifier que la commission de réforme a été saisie tant au regard de la maladie professionnelle que de l'accident de service, comme elle l'a préalablement demandé, et que l'avis de cette instance est dûment motivé ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'elle ne comporte strictement aucun élément de fait qui en constitue le fondement et qu'aucun avis dûment motivé n'y a été joint.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 octobre 2020, 27 juillet 2021 et 19 octobre 2021, l'EHPAD de Laignes, représenté par Me Lambert, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été rouverte et une nouvelle clôture a été fixée au 22 octobre 2021 à 12 heures.

Un mémoire en production de pièces, présenté pour l'EHPAD de Laignes, a été enregistré le 22 avril 2022, soit postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. Puglierini, rapporteur public,

- et les observations de Me Grenier, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par courrier du 20 septembre 2018, Mme A, infirmière en soins généraux et spécialisés au sein de l'EHPAD de Laignes, a demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison d'une situation de harcèlement moral dont elle s'estime victime, ainsi que la reconnaissance de l'imputabilité au service du congé de maladie dont elle bénéficie depuis le 27 juillet 2018. Par une décision du 15 octobre 2018, le directeur de l'établissement a refusé de faire droit à ces deux demandes. Par un jugement du 27 septembre 2019, le tribunal administratif de Dijon a annulé, pour vice de procédure, cette décision, en tant qu'elle refuse de reconnaître l'imputabilité au service de la pathologie de Mme A et a enjoint au directeur de l'établissement de prendre une nouvelle décision après une nouvelle instruction de la demande. Par une décision du 11 février 2020, le directeur par intérim de l'EHPAD de Laignes a, après avoir recueilli l'avis de la commission de réforme, refusé de reconnaître comme imputables au service l'arrêt de travail initial qui a débuté le 27 juillet 2018 et ses prolongations jusqu'au 26 janvier 2019, ainsi que le congé de longue maladie du 27 janvier 2019 au 26 janvier 2020. La requérante demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, la décision attaquée du 11 février 2020, après avoir visé les textes législatifs et réglementaires applicables, ainsi que l'avis de la commission de réforme du 5 février 2020, se borne à indiquer que " l'arrêt de travail initial de Madame D A qui a débuté le 27 juillet 2018, les prolongations jusqu'au 26 janvier 2019, et le congé longue maladie du 27 janvier 2019 au 26 janvier 2020 ne sont pas reconnus imputables au service ". Par suite, la requérante est fondée à soutenir que cette décision ne l'a pas mise en mesure d'identifier les motifs de fait sur lesquels son auteur s'est fondé pour lui refuser l'imputabilité au service demandée. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que, notamment, l'avis de la commission de réforme du 5 février 2020, dont la décision attaquée ne précise même pas le sens, aurait été joint à cette décision. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être accueilli.

4. D'autre part, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 visée ci-dessus, dans sa version applicable au litige : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. () Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, à l'exception des blessures ou des maladies contractées ou aggravées en service, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

5. Aux termes de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004 visé ci-dessus, dans sa version applicable au litige : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. () Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. ". L'article 21 de ce texte dispose que : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service () de l'infirmité pouvant donner droit aux différents avantages énumérés () aux articles 41 et 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. ".

6. En l'espèce, si la commission de réforme a été consultée sur la demande de Mme A tendant à la reconnaissance de l'imputabilité au service des congés de maladie dont elle a bénéficié depuis le 27 juillet 2018, l'EHPAD de Laignes ne rapporte pas la preuve, et il ne ressort d'aucune pièce du dossier, que cette commission aurait disposé d'un rapport écrit du médecin du travail relatif à cette demande d'imputabilité au service. Dans ces conditions, l'avis émis par la commission de réforme a été rendu en méconnaissance des prescriptions posées par les dispositions précitées de l'article 15 de l'arrêté du 4 août 2004.

7. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

8. Le médecin du travail, par sa connaissance des conditions et de l'environnement de travail des agents, des tâches qui leur sont dévolues et des diverses contraintes, notamment physiques, auxquelles ils sont exposés, est à même d'apporter à la commission de réforme un éclairage que ne peut lui procurer le seul médecin expert. En outre, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 26 janvier 2018, Mme A avait saisi le médecin du travail des difficultés qu'elle rencontrait dans l'exercice de ses fonctions. Par conséquent, et alors même qu'il ne revêt qu'un caractère consultatif, l'avis de la commission de réforme, qui contribue à garantir que la décision prise sur une demande de reconnaissance de l'imputabilité d'une pathologie au service le sera de façon éclairée, doit être regardé comme étant intervenu au terme d'une procédure irrégulière. Or, cette irrégularité entachant la décision en litige a privé Mme A d'une garantie.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 11 février 2020.

Sur l'application des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative :

10. Eu égard aux motifs d'annulation retenus ci-dessus, le présent jugement implique seulement que l'administration prenne une nouvelle décision après une nouvelle instruction. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au directeur de l'EHPAD de Laignes de prendre une nouvelle décision sur la demande de reconnaissance de l'imputabilité au service de la maladie de Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée par l'EHPAD de Laignes au titres de frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

13. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'EHPAD de Laignes le versement à Mme A d'une somme de 1 200 euros au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La décision attaquée du 11 février 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de l'EHPAD de Laignes de prendre une nouvelle décision sur la demande de Mme A, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'EHPAD de Laignes versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par l'EHPAD de Laignes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et à l'EHPAD de Laignes.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Delespierre, président,

- M. Blacher, premier conseiller,

- Mme Desseix, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2022.

Le rapporteur,

M. BlacherLe président,

M. E

La greffière,

Mme C

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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