jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2200637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ZUPAN David |
| Avocat requérant | ARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, M. B D, représenté par Me Grebille-Romand, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision dite " 48 SI ", en date du 28 août 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a opéré le retrait d'un point de son permis de conduire en raison d'une infraction commise le 10 septembre 2019 et a invalidé celui-ci en raison d'un solde de points nul, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux en date du 16 février 2022 ;
2°) d'annuler les décisions antérieures de retraits de points consécutives à des infractions relevées les 8 mars 2014, 22 mai 2020 et 13 janvier 2020 ;
3°) d'ordonner la restitution des points illégalement retirés et de lui restituer son permis de conduire dans les huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision référencée " 48 SI " ne lui a pas été notifiée ;
- il n'a pas reçu, à l'occasion des infractions relevées, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, alors que cette formalité est substantielle.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Zupan, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. D conteste la décision dite " 48 SI ", en date du 28 août 2021, par laquelle le ministre de l'intérieur a opéré le retrait de trois points de son permis de conduire en conséquence d'une infraction commise le 10 septembre 2019, a invalidé ce permis pour solde de points nul et en a ordonné la restitution. Il demande également l'annulation des décisions antérieures de retraits de points consécutives à des infractions relevées contre lui les 8 mars 2014, 22 mai 2020 et 13 janvier 2020.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l'intérieur :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Selon l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de l'action introduite devant un tribunal administratif, d'établir que l'intéressé a régulièrement reçu notification de la décision. En cas de retour à l'administration du pli contenant la décision, cette preuve peut résulter soit des mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. Cependant, aucun principe général, ni aucune disposition législative ou réglementaire, ne fait obligation au titulaire d'un permis de conduire de déclarer à l'autorité administrative sa nouvelle adresse en cas de changement de domicile. Il en résulte qu'alors même qu'il n'aurait pas signalé ce changement aux services compétents, la présentation, à une adresse où il ne réside plus, du pli notifiant une décision relative à son permis de conduire et prise à l'initiative de l'administration n'est pas de nature à faire courir à son encontre le délai de recours contentieux.
4. Le relevé intégral d'information du permis de conduire de M. D mentionne qu'une décision " 48 SI ", portant invalidation de ce permis, expédiée par voie postale avec accusé de réception n° 2C 1554 2385 676, a été présentée le 14 octobre 2021 à une adresse située à Matoury, en Guyane. La copie de l'avis de réception postal communiquée au requérant en réponse à son recours gracieux introduit le 7 février 2022 porte le même numéro, avec les mentions " Présenté / Avisé le 14/10 ". Toutefois, outre le fait que la mention de la date de vaine présentation portée sur l'avis de réception est imprécise, ni ce document, ni l'enveloppe contenant la décision litigieuse ne comportent, contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur, la mention " pli avisé et non réclamé " ou de mention indiquant que l'intéressé aurait été avisé du passage du facteur ou du bureau de poste auprès duquel le pli aurait été mis en instance. En outre, l'administration ne s'est prévalue d'aucun autre document, telle une attestation de l'administration postale ou d'autres éléments de preuve établissant la délivrance par le préposé du service postal, conformément à la réglementation en vigueur, d'un avis d'instance prévenant le destinataire de ce que le pli était à sa disposition au bureau de poste. En outre, il est constant qu'à la date du pli, M. D avait déménagé dans la commune de Sens, comme en attestent son avis de taxe d'habitation ou son contrat de location débutant à partir du 30 mai 2020. Dans ces conditions, en dépit des mentions figurant sur le pli recommandé en cause, M. D ne peut être regardé comme ayant été effectivement à même de prendre connaissance de la décision " 48 SI " à la date de présentation du pli à son ancien domicile. Le délai de recours contentieux, dans ces conditions, n'a pu courir, de sorte que la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de la tardiveté, doit être écartée.
Sur la légalité de la décision " 48 SI " en tant qu'elle retire trois points du permis de conduire de M. C à la suite de l'infraction relevée le 19 septembre 2019 :
5. En application des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lors de la constatation d'une infraction entraînant un retrait de points, l'auteur de celle-ci est notamment informé qu'il encourt un tel retrait, si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.
6. L'information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation.
7. En premier lieu, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant un retrait de points, l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante. En outre, en vertu de l'article A. 37-15 du même code, lorsque le procès-verbal de constatation de l'infraction est dressé sous forme dématérialisée avec un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au domicile du contrevenant un avis de contravention, une notice de paiement et un formulaire de requête en exonération. L'avis de contravention adressé par voie postale au contrevenant comporte, en vertu de l'article A. 37-9, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
8. Le ministre l'intérieur a versé aux débats la retranscription des procès-verbaux électroniques afférentes aux infractions commises les 10 septembre 2019 et 22 mai 2020, où figurent, outre l'identité de M. D, sa signature dans le premier cas et, dans le second, l'information selon laquelle " vu les règles sanitaires pour lutter contre la Covid-19, la personne est informée de sa verbalisation et de la non apposition de sa signature " ainsi que la mention " N/A " indiquant que l'intéressé a pu effectivement prendre connaissance des informations préalables exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, mais qu'il n'a pu apposer sa signature sur le document en raison des règles sanitaires pour lutter contre la Covid-19. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité des retraits de points afférents à ces deux infractions doit être écarté.
9. En deuxième lieu et en application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Or, suivant les prescriptions de l'article A. 37-28 du même code, cet avis normalisé comporte un ensemble d'indications mettant le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il sera procédé au retrait de points et portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.
10. En l'espèce et s'agissant de l'infraction relevée le 13 janvier 2020, il résulte de l'instruction, notamment de l'examen du relevé intégral d'information et des attestations de paiement établies par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes, que M. D s'est acquitté du paiement de l'amende forfaitaire majorée. Ainsi, il doit être tenu pour établi, faute pour le requérant de produire l'avis d'amende forfaitaire majorée qu'il a nécessairement reçu et d'en contester la régularité, que l'administration s'est acquittée envers lui de son devoir d'information.
11. En dernier lieu, s'agissant de l'infraction relevée le 8 mars 2014, si le ministre se prévaut des mentions du relevé d'information intégral d'informations du permis de conduire de M. D pour attester de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, il n'établit pas, faute de le produire à l'instance, que le formulaire d'amende forfaitaire majorée, document dont l'intéressé conteste formellement avoir été rendu destinataire, comportait les informations requises par le code de la route. L'administration n'apporte pas non plus la preuve que M. D aurait été antérieurement destinataire d'un avis de contravention relatif à une infraction de même nature (excès de vitesse compris entre 40 et 50 kilomètres / heure) et comportant ces informations. Dans ces conditions, M. D est fondé à soutenir que la décision du ministre lui retirant quatre points de son permis de conduire à la suite de cette infraction est entachée d'irrégularité.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le ministre de l'intérieur lui a retiré quatre points de son permis de conduire en conséquence de l'infraction commise le 8 mars 2014, ainsi que, par voie de conséquence, de la décision référencée " 48 SI " du 28 août 2021 en tant qu'elle porte invalidation de son titre de conduite pour solde de points nul.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une décision dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
14. Eu égard aux motifs du présent jugement, il doit être fait injonction au ministre de l'intérieur, sous réserve de retraits de points éventuellement prononcés par ailleurs à raison d'infractions étrangères à la présente instance, de créditer le permis de conduire de M. D des quatre points illégalement retirés à la suite de l'infraction commise le 8 mars 2014 et, par conséquent, de restituer ce permis, redevenu valide, à l'intéressé. Il y a lieu de lui impartir à cet effet un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. D sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision référencée " 48 SI " du ministre de l'intérieur du 28 août 2021 portant invalidation du permis de conduire de M. D est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de créditer le permis de conduire de M. D de quatre points et de lui restituer ce permis, dans un délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au Procureur de la République près le tribunal judiciaire de Sens.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le président,
D. ZupanLa greffière,
C. CHAPIRON
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026