mardi 13 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2201614 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | VIOTTI Océane |
| Avocat requérant | THISSE MARINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 juin 2022, Mme C F H, représentée par Me Thisse, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2022 par lequel le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Côte-d'Or de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être regardée comme entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à son signataire ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet ne s'est pas prononcé sur la demande de titre de séjour qu'elle a formé en qualité d'étudiante et a en conséquence méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne s'est pas prononcé sur son état de santé et que les médicaments qui lui sont prescrits ne sont pas disponibles en Angola ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er septembre 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Par une décision du 5 septembre 2022, Mme F H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B, en application des dispositions de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 2 septembre 2022 à 13h40.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Viotti, conseillère,
- les observations de M. E, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans ses écritures.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F H, ressortissante angolaise née le 25 mars 1983 à Luanda, est entrée irrégulièrement en France le 11 février 2017 et a sollicité la protection internationale. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile le 26 février 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 30 mars 2022. Par l'arrêté du 2 juin 2022 dont il est demandé l'annulation, le préfet de la Côte-d'Or l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Par décision du 5 septembre 2022, Mme F H a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire est devenue sans objet.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, la signataire de l'arrêté attaqué, Mme A D, cheffe du service d'immigration et d'intégration de la préfecture de la Côte-d'Or, a été investie par le préfet de ce département d'une délégation à cet effet en vertu d'un arrêté du 4 avril 2022, régulièrement publié le 6 avril suivant au recueil des actes administratifs spécial, du reste visé par la décision en litige et aisément consultable en ligne. Si cet arrêté prévoit que la délégation de signature conférée à Mme D joue en cas d'absence ou d'empêchement du délégataire de premier rang, le requérant ne conteste pas que cette situation était effectivement constituée à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4° ". Selon l'article L. 613-1 de ce code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. En l'espèce, la décision en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment le 4° de son article L. 611-1. Elle retrace le parcours migratoire de Mme F H, dont la demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 26 février 2021, puis par la Cour nationale du droit d'asile le 30 mars 2022. Le préfet en conclut que l'intéressée ne remplit pas les conditions pour se voir attribuer une carte de résident sur le fondement de l'article L. 424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ayant pas obtenu la qualité de réfugié, ni une carte de séjour pluriannuelle sur le fondement de l'article L. 424-9 du même code, faute d'obtenir le bénéfice de la protection subsidiaire. La décision attaquée précise ensuite, après avoir rappelé la situation privée et familiale de Mme F H, qu'elle ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie familiale normale. Si la requérante fait valoir qu'elle a déposé le 15 avril 2022 une demande de titre de séjour en se prévalant des dispositions des articles L. 422-1, L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que, faute de se prononcer sur cette demande, la mesure d'éloignement est entachée d'un défaut de motivation, il ressort du courrier " dossier incomplet - en retour " qui lui a été envoyé le 16 mai 2022 que son dossier lui a été retourné par les services de la préfecture comme incomplet. Ainsi et en tout état de cause, il n'est pas établi que cette demande aurait été dûment complétée puis enregistrée par l'administration, ni que le préfet de la Côte-d'Or aurait entendu se prononcer sur cette demande. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
8. Le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve le cas mentionné au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne saurait en aller autrement que lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à l'intéressé, cette circonstance faisant alors obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas, notamment, de la mise en œuvre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne prescrit pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article ni, le cas échéant, de consulter d'office la commission du titre de séjour quand l'intéressé est susceptible de justifier d'une présence habituelle en France depuis plus de dix ans. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.
9. Mme F H ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit et en tout état de cause, avoir déposé une demande de titre de séjour en qualité d'étudiante sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui aurait été considérée comme complète et enregistrée par les services de la préfecture de la Côte-d'Or. Il en va de même s'agissant de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. En outre, il ne ressort pas de la motivation de l'arrêté en litige que le préfet de la Côte-d'Or ait procédé d'office à l'examen de son droit au séjour à ce titre. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 422-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.
10. En outre, Mme F H soutient qu'elle doit bénéficier, de plein droit, d'un titre de séjour pour raisons de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle fait valoir qu'elle est suivie par un psychiatre depuis février 2020 et souffre de troubles dépressifs avec syndrome post-traumatique, qu'elle impute aux violences traumatiques subies dans son pays d'origine, ainsi que d'apnée du sommeil sévère et symptomatique. Toutefois, elle se borne à produire à l'appui de ses allégations, d'une part, un compte rendu de polysomnographie qui indique seulement que la requérante souffre d'un syndrome d'apnée du sommeil sévère et symptomatique, ainsi qu'un certificat médical daté du 9 février 2022 établi par un psychiatre qui décrit les souffrances psychiques de l'intéressée, sans être suffisamment précis et circonstancié quant à l'origine de ces troubles, et qui conclut qu'il existe " une amélioration partielle des symptômes ", mais que " le suivi apparaît à l'heure actuelle toujours indiqué, de même que le traitement médicamenteux " et que " toute rupture dans la continuité des soins serait susceptible d'engendrer des conséquences négatives " sur son état de santé. Toutefois, ces seuls certificats ne suffisent pas à établir que l'état de santé de Mme F H nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, si la requérante soutient que son traitement, la paroxétine, un antidépresseur, l'alprazolam, un anxiolytique et le Théralène, un antihistaminique, n'est pas disponible en Angola, il ressort de la " liste des médicaments essentiels " en Angola qu'elle verse elle-même aux débats que l'aprazolam y est disponible. En outre, il n'est pas établi, par les seules pièces versées au dossier, qu'il existerait une impossibilité de substituer l'antidépresseur et l'antihistaminique qui lui ont été prescrits par d'autres médicaments équivalents, étant précisé qu'un traitement approprié n'est pas nécessairement un traitement identique à celui dont elle bénéficie en France. Il n'est dès lors pas démontré que l'état de santé de Mme F H nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Angola, elle ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".
12. Compte tenu des éléments médicaux portés à la connaissance du préfet par Mme F H à l'appui de sa demande de titre de séjour, tels que retracés au point 10 du présent jugement, le préfet de la Côte-d'Or ne pouvait être regardé comme disposant d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir que l'intéressée présente un état de santé susceptible de la faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire. Par suite, le préfet n'était pas tenu, alors même que la demande de titre de séjour pour raisons de santé de Mme F H n'avait pas été enregistrée, de recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de prononcer à son encontre une mesure d'éloignement.
13. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
14. En l'espèce, si Mme F H réside sur le territoire français depuis février 2017, cette durée de présence est essentiellement due à l'instruction de sa demande d'asile. Elle ne fait état d'aucun lien affectif particulier sur le sol national, alors en outre qu'il ressort des mentions non contestées de l'arrêté attaqué qu'elle est célibataire et sans charge de famille. Il n'est pas non plus établi qu'elle serait isolée dans son pays d'origine, où elle a vécu l'essentiel de son existence et où réside encore ses parents. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 10, il n'est pas démontré qu'elle ne pourrait bénéficier d'un traitement adapté à son état de santé dans son pays d'origine. Enfin, la seule circonstance qu'elle suive un diplôme universitaire " passerelle-étudiant en exil " au sein de l'Université de Bourgogne ne suffit pas à caractériser une insertion particulière sur le territoire français, ni qu'elle y aurait déplacé le centre de ses intérêts. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme F H sur le territoire français, l'arrêté en litige ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été édicté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ". Aux termes de l'article L. 721-3 du même code : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français () ". Enfin, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. () ".
16. En l'espèce, la décision fixant le pays de destination vise les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 612-12, L. 721-3 et L. 721-4 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, elle précise la nationalité de Mme F H et énonce que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté.
17. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
18. Mme F H soutient qu'elle encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Angola. Elle expose qu'en août 2016, le quartier de Zango à Luanda, dans lequel résidait sa famille, a fait l'objet d'une expropriation par les forces armées angolaises qui l'ont agressée physiquement et qui l'ont contrainte, à la suite de sa participation à une manifestation pendant laquelle un adolescent de quatorze ans a été tué par des militaires, à fuir son pays. Elle relate qu'elle a ensuite rejoint le Portugal, où elle a été victime pendant plusieurs mois d'un réseau angolais de traite des êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle, avant de réussir à s'enfuir pour rejoindre la France. Toutefois, en se bornant à se prévaloir d'extraits d'articles généraux rédigés en anglais par l'organisation " Human Rights Watch " sur la manifestation ayant eu lieu le 10 août 2016, ainsi que de deux rapports en langue anglaise du Département d'Etat des Etats-Unis sur le travail des enfants et sur le trafic sexuel en Angola, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des risques auxquels elle se dit personnellement exposée en cas de retour dans son pays d'origine, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée tant par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides que la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
19. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme F H n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
20. Les dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme F H demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le préfet de la Côte-d'Or.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de Mme F H.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme F H est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par le préfet de la Côte-d'Or sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F H, au préfet de la Côte-d'Or, et à Me Thisse.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2022.
La magistrate désignée,
O. BLa greffière,
M. G
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2201614
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026