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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2202692

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2202692

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2202692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantN DIAYE CATHERINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2022, Mme F B née C, représentée par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 septembre 2022 par lequel le préfet de Saône-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être reconduite d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet était tenu de saisir la commission d'expulsion ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 novembre 2022 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement, sur proposition du rapporteur public, l'a dispensé de présenter des conclusions sur ces affaires en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été seulement entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. D, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F B née C, ressortissante kosovare née le 10 septembre 1980, est entrée irrégulièrement sur le territoire français le 13 janvier 2015, accompagnée de son époux et de leurs quatre enfants. Elle a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides par une décision du 4 mars 2016, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 30 juin 2016. Elle a sollicité le réexamen de sa demande d'asile qui a fait l'objet d'un rejet définitif par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 20 avril 2017. Le 17 juin 2020, la requérante a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 octobre 2021, le préfet de Saône-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. La légalité de cette décision a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Dijon du 9 juin 2022. Par un arrêté du 15 septembre 2022, le préfet de Saône-et-Loire a fait obligation à la requérante de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera susceptible d'être reconduite d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, elle demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme A E, directrice de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture de Saône-et-Loire, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 15 septembre 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial du même jour. Le moyen tiré du vice d'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. Si Mme B, qui ne saurait utilement invoquer les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales à l'encontre de la mesure d'éloignement contestée, qui ne fixe pas le pays de destination, fait valoir qu'elle est présente sur le territoire français depuis 2015 avec son époux et leurs quatre enfants, dont trois sont mineurs et scolarisés, une fille étant inscrite dans une unité localisée pour l'inclusion scolaire, notamment depuis une décision du 19 octobre 2021 de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées, la requérante, qui ne justifie pas de la régularité alléguée du séjour en France de sa fille majeure, se maintient illégalement sur le territoire français, et la production de plusieurs attestations témoignant des valeurs morales de sa famille ainsi que d'une promesse d'embauche de son époux du 19 septembre 2022, postérieure à la décision litigieuse, sont en l'espèce insuffisantes pour caractériser la réalité de liens anciens, stables et intenses sur le territoire français alors que, par un jugement du même jour, le tribunal administratif de Dijon a rejeté le recours formé par son époux contre la décision d'éloignement identique qui a été prise à son encontre par le préfet de Saône-et-Loire. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, la décision contestée n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

6. Si Mme B soutient que ses trois enfants mineurs nés respectivement en 2007, 2009 et 2014, scolarisés, ne pratiquent aucune autre langue que la langue française et n'ont connu que la société française, ce qui n'est au demeurant pas établi, il ne ressort pas des pièces du dossier que leur scolarité ne pourrait pas se poursuivre au Kosovo où ils ont résidé au moins jusqu'en 2015 et où deux ont nécessairement débuté leur scolarité. Dans ces conditions, la décision litigieuse, qui n'a pas pour objet ni pour effet de la séparer de ses enfants mineurs, n'a pas été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. Si la requérante fait valoir que son époux souffre de diabète, en se bornant à produire une convocation à un rendez-vous médical du 19 mai 2022 au centre hospitalier de Paray-le-Monial, la requérante n'établit pas que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, en tout état de cause, être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si Mme B, dont la demande d'asile a d'ailleurs été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile, soutient qu'elle encourt des risques pour sa sécurité et celle de sa famille en cas de retour au Kosovo en raison de leur appartenance à la communauté rom, elle n'assortit de telles allégations d'aucun élément de preuve susceptible d'en démontrer la réalité. Elle n'est, par suite, pas fondée à soutenir que la décision litigieuse serait contraire aux stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

11. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'encourant pas la censure du tribunal, Mme B excipe en vain de son illégalité à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, Mme B ne peut utilement invoquer à l'appui de ses conclusions dirigées contre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la méconnaissance de l'article L. 632-1 du même code applicable à la procédure d'expulsion dès lors qu'en tout état de cause elle ne fait pas l'objet d'une mesure d'expulsion. Le moyen tiré de l'absence de réunion de la commission d'expulsion prévue par cet article est inopérant et doit être écarté.

13. En deuxième lieu, la décision contestée d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle se fonde et prend en compte les critères prescrits par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de motivation de la décision contestée doit être écarté.

14. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée par le conseil de la requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B née C doit être rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F B née C, au préfet de Saône-et-Loire, et à Me N'Diaye.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Nicolet, président,

Mme Zeudmi Sahraoui, première conseillère,

M. Hugez, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

P. D

L'assesseur le plus ancien,

N. Zeudmi Sahraoui

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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