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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2300047

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2300047

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2300047
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationCH 1 JU
Avocat requérantARTAUD BELFIORE CASTILLON GREBILLE-ROMAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 janvier 2023, M. A B, représenté par

Me Grebille-Romand, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 2 novembre 2012, 7 mars 2013, 29 mars 2013, 7 avril 2013, 13 juillet 2013, 8 septembre 2013, 17 mars 2014, 4 juillet 2014, 11 septembre 2015, 27 septembre 2016, 16 avril 2017, 30 septembre 2018, 28 aout 2019, 23 décembre 2019, 29 septembre 2020, 9 novembre 2020 et 24 mai 2022 ;

2°) d'annuler la décision " 48 SI " du 23 novembre 2022, par laquelle le ministre de l'intérieur a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer les points qui lui ont été illégalement retirés dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'a pas reçu, à l'occasion des infractions relevées contre lui, les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, alors que cette formalité est substantielle.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 1er février 2023 la clôture de l'instruction a été fixée au 20 février 2023.

Par une lettre du 2 mai 2023, le président de la formation de jugement a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision à intervenir était susceptible d'être fondée sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de retrait de point consécutive à l'infraction commise le 30 septembre 2018 dès lors que ce point a été restitué au requérant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Rousset, vice-président, pour statuer sur les litiges en application des dispositions de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Rousset a seul été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 2 novembre 2012, 7 mars 2013, 29 mars 2013, 7 avril 2013, 13 juillet 2013, 8 septembre 2013, 17 mars 2014, 4 juillet 2014, 11 septembre 2015, 27 septembre 2016, 16 avril 2017, 30 septembre 2018, 28 août 2019, 23 décembre 2019, 29 septembre 2020, 9 novembre 2020, 24 mai 2022 ainsi que la décision " 48 SI " du 23 novembre 2022.

Sur l'étendue du litige :

2. Il ressort du relevé d'information intégral du 30 janvier 2023 qu'antérieurement à l'introduction de la requête, le permis de conduire de M. B a été crédité le 19 septembre 2019, en application des dispositions de l'article L. 223-6 du code de la route, du point retiré au titre de l'infraction commise le 30 septembre 2018. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre la décision de retrait de point du 30 septembre 2018 sont dépourvues d'objet et, par suite irrecevables.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de retrait de points :

S'agissant du moyen tiré du défaut d'information :

3. Il résulte des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que l'accomplissement de la formalité substantielle prescrite par ces dispositions, qui constitue une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, conditionne la régularité de la procédure suivie et, partant, la légalité du retrait de points. L'administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d'une infraction dont la réalité a été établie que si l'auteur de l'infraction s'est vu préalablement délivrer par elle un document lui permettant de constater la réalité de l'infraction et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, de la remise d'un tel document.

Quant aux décisions de retrait de points consécutives aux infractions des 2 novembre 2012 (1 point), 7 mars 2013 (1 point), 11 septembre 2015 (1 point), 27 septembre 2016 (1 point) :

4. Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération.

5. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un système de contrôle automatisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

6. Il résulte de l'instruction, et en particulier des mentions du relevé d'information intégral qui ne sont pas contestées sur ce point, que les infractions commises les 2 novembre 2012, 7 mars 2013, 11 septembre 2015 et 27 septembre 2016, ont donné lieu au paiement différé de l'amende forfaitaire, respectivement les 27 novembre 2012, 29 mars 2013, 23 octobre 2015 et 16 décembre 2016. M. B ne pouvant régler les amendes forfaitaires sans avis de contravention, a nécessairement reçu à son domicile l'avis de contravention correspondant à ces infractions, lequel est établi sur un formulaire type comportant les informations requises par la loi. Le requérant ne démontre ni même n'allègue que les avis de contravention seraient inexacts ou incomplets. Dès lors, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers M. B de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement des amendes correspondant aux infractions susmentionnées, les informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Le moyen doit être écarté.

Quant aux décisions de retrait des points consécutives aux infractions des 29 mars 2013 (1 point), 7 avril 2013 (1 point), 13 juillet 2013 (1 point), 8 septembre 2013 (1 point), 17 mars 2014 (3 points), 4 juillet 2014 (1 point), 16 avril 2017 (1 point), 28 août 2019 (3 points), 23 décembre 2019 (3 points), 29 septembre 2020 (3 points), 9 novembre 2020 (3 points), 24 mai 2022 (2 points) :

7. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Or, suivant les prescriptions de l'article A. 37-28 du code de procédure pénale, cet avis normalisé comporte un ensemble d'indications mettant le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il sera procédé au retrait de points et portant à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

8. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé de lui-même -et non par voie de recouvrement forcé- l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être tenu pour établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

9. De plus, depuis une mise à jour logicielle effectuée le 15 avril 2015, tous les appareils électroniques utilisés par les agents verbalisateurs font apparaître sur la page présentée au contrevenant, en cas d'infraction entraînant retrait de points, l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, pour les infractions constatées à compter de cette date, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

10. En premier lieu, il résulte des mentions du relevé d'information intégral du permis de conduire de M. B et des attestations de paiement établies par la trésorerie du contrôle automatisé de Rennes versées à l'instance par le ministre de l'intérieur, que l'intéressé s'est acquitté du paiement des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions des 29 mars 2013, 7 avril 2013, 13 juillet 2013, 8 septembre 2013, 4 juillet 2014 et 16 avril 2017, respectivement les 24 janvier 2018, 24 janvier 2017, 23 décembre 2016, 9 mars 2015, 10 juin 2015 et 17 janvier 2018, sans qu'il ne soit démontré ni même soutenu que ce paiement aurait résulté d'une procédure de recouvrement forcé. Ainsi, il doit être tenu pour établi, faute pour le requérant de produire l'avis d'amende forfaitaire majorée qu'il a nécessairement reçu et de l'arguer d'irrégularité, que l'administration s'est acquittée envers lui de son devoir d'information.

11. En deuxième lieu, il résulte du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de M. B que les infractions des 28 août 2019, 23 décembre 2019 et 24 mai 2022 ont été relevées par procès-verbaux électroniques dématérialisés et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces produites par le ministre de l'intérieur que le requérant a signé les procès-verbaux de ces trois infractions, sous la mention " qui reconnaît avoir été informé, avant paiement des dispositions suivantes () ", dispositions reprenant l'ensemble des informations exigées par la loi. Dans ces conditions le moyen tiré du vice de procédure est manifestement infondé. Ces documents comportant l'information exigée par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, le ministre établit avoir respecté l'obligation d'information préalable prévue par celles-ci.

12. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que les infractions des 29 septembre 2020 et 9 novembre 2020 ont été constatées au moyen d'un procès-verbal électronique et ont donné lieu à l'émission d'une amende forfaitaire majorée. Ces procès-verbaux, produits par le ministre de l'intérieur, comportent l'ensemble des informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, sous lesquelles le requérant n'a pas pu apposer sa signature en raison des règles sanitaires mises en œuvre pour lutter contre la covid-19. Dans ces conditions, et alors que le requérant n'en conteste pas l'exactitude, la mention

" N/A " (non apposition) portée sur ces procès-verbaux doit être regardée comme possédant la même valeur probante que la signature de l'intéressé. Dès lors il est établi que M. B a reçu les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route avant le retrait de points correspondant à ces infractions.

13. En quatrième lieu, il résulte des mentions du relevé d'information intégral de

M. B que l'infraction du 17 mars 2014 a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée. S'agissant d'une infraction relevée par procès-verbal électronique dématérialisé, antérieure au 15 avril 2015, la mention du refus de signer sur le procès verbal produit par le ministre de l'intérieur ne suffit pas à établir la délivrance de l'ensemble des informations exigées par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il résulte toutefois du bordereau de situation des amendes et condamnations pécuniaires en date du 29 juillet 2017, émanant de la trésorerie Lyon amendes, que l'amende forfaitaire majorée afférente à l'infraction du 17 mars 2014 a été payée, sans qu'il ne soit démontré ni même soutenu que ce paiement aurait résulté d'une procédure de recouvrement forcé. Ainsi, en l'absence de tout élément avancé par l'intéressé qui serait de nature à mettre en doute la réalité et les conditions d'intervention du paiement de l'amende forfaitaire majorée afférente à cette infraction, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve qu'elle a satisfait à son obligation d'information préalable exigée par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalablement à cette décision de retrait de points manque en fait et doit être écarté.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions relevées les 2 novembre 2012, 7 mars 2013, 29 mars 2013, 7 avril 2013, 13 juillet 2013, 8 septembre 2013, 17 mars 2014, 4 juillet 2014, 11 septembre 2015, 27 septembre 2016, 16 avril 2017, 30 septembre 2018, 28 août 2019, 23 décembre 2019, 29 septembre 2020, 9 novembre 2020 et 24 mai 2022 ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne la décision " 48SI " du 23 novembre 2022 :

15. Les conclusions à fin d'annulation des décisions de retrait de points ayant été rejetées par le jugement, le solde de points attaché au permis de conduire du requérant reste nul. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " du ministre de l'intérieur ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. B au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le magistrat désigné,

O. Rousset La greffière,

C. Chapiron

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

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