jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2301182 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET CLEMANG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, M. C B, représenté par Me Clemang, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de suspendre la décision du préfet de la Côte-d'Or de mettre à exécution la mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 janvier 2023 et d'ordonner qu'il soit mis fin à son placement en rétention.
Il soutient que :
- la mise en œuvre de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 janvier 2023 emporte des effets qui, en raison d'un changement dans les circonstances, tenant au fait qu'il justifie n'avoir en réalité jamais quitté son emploi au sein de la société Eurotrans, excèdent ceux qui résultent normalement d'une telle mesure ;
- l'urgence est caractérisée, puisque l'administration prévoit de lui faire prendre place dans un avion décollant le 4 mai à 12 heures 40, alors qu'il a sollicité le 30 mars l'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2023 ;
- la décision attaquée porte une atteinte grave à la liberté d'aller et venir et, alors qu'il a la responsabilité d'une entreprise en difficulté employant cinq personnes, à la liberté du commerce et de l'industrie ;
- cette atteinte est manifestement illégale dès lors que, contrairement à ce qu'a indiqué le préfet, il n'a jamais quitté l'emploi pour lequel il a bénéficié du titre de séjour dont il était titulaire et ne pouvait donc lui être retiré.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mai 2022, le préfet de la Côte-d'Or conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 500 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête relève de la compétence territoriale du tribunal administratif de Strasbourg, le requérant étant placé au centre de rétention de Metz ;
- la condition d'urgence n'est pas remplie, la situation du requérant résultant de sa seule inertie ;
- il n'est pas porté aucune atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir non plus qu'à la liberté du commerce et de l'industrie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du doit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience :
- le rapport de M. Zupan, juge des référés, qui a oralement informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, qu'il était susceptible de fonder d'office son ordonnance sur un moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité de la requête, la procédure contentieuse prévue par les articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui était ouverte à M. B, est exclusive de celles prévues par le livre V du code de justice administrative ;
- les observations de Me Clemang, pour M. B, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire introductif d'instance, y ajoutant, en réponse au moyen d'ordre public ci-dessus, que le requérant est toujours salarié de son entreprise en 2023, ce qui est une circonstance nouvelle, et que cette entreprise est mise en péril par l'exécution de la mesure d'éloignement ;
- les observations de Mme A, représentant le préfet de la Côte-d'Or, qui a repris les faits, moyens et conclusions exposés dans le mémoire en défense, indiquant en outre s'approprier le moyen d'ordre public ci-dessus.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né en 1987 et de nationalité marocaine, est entré en France en 2016 et a bénéficié de plusieurs titres de séjour successifs et, en dernier lieu, d'une carte pluriannuelle de séjour portant la mention " salarié " délivrée en août 2021 par le préfet de la Côte-d'Or, valable jusqu'au 12 juillet 2025. Toutefois, par arrêté du 13 janvier 2023, le préfet de la Côte-d'Or, relevant que M. B ne jouissait plus d'un contrat de travail à durée indéterminée mais seulement de missions intérimaires, a opéré le retrait de son titre de séjour, lui a assigné l'obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel, passé ce délai, il serait reconduit d'office. Ensuite assigné à résidence par un arrêté du 8 mars 2023 et débouté du recours formé contre cette mesure par jugement de ce tribunal du 15 mars suivant, M. B a saisi le préfet, le 30 du même mois, d'une demande d'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2023. Le 3 mai, il a fait l'objet d'une mesure de placement en centre de rétention en vue d'un départ programmé pour le lendemain. Il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative de suspendre la décision du préfet de la Côte-d'Or de procéder ainsi à l'exécution de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 13 janvier 2023 et de mettre un terme à son placement en rétention.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 312-8 du code de justice administrative : " Les litiges relatifs aux décisions individuelles prises à l'encontre de personnes par les autorités administratives dans l'exercice de leurs pouvoirs de police relèvent de la compétence du tribunal administratif du lieu de résidence des personnes faisant l'objet des décisions attaquées à la date desdites décisions ".
3. A la date de la décision en litige, dont l'existence est révélée par la mesure de placement en rétention édictée à son encontre, M. B avait sa résidence à Dijon, de sorte que, contrairement à ce que soutient le préfet de la Côte-d'Or, le présent recours relève bien de la compétence du tribunal administratif de Dijon et non de celle du tribunal administratif de Strasbourg dans le ressort duquel se situe le centre de rétention administrative de Metz
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale applicable au cas où un étranger fait, comme en l'espèce, l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sur le fondement des 3°, 5° ou 6° du même code assortie d'un délai de retour volontaire. L'étranger peut ainsi, dans le délai de trente jours suivant sa notification, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision mentionnant le pays de destination et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. L'introduction d'un recours sur le fondement de ces dispositions a par elle-même pour effet de suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français jusqu'à ce que le tribunal administratif ait statué, en vertu de l'article L. 722-7 du même code. Le tribunal administratif, qui statue dans un délai de trois mois, dispose d'un pouvoir d'annulation non seulement de la mesure d'éloignement mais également des autres mesures contestées devant lui. Il résulte des pouvoirs ainsi confiés au juge par les articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des délais qui lui sont impartis pour se prononcer et des conditions de son intervention, que la procédure spéciale prévue par ces dispositions présente des garanties au moins équivalentes à celles des procédures régies par le livre V du code de justice administrative et en est donc en principe exclusive. Il en va autrement dans le cas où les modalités selon lesquelles il est procédé à l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français emportent des effets qui, en raison de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de cette mesure et après que le juge, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a statué ou que le délai prévu pour le saisir a expiré, excèdent ceux qui s'attachent normalement à sa mise à exécution.
6. En l'espèce, pour arguer de circonstances nouvelles propres à aggraver les effets normalement attachés à la mise à exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, M. B se prévaut de sa demande d'abrogation de l'arrêté du préfet de la Côte-d'Or du 13 janvier 2023, présentée le 30 mars 2023, ainsi que d'éléments de nature à démontrer, selon lui, qu'il n'a jamais quitté son emploi sous contrat à durée indéterminée et que, par conséquent, le motif du retrait de son titre de séjour est entaché d'inexactitude matérielle.
7. Toutefois, il est constant que, comme l'a d'ailleurs déjà énoncé le jugement du 8 mars 2023 mentionné au point 1, l'arrêté du 13 janvier 2023 a été régulièrement notifié à M. B le 17 janvier 2023, avec la mention des voies et délai de recours, et est ainsi devenu définitif, faute d'avoir été contesté par l'intéressé selon la procédure régie par les articles L. 614-1 et L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les pièces que le requérant estime propres à démontrer que le préfet s'est mépris sur sa situation en relevant qu'il n'était plus sous contrat de travail à durée indéterminée au sein de la société Eurotrans, dont il est en outre le gérant, sont antérieures à cet arrêté et auraient pu être produites dans le cadre de la procédure contradictoire qui en a précédé l'édiction puis à l'appui d'un recours formé contre lui. Elles ne caractérisent donc en rien l'existence d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait survenu depuis l'intervention de la mesure d'éloignement. Il en va de même de la circonstance que le requérant est toujours salarié de cette entreprise en 2023 et que celle-ci, placée en redressement judiciaire, se trouve en grande difficulté. La demande d'abrogation de l'arrêté du 13 janvier 2023, qui s'appuie sur les mêmes éléments sans faire état de circonstances nouvelles et ne vise ainsi qu'à parer les effets de l'expiration du délai de recours contentieux, ne saurait être regardée comme constituant, en elle-même, une circonstance nouvelle au sens de ce qui a été rappelé au point 3. Par suite, en l'absence de changements dans les circonstances de droit ou de fait survenus depuis l'intervention de la mesure d'éloignement, les modalités selon lesquelles il est actuellement procédé à l'exécution de celle-ci n'emportent aucun effet excédant ceux qui s'attachent normalement à sa mise en œuvre. La requête de M. B est donc irrecevable.
8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme que le préfet de la Côte-d'Or réclame, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, en, remboursement des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du préfet de la Côte-d'Or tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet de la Côte-d'Or.
Fait à Dijon, le 4 mai 2023.
Le président du tribunal,
juge des référés,
David Zupan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026