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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2302069

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2302069

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2302069
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCH 2 JU
Avocat requérantABOUDAHAB ZOUHAIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2023 et le 18 décembre 2023, M. C D, représenté par la SELARL Aboudahab, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise dans l'arrêté du 17 juillet 2023 du préfet de Saône-et-Loire ; et d'annuler l'arrêté de la même date portant assignation à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;

3°) à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du tribunal judiciaire de Lyon et d'annuler la décision d'assignation à résidence ;

4°) à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et l'arrêté du 17 juillet 2023 du préfet de Saône-et-Loire portant assignation à résidence ;

5°) en toute hypothèse, de mettre à la charge de l'Etat le paiement de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'auteur de l'acte devra justifier d'une délégation de compétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il est français par application de l'article 18 du code civil comme étant né d'un père français ; il a engagé depuis plusieurs mois devant le tribunal judiciaire de Lyon une action déclaratoire de nationalité française qui est pendante ; le juge administratif doit surseoir à statuer s'il estime que la question de savoir si l'étranger est susceptible de remplir les conditions légales pour obtenir la nationalité soulève une difficulté sérieuse ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que son action en reconnaissance de la nationalité française est pendante ;

- elle est contraire aux obligations de son contrat de travail qui lui imposent de respecter un préavis et entrave l'exercice de ses droits de salarié de sorte qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen personnalisé de sa situation ;

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'un défaut de base légale et d'un défaut de nécessité.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 juillet 2023, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la question de la nationalité française de M. D ne constitue pas une question sérieuse nécessitant un sursis à statuer ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pauline Hascoët, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Aboudahab, représentant M. D, qui fait valoir que le refus de certificat a été opposé pour un pur motif de forme alors qu'il est de pratique courante au Sénégal de ne pas faire la déclaration de naissance dans le délai ; il ajoute qu'il a saisi le tribunal judiciaire de Paris puis celui de Lyon, qu'une audience de mise en état est prévue en février 2024 et que la décision ne devrait pas intervenir avant l'été 2024 ; il précise que le requérant a perdu son emploi en raison du litige portant sur sa nationalité, que les actes d'Etat civil originaux ont été détruits et qu'il a obtenu un jugement reconstitutif de son état civil ; s'agissant de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, il indique qu'il en demande l'annulation à titre principal, qu'il conteste être entré en France irrégulièrement dès lors qu'il était en possession de son passeport français et était de bonne foi, qu'il conteste le risque de fuite et ajoute que le préfet savait qu'une juridiction était saisie sur la question de sa nationalité.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 12h31.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant sénégalais né le 29 septembre 1997, est entré sur le territoire français en janvier 2017 porteur d'un passeport français. A la suite de la perte de son passeport, il a sollicité le 3 octobre 2022 une demande de renouvellement de passeport. Il est alors apparu qu'un refus de certificat de nationalité française avait été opposé le 31 octobre 2016 à M. D par le service de la nationalité des Français nés et établis hors de France et que le passeport avait été invalidé par les services du consulat général de France au Sénégal le 26 avril 2019. Le préfet de la Nièvre a refusé de délivrer le passeport sollicité. Par un arrêté du 17 juillet 2023, le préfet de Saône-et-Loire a fait obligation à M. D de quitter le territoire français sans délai et a fixé le Sénégal comme pays de destination. Par un deuxième arrêté du même jour, il a assigné l'intéressé à résidence dans l'arrondissement de Chalon-sur-Saône pour une durée de six mois. Par sa requête, M. D demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés, ou, à titre subsidiaire, de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du juge judiciaire sur son action en reconnaissance de nationalité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 110-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sont considérées comme étrangers au sens du présent code les personnes qui n'ont pas la nationalité française, soit qu'elles aient une nationalité étrangère, soit qu'elles n'aient pas de nationalité ". Ces dispositions excluent du champ d'application d'une mesure d'éloignement une personne qui, à la date de cette mesure, a la nationalité française alors même, le cas échéant, qu'elle aurait également une nationalité étrangère.

3. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". Il résulte des dispositions de l'article 30 du code civil que le charge de la preuve en matière de nationalité française incombe à celui dont la nationalité est en cause, sauf s'il est titulaire d'un certificat de nationalité française. L'exception de nationalité ne constitue, en vertu de l'article 29 du code civil et de l'article R. 771-2 du code de justice administrative, une question préjudicielle que si elle présente une difficulté sérieuse.

4. M. D soutient être né d'un père de nationalité française. Il produit à l'appui de ses dires une copie de la transcription de son acte de naissance par les autorités françaises indiquant qu'il est né le 29 septembre 1997 à B de A D, né le 3 mars 1951, et de Diakha Diarra, née le 6 octobre 1966, ainsi qu'un jugement de reconstitution de son acte de naissance sénégalais du 5 août 2019, et un acte de naissance établi le 25 octobre 2019 sur la base de ce jugement, comportant les mêmes éléments d'identité. Il produit également un certificat de nationalité française délivré le 27 mai 1998 à M. A D, né le 3 mars 1951, indiquant que ce dernier a été réintégré dans la nationalité française en date du 10 juin 1997, c'est-à-dire avant la naissance du requérant, par déclaration souscrite devant le juge d'instance de Grenoble et une copie d'une carte d'identité française délivrée à M. A D le 18 août 2008. Le service de la nationalité des français nés et établis hors de France a refusé le 31 octobre 2016 de délivrer à l'intéressé un certificat de nationalité française au motif que la naissance de M. D avait été déclarée le 30 décembre 1997, en dehors du délai d'un mois prévu par l'article 51 du code de la famille sénégalais, et que l'acte de naissance ne portait pas de mention selon laquelle il s'agirait d'une inscription de déclaration tardive de sorte que l'acte de naissance ne pouvait faire foi. Il ressort des pièces du dossier que la transcription de l'acte de naissance sénégalais par l'officier d'état civil français avait été réalisée le 30 janvier 2012 à Dakar à la demande du père du requérant, sur présentation d'une copie de l'acte original de naissance sénégalais ainsi que des actes de naissance et de mariage des parents et qu'une correction avait été apportée le 10 septembre 2015 par décision du procureur de la République concernant le lieu de naissance (B au lieu de Pikine). Le préfet ne conteste pas l'authenticité des documents produits par le requérant, notamment celle du jugement de reconstitution de l'acte de naissance du requérant. Compte tenu des différents éléments produits, notamment, d'une part, ceux attestant de la nationalité française de M. A D et du lien de filiation existant entre ce dernier et le requérant, et, d'autre part, les motifs de refus de délivrance d'un certificat de nationalité française, l'exception de nationalité, dont dépend la solution du litige porté devant le tribunal, doit être regardée comme posant une difficulté sérieuse. Il y a lieu de surseoir à statuer dans l'attente de la décision du tribunal judiciaire de Lyon sur l'action en reconnaissance de nationalité engagée par M. D.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête de M. C D jusqu'à ce que l'autorité judiciaire, déjà saisie, se soit prononcée sur le point de savoir si l'intéressé a la nationalité française.

Article 2 : Tous droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de Saône-et-Loire et au président du tribunal judiciaire de Lyon.

Copie sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024

La magistrate déléguée

P. Hascoët

La greffière,

L. Curot

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

lc

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