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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2400713

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2400713

jeudi 11 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2400713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantN DIAYE CATHERINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2024, M. A C B, représenté par Me N'Diaye, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023 par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un récépissé et une carte de séjour temporaire dès le jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et dans l'attente, lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- son recours est recevable ;

- la décision portant refus de séjour méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision procède d'une erreur manifeste d'appréciation et a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire des décision portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles 7 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 et L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les articles 3-1 et 8 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 mars 2024, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 26 février 2024, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 14 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 mai 2024.

Par un courrier du 30 mai 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité de la requête présentée par M. B en raison de sa tardiveté.

Une réponse à ce moyen d'ordre public a été enregistrée le 4 juin 2024 pour M. B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Viotti, conseillère, a seul été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant angolais né le 17 juin 1972 à Luanda, est entré régulièrement en France le 28 septembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités portugaises et valable du 18 septembre 2015 au 15 mars 2016 pour une durée maximale de quinze jours. Le 17 juillet 2018, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour, demande qu'il a réitérée le 16 septembre 2022. Une décision implicite de rejet de cette demande est née le 16 janvier 2023, puis, le 25 octobre 2023, le préfet de Saône-et-Loire l'a expressément rejetée, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office. Par un jugement n° 2303006 du 29 février 2024, le tribunal a rejeté le recours formé par M. B à l'encontre de la décision implicite du 16 janvier 2023, en le regardant comme dirigé contre l'arrêté du 25 octobre 2023, en tant qu'il lui refuse un titre de séjour. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 octobre 2023.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Selon l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. () ". Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ". Enfin, aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. L'arrêté du 25 octobre 2023, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a été notifié, accompagné de la mention complète des voies et délais de recours, par lettre recommandée avec accusé de réception le 26 octobre 2023. Cette notification a déclenché le délai de recours de trente jours prévu à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel a expiré le 28 novembre 2023. Ainsi, la requête de l'intéressé, enregistrée au greffe du tribunal le 4 mars 2024 après le dépôt, le 2 février 2024, d'une demande d'aide juridictionnelle, est tardive et, par suite, irrecevable.

4. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetées en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

5. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice des sanctions prévues à l'article 441-7 du code pénal, le bénéfice de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat est retiré, en tout ou partie, même après l'instance ou l'accomplissement des actes pour lesquels il a été accordé, dans les cas suivants : / () 4° Lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat a été jugée dilatoire, abusive, ou manifestement irrecevable ; () ". Aux termes de l'article 51 de la même loi : " Le retrait de l'aide juridictionnelle ou de l'aide à l'intervention de l'avocat peut intervenir jusqu'à quatre ans après la fin de l'instance ou de la mesure. Il peut être demandé par tout intéressé. Il peut également intervenir d'office. / Le retrait est prononcé : / () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50 ".

6. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'irrecevabilité manifeste de la requête, et par application des articles 50 et 51 précités de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, il y a lieu de retirer l'aide juridictionnelle accordée à M. B par décision du 26 février 2024 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le bénéfice de l'aide juridictionnelle est retiré à M. B.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C B, au préfet de Saône-et-Loire et à Me N'Diaye.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer, ainsi qu'au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Olivier Rousset, président,

Mme Marie-Eve Laurent, première conseillère,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 juillet 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

O. Rousset

La greffière,

C. Sivignon

La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2400713

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