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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2401048

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2401048

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2401048
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantUBERSCHLAG ADRIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2401048 le 2 avril 2024 et le 12 avril 2024, M. B C, représenté par Me Uberschlag, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des arrêtés PD 71076 23 E0003 du 29 juin 2023 et PD 71076 23 E0009 du 22 septembre 2023 pris par le maire de Chalon-sur-Saône portant autorisation de démolir à Chalon-sur-Saône ;

2°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la commune de Chalon-sur-Saône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que les dépens ;

3°) de débouter la commune de Chalon-sur-Saône de ses éventuelles demandes.

Il soutient que :

- il a formé une requête au fond ;

- les arrêtés n'ont pas fait l'objet d'un affichage sur le terrain de sorte qu'il n'est pas tardif ;

- la requête a été signifiée par un commissaire de justice ;

- il dispose d'un intérêt à agir dès lors qu'il habite sur une parcelle contiguë et que l'exécution des premiers travaux a entraîné des dommages sur ses biens ;

- il existe une urgence à suspendre l'exécution des actes ; la démolition partielle des ouvrages présente un risque pour la santé du requérant et de sa famille dès lors que les garages contiennent de l'amiante ; aucune mesure particulière de protection n'a été prise lors de l'opération de démolition ; ses biens ont été dégradés ;

- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des actes :

* les arrêtés sont entachés d'incompétence ;

* le dossier de demande était incomplet en méconnaissance des articles R. 451-1 et R. 451-2 du code de l'urbanisme ; la date de construction des ouvrages ne figure pas sur les demandes de permis ; les photographies sont prises sous un seul angle et n'exposent pas de manière complète les conséquences des démolitions ; le mur de bâtiment formant clôture des parcelles n'est pas visible alors que le changement de fonction, d'usage et de servitude qu'entraîne la disparition du mur aurait dû être mentionné ; le pilier mitoyen ne figure pas sur le plan de démolition ; le bornage pré-existant n'est pas respecté par les plans et ces plans présentent le mur de la parcelle AW 147 en position de mitoyenneté ; la démolition porte aussi sur la destruction de l'angle du mur portant la référence bornage 51 sur le plan de bornage alors que la destruction volontaire d'un bornage existant est prohibée ; les dossiers ne contiennent aucun cliché portant sur les murs anciens situés au droit de l'ouvrage à démolir alors que le plan local d'urbanisme prescrit qu'aucune démolition d'éléments remarquables n'est autorisée ; les démolitions prévues sur la parcelle AW147 changeront l'accès à la parcelle AW 146 ;

* les démolitions entraînent une atteinte à la salubrité et à la sécurité publique qui paraît incompatible avec l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme qui a vocation à s'appliquer ; la réception et l'écoulement des eaux pluviales n'ont pas été prises en compte alors que la suppression du mur de clôture porté par la parcelle AW 147 va modifier l'écoulement des eaux qui vont aller sur le fond inférieur AW 83 et sur le domaine public ; aucune disposition conservatoire n'a été prévue par le permis de démolition et la destruction des solins et autres couvertures minérales des sols existants n'a pas été prévue ; les destructions envisagées vont laisser une surface quasi complètement minéralisée sans aucune végétation d'ombrage, ce qui va entraîner une élévation de température qui aura des conséquences durables sur la santé de la famille du requérant ; l'interdiction de l'artificialisation des sols ne peut être ignorée ; le terrain d'assise est situé de manière contiguë à la zone dite rouge du plan de prévention du risque inondation (PPRI) de Chalon-sur-Saône ; le terrain va devenir un terrain vague accessible pouvant servir de décharge de fortune et une source d'enherbement par des adventices nuisibles ; il existe un risque phonique en raison de la proximité de la rocade ;

- la demande présentée par la commune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne pourra qu'être rejetée dès lors qu'elle ne fait état des frais précisément exposés.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2024, la commune de Chalon-sur-Saône conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C.

Elle soutient que :

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées ; en effet :

* Mme A, adjointe au maire chargée de l'urbanisme, du logement et du patrimoine bénéficiait d'une délégation de signature ;

* Les dossiers de demande étaient conformes aux a), b) et c) de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme ; les dossiers de demande étaient complets ;

* Les décisions attaquées n'ont pas autorisé la démolition d'un mur de clôture mais d'un bâtiment intégralement situé sur la parcelle de la SCI Liya ;

* Les permis de démolir étant délivrés sous réserve des droits des tiers, la circonstance qu'ils ne respecteraient pas le plan de bornage est sans incidence ;

* Les murs anciens situés au droit des ouvrages à démolir ne sont pas répertoriés comme éléments remarquables au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme au sein du plan local d'urbanisme intercommunal ;

* Les moyens tirés de la modification de l'accès à la parcelle et de l'existence d'une éventuelle servitude d'écoulement des eaux pluviales sont inopérants ;

* Aucun risque lié aux ruissellements n'est constaté par la commune ; ce risque ne peut être aggravé par le projet qui concerne la démolition de bâtiments ;

* Aucun texte n'exige une étude d'ombrage ; la circonstance que la réalisation du projet serait susceptible d'augmenter la minéralisation des sols et d'augmenter la surface de réverbération ne suffit pas à établir une atteinte à la sécurité publique justifiant l'annulation des permis ;

* Les risques d'augmentation du bruit ou de dégradation de l'état des terrains de nature à porter atteinte à la sécurité publique ne sont pas justifiés.

La requête a été communiquée à la société civile immobilière Liya qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II - Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2401049 le 2 avril 2024 et le 12 avril 2024, M. B C, représenté par Me Uberschlag, demande au juge des référés :

1°) de suspendre, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution des arrêtés PD 71076 23 E0003 du 29 juin 2023 et PD 71076 23 E0009 du 22 septembre 2023 pris par le maire de Chalon-sur-Saône portant autorisation de démollir à Chalon-sur-Saône ;

2°) de mettre la somme de 1 000 euros à la charge de la commune de Chalon-sur-Saône au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de même que les dépens ;

3°) de débouter la commune de Chalon-sur-Saône de ses éventuelles demandes.

Il soutient que :

- il a formé une requête au fond ;

- les arrêtés n'ont pas fait l'objet d'un affichage sur le terrain de sorte qu'il n'est pas tardif ;

- la requête a été signifiée par un commissaire de justice ;

- il dispose d'un intérêt à agir dès lors qu'il habite sur une parcelle contiguë et que l'exécution des premiers travaux a entraîné des dommages sur ses biens ;

- il existe une urgence à suspendre l'exécution des actes ; la démolition partielle des ouvrages présente un risque pour la santé du requérant et de sa famille dès lors que les garages contiennent de l'amiante ; aucune mesure particulière de protection n'a été prise lors de l'opération de démolition ; ses biens ont été dégradés ;

- il existe un moyen propre à créer un doute sérieux sur la légalité des actes :

* les arrêtés sont entachés d'incompétence ;

* le dossier de demande était incomplet en méconnaissance des articles R. 451-1 et R. 451-2 du code de l'urbanisme ; la date de construction des ouvrages ne figure pas sur les demandes de permis ; les photographies sont prises sous un seul angle et n'exposent pas de manière complète les conséquences des démolitions ; le mur de bâtiment formant clôture des parcelles n'est pas visible alors que le changement de fonction, d'usage et de servitude qu'entraîne la disparition du mur aurait dû être mentionné ; le pilier mitoyen ne figure pas sur le plan de démolition ; le bornage pré-existant n'est pas respecté par les plans et ces plans présentent le mur de la parcelle AW 147 en position de mitoyenneté ; la démolition porte aussi sur la destruction de l'angle du mur portant la référence bornage 51 sur le plan de bornage alors que la destruction volontaire d'un bornage existant est prohibée ; les dossiers ne contiennent aucun cliché portant sur les murs anciens situés au droit de l'ouvrage à démolir alors que le plan local d'urbanisme prescrit qu'aucune démolition d'éléments remarquables n'est autorisée ; les démolitions prévues sur la parcelle AW147 changeront l'accès à la parcelle AW 146 ;

* les démolitions entraînent une atteinte à la salubrité et à la sécurité publique qui paraît incompatible avec l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme qui a vocation à s'appliquer ; la réception et l'écoulement des eaux pluviales n'ont pas été prises en compte alors que la suppression du mur de clôture porté par la parcelle AW 147 va modifier l'écoulement des eaux qui vont aller sur le fond inférieur AW 83 et sur le domaine public ; aucune disposition conservatoire n'a été prévue par le permis de démolition et la destruction des solins et autres couvertures minérales des sols existants n'a pas été prévue ; les destructions envisagées vont laisser une surface quasi complètement minéralisée sans aucune végétation d'ombrage, ce qui va entraîner une élévation de température qui aura des conséquences durables sur la santé de la famille du requérant ; l'interdiction de l'artificialisation des sols ne peut être ignorée ; le terrain d'assise est situé de manière contiguë à la zone dite rouge du plan de prévention du risque inondation (PPRI) de Chalon-sur-Saône ; le terrain va devenir un terrain vague accessible pouvant servir de décharge de fortune et une source d'enherbement par des adventices nuisibles ; il existe un risque phonique en raison de la proximité de la rocade ;

- la demande présentée par la commune sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne pourra qu'être rejetée dès lors qu'elle ne fait état des frais précisément exposés.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 avril 2024, la commune de Chalon-sur-Saône conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. C.

Elle soutient que :

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions attaquées ; en effet :

* Mme A, adjointe au maire chargée de l'urbanisme, du logement et du patrimoine bénéficiait d'une délégation de signature ;

* Les dossiers de demande étaient conformes aux a), b) et c) de l'article R. 451-2 du code de l'urbanisme ; les dossiers de demande étaient complets ;

* Les décisions attaquées n'ont pas autorisé la démolition d'un mur de clôture mais d'un bâtiment intégralement situé sur la parcelle de la SCI Liya ;

* Les permis de démolir étant délivrés sous réserve des droits des tiers, la circonstance qu'ils ne respecteraient pas le plan de bornage est sans incidence ;

* Les murs anciens situés au droit des ouvrages à démolir ne sont pas répertoriés comme éléments remarquables au titre de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme au sein du plan local d'urbanisme intercommunal ;

* Les moyens tirés de la modification de l'accès à la parcelle et de l'existence d'une éventuelle servitude d'écoulement des eaux pluviales sont inopérants ;

* Aucun risque lié aux ruissellements n'est constaté par la commune ; ce risque ne peut être aggravé par le projet qui concerne la démolition de bâtiments ;

* Aucun texte n'exige une étude d'ombrage ; la circonstance que la réalisation du projet serait susceptible d'augmenter la minéralisation des sols et d'augmenter la surface de réverbération ne suffit pas à établir une atteinte à la sécurité publique justifiant l'annulation des permis ;

* Les risques d'augmentation du bruit ou de dégradation de l'état des terrains de nature à porter atteinte à la sécurité publique ne sont pas justifiés.

La requête a été communiquée à la société civile immobilière Liya qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la requête n° 2400447 enregistrée le 8 février 2024 tendant à l'annulation des décisions contestées ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Hascoët en qualité de juge des référés, en vertu des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Hascoët, juge des référés, a été entendu au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Kieffer, greffière d'audience.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière Liya a sollicité le 23 mai 2023 l'autorisation de démolir des bâtiments à usage de garages situés sur la parcelle AW 147 sur le territoire de la commune de Chalon-sur-Saône. Par un arrêté du 29 juin 2023, le maire de Chalon-sur-Saône a autorisé la démolition. Par un arrêté du 22 septembre 2023, le maire de Chalon-sur-Saône a autorisé la démolition de bâtiments supplémentaires à usage de garages situés sur les parcelles AW 147 et AW 146, à la demande de la société civile immobilière Liya. M. C, qui réside sur la parcelle contigüe à la parcelle AW 147, demande la suspension de l'exécution de ces deux autorisations de démolir.

Sur la jonction :

2. Les requête susvisées n° 2401048 et 2401049 formées par le même requérant présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par une seule ordonnance.

Sur la demande de suspension de l'exécution des deux permis de démolir :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ". Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ".

4. Aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " () Le permis de démolir peut être refusé ou n'être accordé que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les travaux envisagés sont de nature à compromettre la protection ou la mise en valeur du patrimoine bâti ou non bâti, du patrimoine archéologique, des quartiers, des monuments et des sites ". Aux termes de l'article R. 111-1 du même code : " Le règlement national d'urbanisme est applicable aux constructions et aménagements faisant l'objet d'un permis de construire, d'un permis d'aménager ou d'une déclaration préalable ainsi qu'aux autres utilisations du sol régies par le présent code ".

5. En l'état de l'instruction aucun des moyens susvisés n'apparaît propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de ces décisions doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Faute de dépens, les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Chalon-sur-Saône, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce de mettre à ce titre une somme à la charge de M. C comme le demande la commune de Chalon-sur-Saône qui, au demeurant, ne justifie pas avoir exposé de frais spécifiques.

O R D O N N E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Chalon-sur-Saône sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à la société civile immobilière Liya et à la commune de Chalon-sur-Saône.

Fait à Dijon, le 16 avril 2024.

La juge des référés,

P. HASCOËT

La République mande et ordonne au préfet de la Saône-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,

N°s2401048 - 2401049

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