Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 novembre 2025, M. C... A... et Mme B... A... demandent au juge des référés :
1°) d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’exécution de la décision du 30 septembre 2025 par laquelle le principal du collège Giroud de Villette à Clamecy a rejeté leur demande tendant à ce que leur fille soit dispensée de participer des cours d’éducation à la vie affective et relationnelle et/ou à la sexualité ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative
Ils soutiennent que :
Sur la condition d’urgence :
- l’urgence est caractérisée, dès lors que le cours d’éducation à la sexualité est susceptible d’intervenir à tout moment ; enseigner la sexualité à un enfant correspond à un traumatisme puissant qui « effracte le psychisme de l’enfant » ; cette effraction dans le psychisme de leur enfant lui causera un préjudice grave et immédiat ;
Sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée
cette décision méconnaît l’intérêt supérieur de leur enfant , protégé par l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, et reconnu comme étant une liberté fondamentale ; ces cours compromettent la santé des enfants ;
cette décision méconnaît la dignité humaine, principe à valeur constitutionnelle ;
elle méconnaît le droit au respect de leur vie privée familiale consacré par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle méconnaît les principes de neutralité et d’impartialité du service public, ainsi que le respect de la liberté de conscience des élèves concernant les programmes scolaires interdisant la propagande dans le cadre des programmes scolaires;
elle est entachée d’inconventionnalité et viole notamment l’article 2 du protocole n° 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée de détournement de pouvoir.
Vu :
- la requête, enregistrée le 27 novembre 2025 sous le n° 2504477 tendant à l’annulation de la décision en litige ;
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New-York le 26 janvier 1990,
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code général de la fonction publique ;
- le code de l’éducation ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. et Mme A... demandent au juge des référés d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision du 30 septembre 2025 par laquelle le principal du collège Giroud de Villette à Clamecy a rejeté leur demande tendant à ce que leur fille soit dispensée de participer à des cours d’éducation à la vie affective et relationnelle et/ou à la sexualité.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (...) ». Selon l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique (...) ». Aux termes, cependant, de l’article L. 522-3 : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ». Enfin, le premier alinéa de l’article R. 522-1 dispose : « La requête visant au prononcé de mesures d’urgence doit (...) justifier de l’urgence de l’affaire ».
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande tendant à la suspension d’une telle décision, d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si ses effets sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes qui sont tributaires de lui, caractérisent une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence, en outre, doit être évaluée de manière objective et globale, en fonction de l’ensemble des circonstances de l’affaire, y compris la préservation des intérêts publics attachés à la mesure litigieuse.
4. Pour justifier de l’urgence qui existerait à suspendre l’exécution de la décision contestée, les requérants soutiennent que ce cours d’éducation à la sexualité, qui est susceptible d’intervenir à tout moment, causera un traumatisme profond et durable à leur fille, actuellement scolarisée au collège Giroud de Villette. Toutefois, les requérants, qui se bornent à citer les propos généraux d’une psychologue sur « l’enseignement de la sexualité » à un enfant, n’apportent aucun élément concret de nature à démontrer que les séances d’éducation à la vie affective et relationnelle et /ou à la sexualité qui pourront être dispensées au sein de ce collège seraient de nature à préjudicier de manière suffisamment grave et immédiate à la situation de leur fille. Dans ces conditions, la condition d’urgence qui, en la matière, n’est pas présumée et ne saurait se déduire de la nature même de la décision en litige, ne peut être regardée comme remplie.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’existence de moyens propres à susciter un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que les conclusions de M. et Mme A... tendant à la suspension de celle-ci doivent être rejetées selon la modalité prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative , ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative .
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. et Mme A... est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... A... et Mme B... A....
Copie en sera adressée pour information à la rectrice de l’académie de Dijon.
Fait à Dijon, le 27 janvier 2026.
La présidente du tribunal, juge des référés,
A-L CHENAL-PETER
La République mande et ordonne à la ministre de l’éducation nationale n ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
La greffière