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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200401

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200401

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS IOSCA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er mars 2022, M. C A B, représenté par Me Iosca, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 juin 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire et la décision rejetant implicitement son recours gracieux qu'il a exercé le 3 novembre 2021 ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points du capital affecté à son permis de conduire consécutives aux infractions commises les 11 avril 2012, 25 mars 2014, 17 juillet 2014, 13 août 2016 et 8 août 2018 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés sur son permis de conduire dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

M. A B soutient que :

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévue par l'article L. 223-3 du code de la route ;

- la réalité des infractions n'a pas été établie conformément aux dispositions de l'article L. 223-1 du code de la route ;

- la décision d'invalidation du permis de conduire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au non-lieu à statuer en ce qui concerne les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 11 avril 2012, 25 mars 2014, 17 juillet 2014 et 13 août 2016 et la décision notifiée le 27 juin 2019 prononçant l'invalidation du permis de conduire de M. A B et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Le ministre soutient que les moyens soulevés par M. A B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grossrieder, présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grossrieder a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'infractions au code de la route commises les 11 avril 2012, 25 mars 2014, 17 juillet 2014, 13 août 2016 et 8 août 2018, le ministre de l'intérieur a respectivement retiré au capital affecté au permis de conduire de M. A B deux points, trois points, trois points, deux points et trois points. Par une décision notifiée le 27 juin 2019, le ministre de l'intérieur, après avoir constaté que le nombre de points du permis de conduire du requérant, initialement crédité de douze points, était nul, a décidé d'en prononcer l'invalidation. M. A B demande l'annulation des décisions de retrait de points, de la décision prononçant l'invalidation de son permis de conduire et de la décision rejetant implicitement son recours gracieux exercé le 3 novembre 2021.

Sur les conclusions aux fins de non-lieu à statuer :

2. Un recours dirigé contre une sanction administrative a en principe pour objet d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté. Il en va ainsi quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le pourvoi formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.

3. D'une part, il ressort du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A B, édité le 27 juin 2022, que les mentions relatives à la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation du permis de conduire de M. A B et celles concernant la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 13 août 2016 ont été supprimées. Dès lors, le ministre de l'intérieur établit avoir retiré ces deux décisions. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre les deux décisions précitées sont devenues sans objet.

4. D'autre part, s'il résulte du relevé d'information intégral relatif au permis de conduire de M. A B, édité le 27 juin 2022, que des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 11 avril 2012, 25 mars 2014 et 17 juillet 2014 ont été successivement enregistrées au sein du Fichier National des Permis de Conduire les 3 septembre 2012, 25 février 2015 et 2 octobre 2015, il résulte de ce même relevé que le requérant a bénéficié, avec effet au 16 mars 2018, d'une reconstitution du nombre de points initial affecté à son permis de conduire pour un total de douze points. Ainsi, les conclusions de la requête tendant à l'annulation des décisions de retrait de points consécutives aux infractions précitées sont devenues sans objet. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre ces trois décisions de retrait de points sont devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions aux fins d'annulation :

5. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 223-1 et L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l'article 530 du même code, que le mode d'enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l'infraction est établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 de ce code dès lors qu'est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l'amende forfaitaire ou de l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, sauf si l'intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention ou avoir formé, dans les conditions prévues à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l'annulation du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée.

6. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. A B que l'infraction commise le 8 août 2018 a donné lieu à une amende forfaitaire majorée devenue définitive le 31 janvier 2019. Si le requérant soutient qu'il n'a pas payé cette amende forfaitaire majorée et qu'il n'a pas davantage reçu le titre exécutoire de cette amende, il n'établit ni même n'allègue avoir exercé des diligences tendant à obtenir la communication de ce titre exécutoire ou avoir formé, dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, une réclamation recevable ayant entraîné l'annulation de ce titre exécutoire ou encore avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l'infraction ou de l'envoi de l'avis de contravention. Il ne fait par ailleurs état d'aucun élément qui serait de nature à remettre en cause l'exactitude des mentions portées sur le relevé d'information intégral. Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, la réalité de l'infraction commise le 8 août 2018 doit en l'espèce être regardée comme établie.

7. En second lieu, il résulte du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale qu'en l'absence de paiement ou de requête en exonération, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère public. Conformément aux dispositions de l'article A. 37-28 du même code, ce titre exécutoire est adressé au contrevenant sous forme d'avis d'amende forfaitaire majorée qui contient une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est constatée par procès-verbal dématérialisé et dont il est établi qu'il a payé sans objection l'amende forfaitaire majorée correspondant à cette infraction ou n'a formé aucune réclamation dans le délai prévu à l'article 530 du code de procédure pénale, a nécessairement reçu le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit alors être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction que l'infraction commise le 8 août 2018 a été constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé comportant le numéro 6135043978. Si ce procès-verbal ne comporte pas une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, il ressort du document " dossier transmis " produit par le ministre, dont les mentions ne sont pas contestées par le requérant, qu'un avis de contravention dont le numéro de dossier correspond à celui figurant sur le procès-verbal a été envoyé au domicile de M. A B le 11 octobre 2018 sans que la rubrique " NPAI " ne soit cochée. L'intéressé ne conteste pas avoir reçu cet avis de contravention et n'établit ni même n'allègue que cet avis était inexact ou incomplet. Dès lors, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le requérant de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende correspondant à l'infraction ci-dessus mentionnée, les informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

9. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 8 août 2018. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision notifiée le 27 juin 2019 prononçant l'invalidation du permis de conduire de M. A B et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 11 avril 2012, 25 mars 2014, 17 juillet 2014 et 13 août 2016.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La magistrate désignée,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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