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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2101258

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2101258

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2101258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantWILHELM & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 avril 2021 et un mémoire enregistré le 8 février 2023, la société Boldis, représentée par la SELAS Wilhelm et associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 novembre 2020 par lequel le maire de Bollène a délivré un permis de construire à la SCI Becca pour l'aménagement d'un local commercial et la construction d'une extension sur un terrain situé 131, rue Emile Navarro, cadastré section AA, parcelle n° 288, ensemble la décision du 15 février 2021 rejetant son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bollène la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le dossier de demande de permis de construire déposé par la SCI Becca est incomplet et insuffisant ;

- l'arrêté attaqué a été adopté au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de consultation de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN) ;

- il méconnaît les dispositions des articles UE-UY2, UE-UY11, UE-UY12 et UE-UY13 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il viole les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que le projet présente un risque pour la sécurité publique ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme compte tenu de ce que le projet ne présente aucune harmonie avec les constructions environnantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 octobre 2021, la commune de Bollène, représentée par Me Cazin, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce que le tribunal fasse application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en tout état de cause à ce qu'une somme de 6 000 euros soit mise à la charge de la société Boldis en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors que la société requérante n'a pas intérêt à agir contre le permis de construire litigieux ;

- les moyens d'illégalité de la requête ne sont pas fondés ou peuvent faire l'objet d'une régularisation par la délivrance d'un permis de construire modificatif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Bollène ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lahmar,

- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,

- les observations de Me Lopez-Longueville, pour la société SA Boldis, et celles de Me Cazin, pour la commune de Bollène.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 25 novembre 2020, le maire de Bollène a délivré un permis de construire à la SCI Becca pour l'extension et la division en deux locaux commerciaux d'un local commercial existant implanté sur un terrain situé en zone UE du PLU. La société Boldis demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que celle de la décision du 15 février 2021 par laquelle le maire de Bollène a rejeté son recours gracieux.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

3. Il ressort des pièces du dossier que la société Boldis exploite un ensemble composé de plusieurs commerces, dont un hypermarché, une station-service et de lavage, une aire de service, un centre de réparation automobile et un centre de réparation d'appareils électroménagers, lesquels sont implantés sur un terrain situé lieu-dit " Bollène Ecluse centre ", cadastré AC 002. Ainsi que le fait valoir la commune de Bollène en défense sans être utilement contredite, la quasi-totalité de ces enseignes est située à plus de 100 mètres du terrain d'assiette du projet, seul le centre de réparation d'appareils électroménagers étant plus proche. Toutefois, même cette enseigne reste séparée du terrain d'assiette du projet par plusieurs voies, dont l'avenue Jean Moulin qui est une voie large et à double sens de circulation, et elle ne dispose pas de vue sur le projet en litige puisque ses ouvertures sont situées à l'opposé. Par suite, si la réalisation du projet entraînera bien une modification du bâtiment existant puisqu'il consiste à étendre sa surface de plancher de 138,35 m², à modifier une ouverture existante, à en créer une nouvelle, et à poser un bardage métallique sur des poteaux déportés, en façade de bâtiment, ces transformations ne présentent pas un caractère significatif et ne seront que très peu ou pas visibles depuis les enseignes exploitées par la société requérante. De plus, contrairement à ce que soutient la société Boldis, il ressort des pièces du dossier que le bâtiment tel que modifié par le projet s'insérera tout à fait dans son environnement, qui est une zone artisanale et commerciale ne présentant aucun intérêt architectural ou paysager particulier et dont les constructions sont réalisées dans le même style que lui. De la même manière, s'il ressort effectivement des pièces du dossier que les voies d'accès au projet peuvent également être empruntées pour accéder aux enseignes exploitées par la société Boldis, le simple fait que le local commercial actuellement implanté soit divisé en deux locaux commerciaux n'est pas de nature à entraîner une augmentation de la circulation telle que cela causera des difficultés de circulation, ou fera obstacle à l'évacuation rapide des véhicules en cas d'incident affectant la centrale nucléaire de Tricastin située à proximité, d'autant que le projet n'engendre aucune augmentation de la surface du bâtiment affectée à un usage commercial puisque les locaux compris dans l'extension serviront au stockage ou seront mis à disposition du personnel. En outre, il n'est pas démontré que les voies communes à la desserte du bâtiment projeté et à celle des commerces exploités par la société requérante, dont les caractéristiques et le dimensionnement ont été réalisés afin qu'elles puissent desservir une zone commerciale composée de nombreuses enseignes, seraient insuffisantes pour absorber l'éventuelle augmentation de la circulation qui pourrait résulter du projet. Par suite, ni le faible impact visuel du projet, ni son impact quasi inexistant sur le trafic routier et les prétendus risques pour la sécurité des personnes et des biens qui en découleraient, ne sont de nature à affecter directement les conditions dans lesquelles la société Boldis exerce son activité commerciale. La commune du Bollène est dès lors fondée à soutenir que la société Boldis ne justifie pas d'intérêt à agir suffisant et que sa requête doit être rejetée en raison de son irrecevabilité.

Sur les frais liés au litige :

4. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Bollène, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par la société Boldis au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la SA Boldis une somme à verser à la commune de Bollène au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la société Boldis est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Bollène présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SA Boldis et à la commune de Bollène.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023 où siégeaient :

- M. Antolini, président,

- M. Lagarde, premier conseiller,

- Mme Lahmar, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 30 mai 2023.

La rapporteure,

L. LAHMAR

Le président,

J. ANTOLINILa greffière,

A. OLSZEWSKI

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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