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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2102793

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2102793

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2102793
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBRUNA-ROSSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 août 2021, M. A F C et Mme E D, représentés par Me Bruna-Rosso, demandent au Tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a implicitement rejeté la demande de versement des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de leur fille B C, présentée le 22 août 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au versement de l'allocation pour demandeurs d'asile pour la période du 31 juillet 2019 au 7 mai 2021, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros, à verser à leur conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit dès lors que les conditions matérielles d'accueil devaient leur être accordées jusqu'à ce qu'il soit définitivement statué sur la demande d'asile présentée au nom de leur fille mineure.

Par un mémoire, enregistré le 21 juin 2023, l'OFII conclut au non-lieu à statuer dans la présente instance.

Il fait valoir son intention de verser rétroactivement les conditions matérielles d'accueil aux requérants.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chevillard.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant guinéen né le 26 mai 1995, et Mme D, ressortissante de même nationalité née le 13 décembre 1997, ont respectivement présenté une demande d'asile le 30 octobre 2017. Par des décisions du 30 mars 2018, confirmées par la cour nationale du droit d'asile le 5 décembre 2018, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté leurs demandes. Mme C et Mme D ont donné naissance en France à une fille, B C, le 19 mai 2019, pour laquelle une demande d'asile a été présentée le 31 juillet 2019. Par une décision du 7 mai 2021, la qualité de réfugiée a été accordée à l'enfant B C. Par des demandes du 15 juillet et du 5 octobre 2020, M. C a sollicité le rétablissement des conditions matérielles d'accueil au bénéfice de son enfant à compter du 22 août 2019. M. C et Mme D contestent la décision implicite née du silence gardé sur cette demande.

Sur le cadre du litige :

2. En l'espèce, si l'OFII a, dans le cadre de son mémoire enregistré le 21 juin 2023, exprimé son intention de verser rétroactivement l'allocation de demandeur d'asile aux requérants, elle ne démontre pas qu'un tel versement ait été effectué à la date à laquelle le juge statue. Par suite, il y a lieu de statuer au fond sur les conclusions de la requête.

Sur la légalité de la décision attaquée :

3. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. () ". Aux termes de l'article L. 744-9 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources, dont le versement est ordonné par l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () / Un décret définit le barème de l'allocation pour demandeur d'asile, en prenant en compte les ressources de l'intéressé, son mode d'hébergement et, le cas échéant, les prestations offertes par son lieu d'hébergement. Le barème de l'allocation pour demandeur d'asile prend en compte le nombre d'adultes et d'enfants composant la famille du demandeur d'asile et accompagnant celui-ci. () ". En application de l'article D. 744-17 du même code : " Sont admis au bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile : / 1° Les demandeurs d'asile qui ont accepté les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration en application de l'article L. 744-1 et qui sont titulaires de l'attestation de demande d'asile délivrée en application de l'article L. 741-1 ; () ". Aux termes de l'article D. 744-18 du même code : " Pour bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile, les personnes mentionnées aux 1° et 2° de l'article D. 744-17 doivent être âgées de dix-huit ans révolus ". Aux termes de l'article D. 744-25 du même code : " Au sein du foyer, le bénéficiaire de l'allocation est celui qui a déposé la demande. Toutefois, le bénéficiaire peut être désigné d'un commun accord () ". Enfin, en application de l'article D. 744-26 du même code : " En application du cinquième alinéa de l'article L. 744-9, l'allocation pour demandeur d'asile est composée d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer, et, le cas échéant, d'un montant additionnel destiné à couvrir les frais d'hébergement ou de logement du demandeur ".

4. En vertu de l'article L. 744-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les conditions matérielles d'accueil sont proposées à chaque demandeur d'asile sans que l'étranger n'ait à présenter expressément de demande en ce sens. Il résulte de l'instruction que la jeune B a bénéficié d'une attestation de demande d'asile et que ses parents ont demandé à ce qu'elle puisse bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Il ressort des pièces du dossier qu'en tant que demandeuse d'asile, elle n'a pas bénéficié du versement de l'allocation pour demandeur d'asile. Toutefois et comme il vient d'être dit au point 3, le bénéfice du versement de l'allocation pour demandeur d'asile est en principe acquis à la jeune B dès l'enregistrement de sa demande d'asile, soit en l'espèce à compter du 31 juillet 2019, et ce jusqu'au 7 mai 2021, date à laquelle elle s'est vue reconnaître la qualité de réfugiée. En refusant implicitement de faire droit à la demande de versement pour la période comprise entre le 31 juillet 2019 et le 7 mai 2021, l'OFII a fait une inexacte application des dispositions précitées.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C et Mme D sont fondés à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle l'OFII a refusé d'accorder le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile pour le compte de leur fille B à compter du 31 juillet 2019. Conséquemment, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII le rétablissement du versement de l'allocation pour demandeur d'asile pour le compte de l'ensemble du foyer, composé de M. C et de Mme D ainsi que de leur fille, du 31 juillet 2019 au 7 mai 2021, et de verser à la personne responsable du foyer le montant correspondant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des article 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. C ayant obtenu le bénéficie de l'aide juridictionnelle totale, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que l'intéressé renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice du conseil du requérant, la somme de 1 000 euros au titre des frais non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite née sur la demande du 15 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté le recours formé contre la décision refusant à Melle B C l'octroi du bénéfice des conditions matérielles d'accueil du 31 juillet 2019 au 7 mai 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de verser l'allocation pour demandeur d'asile pour le compte de M. C et de Mme D ainsi que pour celui de leur fille pour la période allant du 31 juillet 2019 au 7 mai 2021.

Article 3 : L'Etat versera au conseil de M. C la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A F C, à Mme E D, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Bruna-Rosso.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Corneloup, présidente de la 2ème chambre,

Mme Galtier, première conseillère,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

La présidente de la 2ème chambre,

F. CORNELOUP

La greffière,

F. GARNIER

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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