mardi 28 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2202997 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | RAYNE |
Vu la procédure suivante :
Par un déféré et un mémoire, enregistrés les 4 octobre 2022 et 6 novembre 2023, la préfète de Vaucluse demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2022 par lequel le maire de Gordes a délivré un permis de construire modificatif à la SCI Oniron.
Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- il n'est pas démontré que la création du vide sanitaire dont l'aménagement est autorisé par le permis de construire en litige a été préalablement autorisée, de sorte que la demande, dès lors qu'elle ne portait pas sur la régularisation de ces travaux, aurait dû faire l'objet d'un refus ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles 2.1 et 9.1.2 du règlement du plan de prévention des risques de feux de forêts (PPRIF) du massif des Monts de Vaucluse ouest ;
- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires en défense enregistrés les 18 janvier et 8 novembre 2023 et 7 juillet 2024, la commune de Gordes, représentée par Me Rayne, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, dans le dernier état de ses écritures, que :
- le déféré a été signé par une autorité incompétente ;
- les moyens soulevés dans le déféré ne sont pas fondés ; la préfète de Vaucluse ne peut se prévaloir, au regard des motifs des arrêts nos 19MA05200 et 22MA01058 rendus par la Cour administrative d'appel de Marseille, des dispositions du règlement du PPRIF du massif des Monts de Vaucluse ouest applicables en zone rouge.
Par des mémoires en défense enregistrés les 9 février 2023 et 27 juin 2024 et un mémoire enregistré le 5 août 2024 et non communiqué, la SCI Oniron, représentée par Me Hequet, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le déféré a été signé par une autorité incompétente ;
- les moyens soulevés dans le déféré ne sont pas fondés ; la préfète de Vaucluse ne peut se prévaloir, au regard des motifs des arrêts nos 19MA05200 et 22MA01058 rendus par la Cour administrative d'appel de Marseille, des dispositions du règlement du PPRIF du massif des Monts de Vaucluse ouest applicables en zone rouge.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties n'étant ni présentes ni représentées, ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lahmar et les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.
Une note en délibéré, présentée par la SCI Oniron, a été enregistrée le 17 janvier 2025.
Considérant ce qui suit :
1. Par arrêté du 10 mars 2014, la SCI Oniron s'est vue transférer le bénéfice du permis de construire qui avait été délivré à la SCI Terra Domitia, par arrêté du maire de Gordes du 20 janvier 2011, en vue de la construction d'une maison individuelle avec piscine et pool house sur un terrain situé lieu-dit Les Caquettes Sud, parcelles désormais cadastrées section BN nos 116, 121, 124, 65, 119, 67, 68, et 118. Le 14 février 2022, la SCI Oniron a déposé auprès des services de la commune de Gordes une demande de permis de construire modificatif pour l'aménagement en salle de sport et sanitaires d'une partie du vide sanitaire composant le mur de soutènement du terrain, ainsi que la création d'ouvertures au sein de cet espace. Le territoire communal n'étant pas couvert par un document d'urbanisme, la préfète de Vaucluse a été saisie au titre de l'article L. 422-5 a) du code de l'urbanisme et a émis un avis tacite favorable au projet. Par arrêté du 7 avril 2022, le maire de Gordes a délivré le permis de construire modificatif sollicité. La préfète de Vaucluse demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 421-9 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : () / 5° Lorsque la construction a été réalisée sans permis de construire ". Il résulte de ces dispositions que peuvent bénéficier de la prescription administrative ainsi définie les travaux réalisés, depuis plus de dix ans, lors de la construction primitive ou à l'occasion des modifications apportées à celle-ci, sous réserve qu'ils n'aient pas été réalisés sans permis de construire en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables.
3. Lorsqu'une construction a été édifiée sans autorisation en méconnaissance des prescriptions légales alors applicables, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble du bâtiment. De même, lorsqu'une construction a été édifiée sans respecter la déclaration préalable déposée ou le permis de construire obtenu ou a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de présenter une demande d'autorisation d'urbanisme portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Il en va ainsi même dans le cas où les éléments de construction résultant de ces travaux ne prennent pas directement appui sur une partie de l'édifice réalisée sans autorisation. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation. A invitation, qui a pour seul objet d'informer le pétitionnaire de la procédure à suivre s'il entend poursuivre son projet, n'a pas à précéder le refus que l'administration doit opposer à une demande portant sur les seuls nouveaux travaux envisagés.
4. Si la préfète de Vaucluse fait valoir que la création du vide sanitaire dont le projet prévoit l'aménagement n'a pas été préalablement autorisée, il ressort des pièces du dossier de permis de construire modificatif que la demande vise précisément à autoriser ces travaux, ainsi qu'en attestent la description du projet détaillée dans le formulaire Cerfa et le tableau des surfaces composant ce document. Dès lors, la préfète de Vaucluse n'est pas fondée à soutenir que la demande de permis de construire aurait dû faire l'objet d'un refus au motif qu'elle ne portait pas sur la régularisation desdits travaux.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 2.1 du règlement du PPRIF du massif des Monts de Vaucluse ouest : " Sont interdits en zone Rouge : Tous travaux, ouvrages, aménagements, constructions ou installations de quelque nature qu'ils soient qui ne sont pas expressément autorisés par le présent titre. / Peuvent être autorisés en zone Rouge, sous réserve du respect de prescriptions spécifiques : () - La réfection ou l'extension de bâtiments constituant au moins 70 m² de surface de plancher à la date d'approbation du PPRIF, sous réserve du respect des conditions suivantes : - pas de création de nouveau logement ; - pas de changement de destination. La surface de plancher initiale peut être portée, dans le respect des règles d'urbanisme du POS ou PLU de la commune, aux seuils définis dans le tableau ci- dessous : () A partir de 201 m² : + 10% de surface de plancher () "
6. Il ressort des pièces du dossier que, comme l'a jugé la Cour administrative d'appel de Marseille dans des arrêts nos 19MA05200 et 22MA01058, le terrain d'assiette du projet, qui est affecté par un aléa moyen de feu de forêt, ne pouvait être légalement classé en zone rouge du PPRIF, laquelle recouvre les massifs forestiers et leur lisière où l'aléa feu de forêt est fort à très fort. Il s'ensuit que les dispositions citées au point précédent, qui ne sont applicables qu'aux parcelles classées en zone rouge du plan, ne sont pas opposables au permis de construire litigieux. Le moyen tiré de leur méconnaissance doit donc être écarté.
7. En troisième lieu, l'article 9.1.1 du règlement du PPRIF prévoit que : " () Zone B1 : les terrains doivent avoir accès à une voie ouverte à la circulation publique présentant les caractéristiques suivantes, de nature à permettre à la fois l'évacuation des personnes et à faciliter l'intervention sur le terrain des moyens de secours : - largeur minimale de la chaussée de 5 mètres, - chaussée susceptible de supporter un véhicule de 16 tonnes dont 9 sur l'essieu arrière, - hauteur libre sous ouvrage de 3,5 mètres minimum, - rayon en plan des courbes supérieur ou égal à 8 mètres, - si la voie est une impasse, elle doit comporter en son extrémité une placette de retournement présentant des caractéristiques au moins égales à celles du schéma annexé. () Zone B3 : mêmes conditions que la zone B1, à l'exception des caractéristiques de largeur de la chaussée qui peuvent être ramenées aux caractéristiques suivantes : chaussée susceptible de supporter un véhicule de 16 tonnes dont 9 sur l'essieu arrière et contenant des aires de croisement de longueur supérieure ou égale à 25 mètres et de largeur supérieure ou égale à 5,5 mètres, voie incluse, et distantes de moins de 300 mètres les unes des autres () " Selon l'article 9.1.2 de ce règlement : " La défense extérieure contre l'incendie des différentes constructions doit être conforme aux principes définis par les Règlements Opérationnels des Services Départementaux d'Incendie et de Secours arrêtés par le Préfet de Vaucluse. / Afin de prendre en compte le risque subi sur les secteurs soumis à un aléa feu de forêt, les règles pour les habitations et leurs dépendances sont renforcées comme suit : / Les voies de desserte visées au 7.1.1 doivent être équipées de poteaux d'incendie séparés entre eux d'une distance inférieure ou égale à 300 mètres, le poteau desservant la construction la plus éloignée ne pouvant en être distant de plus de 150 m. A dernière distance est ramenée à 100 mètres en cas de bâtiments pour lesquels les planchers du dernier niveau habitable sont à un niveau supérieur à 8 mètres par rapport au terrain. Les poteaux doivent être alimentés par des canalisations telles que le débit utilisable soit supérieur ou égal à 60m3/h pendant 2 heures. / A défaut, il peut être admis que la protection soit assurée : () - Pour les nouvelles constructions, la réfection et les extensions des constructions existantes en zone B3 si la protection incendie n'est pas conforme à ce qui est décrit précédemment, par une réserve d'eau complémentaire, dont la capacité minimale de 30 m3 pourra être augmentée en fonction de la nature et de la taille des bâtiments et située à moins de 50 mètres de ces derniers. A réserve peut être privée. () "
8. Il ressort des pièces du dossier que, ainsi que l'a également relevé la Cour administrative d'appel de Marseille dans ses arrêts susvisés, le terrain d'assiette du projet est situé au sud du massif boisé des Monts de Vaucluse, dans le secteur des Caquettes sud, situé à proximité du centre du village de Gordes, présentant un aspect peu boisé et une urbanisation diffuse. Il est, en outre, entouré de constructions individuelles. Par suite, et au regard de l'aléa moyen de feu de forêt dont il est affecté selon le PPRIF, ses caractéristiques répondent à celles du secteur B3, recouvrant, d'après le rapport de présentation du plan, les secteurs d'aléa moyen caractérisés par un " bâti diffus et groupé ". La préfète de Vaucluse, qui invoquait initialement les dispositions de l'article 9.1.2 s'agissant des terrains classés en zone rouge du PPRIF, se prévaut, dans le dernier état de ses écritures, des dispositions de cet article relatives aux parcelles classées en secteur B3.
9. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que l'unité foncière en cause est, d'une part, desservie par la route départementale 177, laquelle est identifiée par la carte relative aux moyens de protection annexée au PPRIF comme présentant une largeur de plus de 5 mètres permettant l'accès aux véhicules de secours. D'autre part, cette même carte, dans sa version actualisée en juillet 2021, révèle que le terrain est situé à moins de 150 mètres d'un point d'eau incendie présentant un débit de 60 mètres-cubes par heure. Au regard de ces éléments, la défense incendie du terrain est assurée dans des conditions satisfaisant aux exigences définies par l'article 9.1.2 du règlement du PPRIF et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
11. La défense incendie du terrain est, tel qu'il a été dit précédemment, assurée dans des conditions suffisantes et conformes aux dispositions de l'article 9.1.2 du règlement du PPRIF. La préfète de Vaucluse n'est donc pas fondée à soutenir que, faute de moyens suffisants pour assurer la défense incendie du terrain, le projet litigieux présenterait un risque pour la sécurité publique, en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.
12. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, la préfète de Vaucluse n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Gordes du 7 avril 2022.
Sur les frais liés au litige :
13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat les versements à la SCI Oniron d'une somme de 600 euros et à la commune de Gordes d'une somme d'un même montant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : Le déféré de la préfète de Vaucluse est rejeté.
Article 2 : L'Etat versera à la SCI Oniron une somme de 600 euros et à la commune de Gordes une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet de Vaucluse, à la commune de Gordes et à la SCI Oniron.
Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025 où siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 28 janvier 2025.
La rapporteure,
L. LAHMAR
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026