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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203123

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203123

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203123
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBRAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2022, M. et Mme A et B C, représentés par Me Tagnon, demandent au juge des référés :

1°) de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 25 octobre 2021, par laquelle le maire de la commune de Cheval Blanc a accordé un permis de construire un pôle médical à la commune, ensemble la décision du 24 décembre 2021 rejetant leur recours gracieux et la décision du 18 août 2021 portant autorisation de travaux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Cheval Blanc la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée ;

- sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige les moyens tirés de :

* la violation de l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme dès lors que le projet était soumis à autorisation de défrichement préalable ;

* la méconnaissance de l'article L. 425-3 du même code dès lors que l'arrêté en litige devait se prononcer sur la création d'un établissement recevant du public et non s'appuyer sur une autorisation séparée ;

* l'irrégularité de la procédure suivie dès lors que la demande a été complétée sans que la commission de sécurité et d'accessibilité ne se prononce sur le projet modifié et alors que le maire était incompétent pour agir au nom de la commune ;

* l'incompétence du maire pour déposer la demande de permis de construire dès lors qu'il n'était pas habilité à ce faire par le conseil municipal ; la délibération du 16 juin 2020 ne saurait à cet égard remplir cet office en raison de son imprécision ;

* l'insuffisance des pièces du dossier de la demande dès lors qu'il ne comporte pas le document prévu à l'article R. 431-16 n) qui s'impose pour les carrières remblayées de déchets inertes et permet seul d'apprécier une atteinte à la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

* la violation de l'article 13 du règlement de la zone N du plan local d'urbanisme (PLU) dès lors que le projet autorisé prévoit la destruction de 12 arbres, qui ont déjà été abattus pour certains, et n'a aucune finalité agricole ;

* la violation de l'article 3 du même règlement de zone dès lors que le projet pouvait être desservi par une autre voie que la route départementale et que la largeur de l'accès à la voie publique est insuffisante, faute de permettre le croisement des véhicules et le passage simultané des piétons ; la voie ne répond pas au surplus aux besoins de l'opération ;

* le défaut de consultation du département, conformément à l'article R. 421-53 du code de l'urbanisme, cette autorité n'ayant été saisie que sur le fondement d'une autre demande de permis de construire ;

* la violation de l'article 12 du règlement du PLU dès lors que le nombre de 45 places de stationnement prévu par le projet est insuffisant au regard des besoins de l'opération ;

* la violation des articles 1 et 2 du règlement du PLU précédemment approuvé dès lors que ces mêmes articles du règlement en vigueur sont illégaux et devaient être écartés par le maire ; le secteur N3fh est en effet illégal dès lors qu'il fixe des règles particulières pour les pôles médicaux, en violation de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme ; ce sous-secteur est en outre illégal faute de prévoir des règles spéciales d'implantation puisqu'il renvoie aux dispositions générales de la zone N ; ce secteur est en outre contraire aux orientations du PADD et au PADD lui-même qui ne prévoit pas l'implantation de STECAL ;

* la remise en vigueur du document d'urbanisme précédent serait incohérente avec le zonage N dans lequel ce sous-secteur s'insère et il y aura lieu en conséquence de faire application du règlement de la zone N.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 novembre 2022, la commune de Cheval Blanc, représentée par Me Bras, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête, en tant qu'elle est dirigée contre l'autorisation de travaux est irrecevable, dès lors que la requête au fond est tardive puisque les conclusions dirigées contre l'arrêté de travaux ont été introduites plus de deux mois après l'affichage de cette autorisation le 23 août 2021 ;

- elle est également irrecevable en tant qu'elle est dirigée contre le permis de construire dès lors que les requérants ne justifient pas d'un intérêt à agir suffisant puisque le projet en litige n'est pas en face de leur propriété, puisque le trafic qu'il engendrera sera négligeable au regard de la capacité de desserte de la route départementale et aux heures d'activité du pôle médical, et puisque le projet sera sécurisé par des clôtures ;

- l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige n'est pas démontrée eu égard à l'intérêt public qui s'attache au projet de pôle médical et à la pénurie de médecins dans la commune ;

- les moyens invoqués par M. et Mme C ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Antolini, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés ;

- la requête, enregistrée le 26 février 2022 sous le n° 2200600, tendant à l'annulation des décisions susvisées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Cheval Blanc ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2022 à 14 heures :

- le rapport de M. D ;

- les observations de Me Tagnon, représentant M. et Mme C, et celles de Me Bras, pour la commune de Cheval Blanc, qui invoque en outre l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 18 août 2021 dont l'annulation n'a pas été demandée dans le recours au fond.

La clôture de l'instruction a été prononcée, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

2. La demande de M. et Mme C tend, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution des décisions en dates des 25 octobre et 18 août 2021 par lesquelles le maire de la commune de Cheval Blanc a respectivement accordé un permis de construire à la commune et autorisé l'exécution de ces travaux.

3. D'une part, l'arrêté du 18 août 2021 délivré en cours d'instruction de la demande de permis de construire qui lui est associée a été affiché dès le 23 août, jusqu'au 23 octobre 2021, comme le démontrent les mentions portées sur l'arrêté et le certificat d'affichage versé au débat. Le recours gracieux tardif du 17 décembre 2021 ne portait pas même sur cette autorisation. Dans ces conditions, les conclusions dirigées contre cet arrêté dans la requête en annulation introduite le 17 octobre 2022 sont irrecevables et la présente demande tendant à la suspension de son exécution ne peuvent davantage être accueillie.

4. D'autre part, le permis de construire en litige a été présenté par le maire de la commune en vertu d'une délégation délivrée par le conseil municipal en application de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales. Ce permis de construire autorise l'édification d'un pôle médical dans un secteur déjà urbanisé où la végétation est clairsemée, sur un ancien site de déchets inertes dont la valorisation a été admise par la DREAL. Cet arrêté, pris sur le fondement de l'autorisation de travaux du 18 août précédent, n'emporte enfin, par lui-même, aucune autorisation de travaux au sens de l'article L. 122-3 du code de la construction et de l'habitation. En l'état de l'instruction, aucun des moyens sus analysés qu'invoquent M. et Mme C n'est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité du permis de construire en litige. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la condition d'urgence ou sur les fins de non-recevoir opposées en défense, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à son encontre par M. et Mme C au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Ces dispositions font obstacle à ce que la commune de Cheval Blanc, qui n'est pas la partie perdante, verse une quelconque somme à M. et Mme C au titre des frais non compris dans les dépens qu'ils ont dû exposer dans cette instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de condamner M. et Mme C à verser à la commune de Cheval Blanc la somme qu'elle demande sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Cheval Blanc présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et B C et à la commune de Cheval Blanc.

Copie en sera transmise à la préfète de Vaucluse.

Fait à Nîmes, le 23 novembre 202Le juge des référés,

J. D

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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