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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2203596

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2203596

mardi 7 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2203596
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantNAJJARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2022, M. E A B, représenté par Me Najjari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 90 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 8 jours sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, subsidiairement, d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

* en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa demande ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure ; la préfète de Vaucluse ne justifie pas de la saisine pour avis de l'OFII ; il n'est pas établi que le médecin rapporteur de l'OFII ayant établi le rapport médical visé aux articles R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas siégé au sein du collège qui a émis l'avis ; des précisions doivent être apportées sur la forme de la délibération collégiale ; la compétence des auteurs de l'avis et du médecin rapporteur ne sont pas établis ;

- la décision attaquée méconnaît les articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la préfète de Vaucluse ne démontre pas que son état de santé a évolué favorablement depuis le premier avis favorable rendu en février 2019 par le collège de médecins de l'OFII ; elle ne démontre pas non plus que le système de santé du Maroc s'est élargi ; le traitement immunodépresseur de la greffe rénale qu'il reçoit composé d'une association de Tacrolimus et de Evérolimus n'est pas le traitement de base après greffe rénale au Maroc et, en tout état de cause, les traitements immunodépresseurs n'y sont pas remboursés ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il réside depuis 19 ans sur le territoire français où il est parfaitement intégré professionnellement, socialement et familialement ; il souffre de nombreuses pathologies et notamment de diabète, d'hypertension, d'insuffisance rénale et de la maladie de Berger ;

* en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée d'absence de motivation et d'un défaut d'examen particulier de la demande ;

- la décision est entachée de méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée le 24 novembre 2022 à la préfète de Vaucluse, qui n'a pas produit d'observations.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 novembre 2022.

Un mémoire présenté par Me Najjari pour M. A B a été enregistré le 17 janvier 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction fixée au 30 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Najjari, représentant M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 1er janvier 1972, a présenté le 22 janvier 2009 une première demande de titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier, qui lui a été accordé puis renouvelé jusqu'au 16 janvier 2015. Le 18 mai 2016, il a procédé à une demande de changement de statut en qualité d'étranger malade et s'est vu délivrer une carte de séjour en cette qualité le 1er octobre 2020, valable du 15 avril 2020 au 13 avril 2021. Le 20 mai 2021, le demandeur a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Le collège des médecins de l'OFII ayant rendu un avis défavorable à sa demande le 22 juillet 2021, le préfet de Vaucluse a pris à son encontre le 23 septembre 2021 un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 2200311 du 1er juillet 2022, le tribunal de céans a annulé ledit arrêté et enjoint à la préfète de Vaucluse de réexaminer la situation de M. A B dans un délai de deux mois. Le collège des médecins de l'OFII ayant rendu un avis défavorable à sa demande le 6 septembre 2022, la préfète de Vaucluse a pris à son encontre le 20 septembre 2022 un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. M. A B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé./ Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, de sa capacité à bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

4. Il ressort de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII le 6 septembre 2022, que si l'état de santé de M. A B nécessite une prise en charge médicale et que son défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'intéressé pourrait bénéficier effectivement au Maroc d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire et qu'il peut y voyager sans risque. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A B, qui a bénéficié d'une greffe rénale par donneur vivant (son épouse) le 28 juillet 2018 dans le cadre d'une insuffisance rénale terminale traitée par hémodialyse, produit un certificat médical établi le 25 janvier 2022 par M. D, chef du service de néphrologie et de transplantation rénale du centre hospitalier universitaire de Grenoble Alpes. Ce certificat indique que suite à sa transplantation rénale, M. A B reçoit une association d'immuno-suppresseurs (Tacrolimus et Evérolimus) nécessaire à sa santé, et précise que ce type d'immunosuppression n'est pas le traitement de base après greffe rénale au Maroc, ce qui pourrait conduire à la perte de son greffon avec des conséquences catastrophiques sur la vie du patient. La préfète de Vaucluse, qui n'a pas présenté de mémoire en défense, n'a produit aucun élément sur le système de santé et les soins ou médicaments disponibles au Maroc pour la pathologie dont souffre M. A B. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il résulte de tout ce qui précède que, M. A B, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 20 septembre 2022 par lequel la préfète de Vaucluse refuse de l'admettre au séjour en qualité d'étranger malade, l'oblige à quitter le territoire français dans le délai de 90 jours et fixe son pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif de l'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la préfète de Vaucluse de délivrer à M. A B une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

6. M. A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Najjari, avocate de M. A B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Najjari de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la préfète de Vaucluse du 20 septembre 2022 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de Vaucluse de délivrer à M. A B une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 900 euros à Me Najjari, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B, à Me Najjari et à la préfète de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Bala, première conseillère,

M. Aymard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2023.

La rapporteure,

K. C

Le président,

J. B. BROSSIER

La greffière,

E. NIVARD

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2203596

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