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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2301576

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2301576

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2301576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPENARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 mai 2023, et un mémoire complémentaire enregistré le 30 mai 2023, M. et Mme A et B C, représentés par Me Berthier-Laignel, demandent au juge des référés :

1°) de prononcer, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 12 octobre 2021 par laquelle le maire de la commune de Caromb a délivré à M. et Mme D un permis de construire une maison individuelle ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Caromb la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la requête est recevable dès lors qu'ils justifient de leur intérêt à agir et que les délais, de recours ne sont pas expirés compte tenu des carences de l'affichage sur le terrain ;

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est présumée et que le projet n'est pas équipé d'une borne incendie ;

- sont propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige les moyens tirés de :

* la violation de l'article R. 431-2 du code de l'urbanisme dès lors que la surface de plancher n'est pas correctement renseignée, faute d'inclure celle des combles aménageables, ce qui impliquait le recours à un architecte ;

* la violation des articles R. 431-8 et suivants du code de l'urbanisme dès lors que la notice de présentation est insuffisante, faute de décrire l'état initial du terrain et notamment l'existence d'un fossé, l'organisation et l'aménagement des accès au terrain depuis la voie publique et la situation d'enclavement du terrain, et faute également de comporter un plan de coupe par rapport au profil du terrain ;

* la violation du règlement du PPRI dès lors que le dossier de la demande de permis de construire ne comporte pas de relevé topographique ;

* la méconnaissance de l'article 3 du règlement de la zone UD du plan local d'urbanisme (PLU) communal dès lors que le terrain d'assiette du projet est enclavé puisqu'il ne dispose pas d'un accès direct sur la route départementale (RD) 70 ;

* la méconnaissance de l'article 4 du même règlement de zone dès lors que la borne d'incendie la plus proche se situe à 400 mètres et que le dispositif de rétention n'est pas même renseigné quant à son volume ou les contraintes du sol ;

* la violation de l'article 6 de ce règlement de zone dès lors que la construction autorisée est à un mètre des limites du terrain ;

* la violation de l'article 7 de ce règlement dès lors que l'implantation de la construction autorisée entraine une rupture avec le caractère aéré du quartier ;

* la méconnaissance de l'article 12 du règlement de zone dès lors que le projet aurait dû comporter deux places de stationnement pour les voitures et un emplacement pour les deux roues ;

* la méconnaissance de l'article 12 du règlement de zone dès lors que le projet devait prévoir 9 arbres de haute tige au lieu de 3 ;

* l'incompatibilité du projet avec les objectifs des orientations d'aménagement et de programmation de la commune dès lors que le terrain d'assiette du projet n'est pas situé dans une zone de dents creuses et ne fait pas partie de celles qui peuvent être densifiées ;

* la violation de l'article R. 431-16 f du code de l'urbanisme dès lors que le dossier de la demande de permis de construire ne comporte pas l'étude imposée par ces dispositions.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 mai 2023, la commune de Caromb, représentée par Me Penard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le référé a été introduit plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense le 22 août 2022 ; elle est en outre tardive dès lors que, contrairement à ce qu'affirment les requérants, le panneau d'affichage apposé sur le terrain était complet ;

- l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige n'est pas démontrée ;

- les moyens invoqués par M. et Mme C ne sont pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Antolini, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés ;

- la requête, enregistrée le 25 février 2022 sous le n° 2200597, tendant à l'annulation de la décision susvisée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le plan local d'urbanisme de la commune de Caromb ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 31 mai 2023 à 10 heures :

- le rapport de M. Antolini ;

- les observations de Me Berthier-Laignel, représentant M. et Mme C, qui soutient sur l'audience que les dispositions de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme ne leur sont pas opposables, celles de M. D, qui demande à l'audience la condamnation des requérants à lui verser une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et celles de Me Terragno pour la commune de Caromb.

La clôture de l'instruction a été prononcée, à l'issue de l'audience.

Deux notes en délibéré, présentées pour M. et Mme C, ont été enregistrées le 31 mai 2023.

Une note en délibéré, présentée pour la commune de Caromb, a été enregistrée le 31 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

2. Aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable ou contre un permis de construire, d'aménager ou de démolir ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort ". En application de l'article R. 600-5 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense.

3. La demande de M. et Mme C tend, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le maire de la commune de Caromb a délivré à M. et Mme D un permis de construire une maison individuelle. Il résulte de l'instruction de la requête susvisée enregistrée sous le n° 2200597 le 25 février 2022, à laquelle est associée la présente requête, que la commune de Caromb a produit son premier mémoire en défense le 22 août 2022 et qu'il a été réputé lu deux jours après sa transmission et consulté dans l'application Télérecours le 31 août suivant. La cristallisation des moyens soulevés dans la requête en annulation était donc intervenue à la date à laquelle le référé suspension a été introduit le 31 mai 2023, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'affichage du permis sur le terrain aurait été irrégulier ou interrompu durant une certaine période. M. et Mme C ne peuvent enfin utilement se prévaloir de ce qu'il ne leur a jamais été adressée de courrier les informant de la date à laquelle la cristallisation des moyens interviendrait dans cette instance, une telle notification n'étant imposée par aucune disposition textuelle. La présente demande est dès lors irrecevable et il y a lieu de la rejeter pour ce motif.

4. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Ces dispositions font obstacle à ce que la commune de Caromb, qui n'est pas la partie perdante dans cette instance, verse une quelconque somme à M. et Mme C au titre des frais non compris dans les dépens qu'ils ont dû exposer. Faute de justifier de leurs dépenses au titre des frais liés au litige, M. et Mme D ne peuvent davantage solliciter la condamnation des requérants au paiement de ces frais. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu en revanche de condamner M. et Mme C à verser à la commune de Caromb la somme de 2 000 euros qu'elle demande sur le fondement de ces mêmes dispositions.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : M. et Mme C verseront à la commune de Caromb une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions que M. et Mme D présentent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et B C, à la commune de Caromb et à M. et Mme D.

Fait à Nîmes, le 1er juin 2023.

Le juge des référés,

J. Antolini

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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