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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2303748

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2303748

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2303748
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Chabbert-Masson, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui renouveler le bénéfice de l'autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour portant cette mention, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'est pas en possession d'un titre de séjour pluriannuel canadien valable de 2016 à 2026 ;

- il méconnait l'article L. 581-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle n'entre dans aucun cas prévu par ces dispositions.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'exécution (UE) 2022/382 du Conseil du 4 mars 2022 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Chevillard,

- et les observations de Me Chabbert-Masson, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ukrainienne née le 12 novembre 1999, est entrée sur le territoire national le 14 mars 2022 en provenance d'Ukraine et a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection temporaire ", valable jusqu'en octobre 2022, renouvelée à deux reprises jusqu'au 19 septembre 2023. L'intéressée a sollicité le renouvellement de son autorisation provisoire de séjour mais par l'arrêté du 12 septembre 2023 dont Mme A demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Gard a refusé de faire droit à sa demande.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. Aux termes de l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001 relative à des normes minimales pour l'octroi d'une protection temporaire en cas d'afflux massif de personnes déplacées et à des mesures tendant à assurer un équilibre entre les efforts consentis par les Etats membres pour accueillir ces personnes et supporter les conséquences de cet accueil : " 1. L'existence d'un afflux massif de personnes déplacées est constatée par une décision du Conseil () / () / 3. La décision du Conseil a pour effet d'entraîner, à l'égard des personnes déplacées qu'elle vise, la mise en œuvre dans tous les Etats membres de la protection temporaire conformément aux dispositions de la présente directive. La décision contient au moins : / a) une description des groupes spécifiques de personnes auxquels s'applique la protection temporaire / b) la date à laquelle la protection temporaire entrera en vigueur () ". En application de ces dispositions, le Conseil de l'Union européenne a adopté, le 4 mars 2022, une décision d'exécution (UE) 2022/382 constatant l'existence d'un afflux massif dans l'Union de personnes déplacées qui ont dû quitter l'Ukraine en raison d'un conflit armé. L'article 2 de cette décision introduit une protection temporaire, en définit le champ d'application et renvoie aux Etats membres les modalités de mises en œuvre dans leur droit national : " 1. La présente décision s'applique aux catégories suivantes de personnes déplacées d'Ukraine le 24 février 2022 ou après cette date, à la suite de l'invasion militaire par les forces armées russes qui a commencé à cette date : / a) les ressortissants ukrainiens résidant en Ukraine avant le 24 février 2022 ; () 2. Les États membres appliquent la présente décision ou une protection adéquate en vertu de leur droit national à l'égard des apatrides, et des ressortissants de pays tiers autres que l'Ukraine, qui peuvent établir qu'ils étaient en séjour régulier en Ukraine avant le 24 février 2022 sur la base d'un titre de séjour permanent en cours de validité délivré conformément au droit ukrainien, et qui ne sont pas en mesure de rentrer dans leur pays ou leur région d'origine dans des conditions sûres et durables. ".

3. Pour assurer la transposition de ces dispositions, l'article L. 581-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que le bénéfice du régime de la protection temporaire " est ouvert aux étrangers selon les modalités déterminées par la décision du Conseil de l'Union européenne mentionnée à l'article 5 de la directive 2001/55/CE du Conseil du 20 juillet 2001, définissant les groupes spécifiques de personnes auxquelles s'applique la protection temporaire () ". Selon l'article L. 581-3 du même code : " L'étranger appartenant à un groupe spécifique de personnes visé par la décision du Conseil mentionnée à l'article L. 581-2 bénéficie de la protection temporaire à compter de la date mentionnée par cette décision. Il est mis en possession d'un document provisoire de séjour assorti, le cas échéant, d'une autorisation provisoire de travail. Ce document provisoire de séjour est renouvelé tant qu'il n'est pas mis fin à la protection temporaire / Le bénéfice de la protection temporaire est accordé pour une période d'un an renouvelable dans la limite maximale de trois années. Il peut être mis fin à tout moment à cette protection par décision du Conseil. / Le document provisoire de séjour peut être refusé lorsque l'étranger est déjà autorisé à résider sous couvert d'un document de séjour au titre de la protection temporaire dans un autre Etat membre de l'Union européenne et qu'il ne peut prétendre au bénéfice des dispositions de l'article L. 581-6. ".

4. Il résulte des dispositions précitées que ni le point 2 de l'article 2 de la décision d'exécution (UE) 2022/382, ni l'article L. 581-3 du code de l'entrée du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit que la détention d'un visa d'entrée ou d'un titre de séjour sur le territoire d'un Etat tiers à l'Union européenne figure au nombre des motifs qui permettent de refuser la protection temporaire ainsi que le titre de séjour provisoire afférent à l'étranger qui en remplit les conditions. Par voie de conséquence, en prenant l'arrêté attaqué 12 septembre 2023 au motif que la requérante dispose d'un titre de séjour pluriannuel délivré par les autorités canadiennes, dont au surplus il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit de visas d'entrées multiples sur le territoire canadien permettant d'y séjourner pour une période limitée, la préfète du Gard, qui ne conteste pas la présence de l'intéressée en Ukraine antérieurement au 14 mars 2022, a méconnu les dispositions de l'article L. 581-3 du code de l'entrée du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en y ajoutant un motif d'exclusion non expressément prévu par le législateur.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, l'arrêté attaqué doit être annulé.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation énoncé ci-dessus, le présent jugement implique nécessairement la délivrance à Mme A d'une autorisation provisoire de séjour portant la mention " protection temporaire " sous réserve d'un changement substantiel dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Gard d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par la requérante.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

7. La requérante a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a donc lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Chabbert-Masson, avocate de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 12 septembre 2023 par lequel la préfète du Gard a refusé à Mme A le bénéfice de la protection temporaire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer à Mme A une autorisation provisoire de séjour d'une durée d'un an, portant la mention " protection temporaire ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Chabbert-Masson une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Gard et à Me Chabbert-Masson.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

M. Chaussard, premier conseiller,

M. Chevillard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le rapporteur,

F. CHEVILLARD

Le président,

G. ROUX

La greffière,

F. DESMOULIÈRES

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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