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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2000133

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2000133

vendredi 6 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2000133
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOISSY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 janvier 2020 et des mémoires complémentaires du 17 septembre 2021 et du 9 décembre 2021, M. E, représenté par Me Goguyer Lalande, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 15 novembre 2019 par laquelle le maire de la commune de Prayols a refusé de faire droit à sa demande de modification du plan local d'urbanisme de la commune de Prayols ;

2°) d'annuler la délibération en date du 19 septembre 2019 du conseil municipal de Prayols approuvant la révision du plan local d'urbanisme prescrit par une délibération du 15 septembre 2015 ;

3°) de mettre respectivement à la charge de la commune de Prayols et de M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le plan local d'urbanisme est entaché d'un défaut de publicité en méconnaissance des dispositions de l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme ;

- la commune doit justifier de la régularité de la convocation des membres du conseil municipal ;

- la commune doit justifier de la régularité de l'enquête publique ;

- la délibération litigieuse est illégale en raison de la présence au vote de M. Alard, conseiller intéressé à l'affaire ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 153-38 du code de l'urbanisme ;

- le classement des parcelles en zone N est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- le classement de la parcelle en zone NE et ATVB est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2020 et un mémoire complémentaire enregistré le 10 novembre 2021, la commune de Prayols, représentée par son maire en exercice, représentée par Me Boissy, conclut à l'irrecevabilité de la requête pour tardiveté et à son rejet sur le fond. Elle demande à ce que soit mise à la charge de M. E la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par un mémoire en intervention volontaire enregistré le 16 juillet 2020, et des mémoires complémentaires enregistrés le 10 novembre 2021 et le 6 janvier 2022, M. A représenté par Me Boissy, demande au tribunal :

1°) à titre principal, la suppression des passages injurieux, outrageants et diffamatoires dans les écritures du requérant et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de M. E au titre des dommages et intérêts, avec toutes conséquences de droit ;

2°) à titre subsidiaire, la suppression des passages injurieux, outrageants et diffamatoires dans les écritures de M. E et à ce qu'il soit donné acte des réserves relatives aux actions publiques et privées en diffamation ;

3°) en tout état de cause, au versement par M. E d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un courrier du 14 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'il est intervenant.

Par une ordonnance du 21 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 28 février 2022.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bernos, rapporteur,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sebert, représentant la commune de Prayols et M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Le conseil municipal de la commune de Prayols a prescrit la révision de son plan local d'urbanisme, approuvé le 28 mars 2003 et modifié le 6 juillet 2009, par une délibération en date du 15 septembre 2015. Puis, le 13 décembre 2018, ce même conseil municipal a arrêté le projet de révision du plan local d'urbanisme, tirant le bilan des concertations engagées. Le 19 septembre 2019, le conseil municipal de la commune de Prayols a approuvé la révision du PLU. Par sa requête, M. E doit être regardé comme demandant l'annulation de la délibération en date du 19 septembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Prayols a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme, ensemble la décision du 15 novembre 2019 portant rejet de son recours gracieux, en tant qu'elles procèdent à la modification du classement des parcelles cadastrées sous les numéros dont il est propriétaire

Sur l'intervention de M. A :

2. M. A, qui s'estime diffamé par les propos du requérant, intervient à l'appui des conclusions en défense présentées par la commune de Prayols. Ce dernier, propriétaire de parcelles sur le territoire de la commune, justifie d'un intérêt suffisant au maintien des décisions attaquées, eu égard à la nature et à l'objet du litige. Ainsi, l'intervention de M. A doit être admise.

Sur les moyens invoqués :

3. En premier lieu, l'article R. 153-21 du code de l'urbanisme dispose que l'affichage des actes relatifs à la révision du plan local d'urbanisme doit s'effectuer sur une période d'un mois. Il ressort des pièces du dossier que la mention de cet affichage a été effectuée en mairie à compter du 19 septembre 2019 et dans deux journaux locaux, La Dépêche du midi et la Gazette ariégeoise, respectivement les 14 octobre 2019 et 18 octobre 2019. En tout état de cause, l'absence de mise en œuvre des mesures de publicité de la délibération attaquée est sans incidence sur sa légalité.

4. En deuxième lieu, si le requérant exige que la commune justifie de la régularité de l'enquête publique et notamment de la présentation des avis des personnes publiques associées au dossier d'enquête, il ne soulève, en se bornant à présenter cette demande, aucun moyen précis à l'appui de sa requête, qui est en outre dépourvue des précisions utiles pour en apprécier le bien-fondé.

5. En troisième lieu, les allégations du requérant soutenant que les délais légaux d'envoi des convocations au conseil municipal n'ont pas été respectés ne sont assorties d'aucun élément circonstancié permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, les mentions du registre des délibérations du conseil municipal établissent que la convocation a été adressée le 12 septembre 2019, soit plus de trois jours francs avant la tenue de la séance du conseil municipal du 19 septembre. Le moyen manque en fait et doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales : " Sont illégales les délibérations auxquelles ont pris part un ou plusieurs membres du conseil intéressés à l'affaire qui en fait l'objet, soit en leur nom personnel, soit comme mandataires ". Il résulte de ces dispositions que la participation au vote permettant l'adoption d'une délibération d'un conseiller municipal intéressé à l'affaire qui fait l'objet de cette délibération, c'est-à-dire y ayant un intérêt qui ne se confond pas avec ceux de la généralité des habitants de la commune, est de nature à en entraîner l'illégalité. De même, sa participation aux travaux préparatoires et aux débats précédant l'adoption d'une telle délibération est susceptible de vicier sa légalité, alors même que cette participation préalable ne serait pas suivie d'une participation à son vote, si le conseiller municipal intéressé a été en mesure d'exercer une influence sur la délibération. Cependant, s'agissant d'une délibération déterminant des prévisions et règles d'urbanisme applicables dans l'ensemble d'une commune, la circonstance qu'un conseiller municipal intéressé au classement d'une parcelle ait participé aux travaux préparatoires et aux débats précédant son adoption ou à son vote n'est de nature à entraîner son illégalité que s'il ressort des pièces du dossier que, du fait de l'influence que ce conseiller a exercée, la délibération prend en compte son intérêt personnel.

7. Le requérant fait valoir que M. A aurait été intéressé, au sens qui vient d'être précisé, à la révision du plan local d'urbanisme de la commune de Prayols. Il ressort certes des pièces du dossier que M. A est propriétaire d'une parcelle sur le territoire de la commune qui a été classée en zone AUs par la délibération attaquée. Cette parcelle était toutefois déjà classée en zone à urbaniser par le document d'urbanisme antérieur et la révision opérée réduit les possibilités de construction. Le règlement du PLU prévoit en effet que la zone AUs est une réserve foncière qui ne peut être ouverte à l'urbanisation qu'après une évolution ultérieure du plan local d'urbanisme, et constitue une dent creuse dans des espaces urbanisés de sorte que son urbanisation se rattache à l'intérêt général de la commune. Dans ces conditions, M. A ne peut être regardé comme ayant été intéressé à l'affaire débattue par le conseil municipal, et la participation de cet adjoint au maire à la délibération n'a donc pas méconnu les dispositions de l'article L. 2131-11 du code général des collectivités territoriales.

8. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 153-38 du code de l'urbanisme : " lorsque le projet de modification porte sur l'ouverture à l'urbanisation d'une zone, une délibération motivée () ".

9. L'acte querellé est une délibération du conseil municipal approuvant la révision du plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dites dispositions, qui s'appliquent exclusivement à la procédure de modification, est inopérant.

10. En sixième lieu, au sens des dispositions de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles dites zones AC peuvent être classées en zone agricole et secteur de la commune équipée ou non à protéger en raison du potentiel agricole, biologique où économique et des terres agricoles ".

11. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

12. M. E conteste le classement de sa parcelle qui était auparavant classée en zone AU2 par l'ancien PLU de la commune et se trouve, par l'effet de la délibération contestée, classée en zone dite " agricole-trame verte et bleue ". Si le requérant souligne que cette parcelle ne présente pas un potentiel pour l'usage agricole et qu'elle est raccordée aux réseaux, il ressort des pièces du dossier que, bien que bordée au nord par des parcelles bâties, elle se rattache à un espace agricole plus vaste, qui s'étend au sud du territoire communal, identifiée comme faisant partie du réservoir de biodiversité des milieux ouverts, au sens des conclusions du schéma de cohérence territoriale de la vallée de l'Ariège et de la modélisation de la trame verte et bleue proposée par le parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises. Ainsi, le classement de ladite parcelle ne révèle pas d'erreur manifeste d'appréciation.

13. Aux termes des dispositions de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme : " Les zones naturelles et forestières sont dites "zones N". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison soit de la qualité des sites, des milieux naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique, soit de l'existence d'une exploitation forestière, soit de leur caractère d'espaces naturels. ()" .

14. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. A cet effet, ils peuvent être amenés à classer en zone naturelle, pour les motifs énoncés par les dispositions citées ci-dessus, un secteur qu'ils entendent soustraire, pour l'avenir, à l'urbanisation.

15. Le requérant conteste également le classement en zone NE de ses parcelles , situées , qui étaient auparavant classées en zone urbaine, qui sont également raccordées aux réseaux et entourées de parcelles situées en zone urbaine et construites. Toutefois, ces parcelles font partie d'une entité écologique dont la conservation présente un intérêt certain car elle abrite des milieux naturels de qualité à proximité immédiate d'un site Natura 2000 institué autour des rives de l'Ariège. Le projet d'aménagement et de développement durables de la commune a au demeurant identifié sur ses parcelles un " boisement d'intérêt " dont la protection participe à la préservation et au renforcement de la trame verte. Ainsi, les parcelles de M. E présentent un intérêt environnemental et paysager certain. Par suite, le classement de ces parcelles ne révèle pas d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. E contre la délibération du 19 septembre 2019 par laquelle le conseil municipal de Prayols a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme et la décision du 15 novembre 2019 portant rejet de son recours gracieux doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suppression de propos injurieux, diffamatoires ou outrageants :

17. Aux termes de l'article L. 741-2 du code de justice administrative :

" Sont également applicables les dispositions des alinéas 3 à 5 de l'article 41 de la loi

du 29 juillet 1881 ci-après reproduites : () Ne donneront lieu à aucune action en diffamation, injure ou outrage, ni le compte rendu fidèle fait de bonne foi des débats judiciaires, ni les discours prononcés ou les écrits produits devant les tribunaux. Pourront néanmoins les juges, saisis de la cause et statuant sur le fond, prononcer la suppression des discours injurieux, outrageants ou diffamatoires, et condamner qui il appartiendra à des dommages-intérêts ".

18. Les mentions situées entre les mots " défaut de publicité " et " à l'occasion de l'adoption " page 3 de la requête introductive d'instance et situées entre les mots " droit de propriété " et " entraîne l'illégalité de l'acte " page 4 de cette même requête présentent un caractère diffamatoire et excèdent ainsi les limites de la controverse entre parties dans le cadre d'une procédure contentieuse, ce qui justifie qu'elles soient supprimées en application des dispositions précitées. Il y a dès lors lieu de faire application des dispositions de l'article 41 de la loi du 29 juillet 1881, reproduites à l'article L. 741-2 du code de justice administrative et de supprimer les passages litigieux sans qu'il y ait lieu en revanche, en l'absence de préjudice en découlant pour M. A, de condamner le requérant à verser à celui-ci des dommages et intérêts.

Sur les frais liés à l'instance :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Prayols et de M. A, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, le versement de quelque somme que ce soit à M. E sur leur fondement. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder à la commune de Prayols le bénéfice de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge du requérant une somme de 1 500 euros.

20. M. A, qui a la qualité d'intervenant, n'est pas recevable à présenter des conclusions sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ses conclusions doivent sur ce point être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'intervention de M. A est admise.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Les passages visés au point 18 du présent jugement sont supprimés.

Article 4 : M. E versera une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros à la commune de Prayols au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à la commune de Prayols et à M. D A.

Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 janvier 2023.

Le rapporteur,

M. BERNOS

Le président,

P. GRIMAUD

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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