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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2000686

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2000686

mardi 19 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2000686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique cellule 7
Avocat requérantGALINON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 février 2020, Mme B E née A, représentée par Me Galinon, demande au tribunal :

1) d'annuler la décision en date du 19 avril 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français ;

2) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer un permis de conduire français ;

3) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que si la décision contestée lui a été notifiée le 19 avril 2019, elle a déposé une demande d'aide juridictionnelle le 11 septembre 2019 qui lui a été accordée le 6 décembre 2019 faisant de nouveau courir le délai de recours de deux mois, étant précisé que son recours gracieux formé le 13 mai 2019 et reçu le 15 mai 2019 a été tacitement rejeté le 15 juillet 2019 ;

- La décision du 19 avril 2019 est entachée d'incompétence, son signataire ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- ressortissante algérienne entrée sur le territoire français en 2017 et dotée d'un premier titre de séjour le 5 mars 2017, sa demande d'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français, bien que présentée dans le délai d'un an suivant la délivrance d'un premier titre de séjour, a été rejetée le 19 avril 2019 par les services du centre d'expertise et de ressources titres de Nantes au motif que son permis de conduire algérien était valable du 7 janvier 2016 au 6 janvier 2018 et que sa demande a été formée le 12 février 2018, soit au-delà de la durée de validité du permis ;

- or, dès le mois de décembre 2017, elle a essayé sans succès de prendre rendez-vous en ligne sur le site internet de la préfecture mais il n'y avait pas de plages horaires disponibles et pas davantage le 3 février 2020 et ce n'est qu'en contactant par mail la préfecture qu'un rendez-vous en urgence a pu lui être fourni le 12 février 2018, l'administration ne pouvant, dans ce contexte, lui reprocher de ne pas avoir agi avant le 6 janvier 2018 ;

- en toute hypothèse, le 6 janvier 2018 ne correspondait à aucune date butoir dès lors que le permis de conduire qui lui a été délivré le 6 janvier 2016 est un permis probatoire valable jusqu'au 6 janvier 2018 et que cette date ne correspond pas à la fin de validité de son permis de conduire mais à la transformation d'un permis probatoire en permis définitif valable jusqu'au 3 juillet 2029 ;

- par suite, lors de sa demande d'échange de permis de conduire, elle était bien titulaire d'un permis de conduire en cours de validité comme l'impose l'article 5 I B de l'arrêté du 12 janvier 2012.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 décembre 2019.

Vu :

- l'ordonnance de référé n° 2004757 du 2 octobre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne ni à l'espace économique européen ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de Me Galinon pour Mme E née A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E née A a sollicité, le 12 février 2018, l'échange de son permis de conduire algérien contre un titre français. Sa demande a été rejetée par une décision du préfet de la Loire-Atlantique du 19 avril 2019 au motif que son permis de conduire algérien n'était plus en cours de validité au moment du dépôt de sa demande. Par la présente requête, Mme E née A demande l'annulation de cette décision.

Sur la légalité externe :

2. La décision du 19 avril 2019 a été signée par Mme C D, directrice du centre d'expertise et de ressources titres de la Loire-Atlantique, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté préfectoral du 29 novembre 2018, régulièrement publiée au recueil des actes de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait.

Sur la légalité interne :

3. D'une part, aux termes de l'article R. 222-3 du code de la route : " Tout permis de conduire national, en cours de validité, délivré par un État ni membre de la Communauté européenne, ni partie à l'accord sur l'Espace économique européen, peul être reconnu en France jusqu'à l'expiration d'un délai d'un an après l'acquisition de la résidence normale de son titulaire. Pendant ce délai, il peut être échangé contre le permis français, sans que son titulaire soit tenu de subir les examens prévus au premier alinéa de l'article R. 221-3. Les conditions de cette reconnaissance et de cet échange sont définies par arrêté du ministre chargé des transports, après avis du ministre de la justice, du ministre de l'intérieur et du ministre chargé des affaires étrangères. Au terme de ce délai, ce permis n'est plus reconnu et son titulaire perd tout droit de conduire un véhicule pour la conduite duquel le permis de conduire est exigé. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 fixant les conditions de reconnaissance et d'échange des permis de conduire délivrés par les Etats n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Tout titulaire d'un permis de conduire délivré régulièrement au nom d'un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit obligatoirement demander l'échange de ce titre contre un permis de conduire français dans le délai d'un an qui suit l'acquisition de sa résidence normale en France. / II. - A. - Pour les ressortissants étrangers non- ressortissants de l'Union européenne, la date d'acquisition de la résidence normale est celle du début de validité du premier titre de séjour () " et aux termes de l'article 5 du même arrêté : " I. Pour être échangé contre un titre français, tout permis de conduire délivré par un Etat n'appartenant ni à l'Union européenne, ni à l'Espace économique européen doit répondre aux conditions suivantes : () B. - Etre en cours de validité au moment du dépôt de la demande, () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que pour être échangé contre un permis de conduire français, le permis de conduire étranger doit être en cours de validité au moment du dépôt de la demande d'échange.

6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E née A était titulaire d'un permis de conduire probatoire délivré le 7 janvier 2016 par les autorités algériennes d'une durée de validité de deux ans valable jusqu'au 6 janvier 2018. Elle n'a cependant déposé sa demande d'échange de permis conduire que le 12 février 2018, soit plus d'un mois après l'expiration de la validité de ce permis algérien. Si la requérante argue qu'elle a essayé dès le mois de décembre 2017 et le 3 février 2020 de prendre sans succès rendez-vous en ligne sur le site internet de la préfecture, cette circonstance, pour regrettable qu'elle soit, est en tout état de cause dépourvue d'incidence sur la légalité de la décision en litige.

7. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier des termes de la décision du 19 avril 2019, que le préfet de la Loire-Atlantique se serait fondé, pour rejeter la demande d'échange de permis de conduire de Mme E née A, sur la condition tenant au délai d'un an suivant l'acquisition de la résidence normale de l'intéressée en France pour déposer sa demande. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 de l'arrêté du 12 janvier 2012 est inopérant et doit être écarté pour ce motif.

8. En dernier lieu, si Mme E née A soutient qu'elle n'a pas perdu la validité de ses droits à conduire en Algérie dès lors qu'un certificat de capacité de permis de conduire lui a été remis le 4 juillet 2019 portant la mention selon laquelle son permis de conduire est valable du 7 janvier 2016 au 3 juillet 2029, il ressort des pièces du dossier que ce permis lui a été délivré le 4 juillet 2019, soit postérieurement à la date du dépôt de sa demande d'échange de permis, à la décision attaquée et à la date de début de validité de son premier titre de séjour obtenu le 5 mars 2017. Par suite, la requérante, qui ne remplissait pas les conditions énoncées par les dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 12 janvier 2012 n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 19 avril 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de procéder à l'échange de son permis de conduire algérien contre un permis de conduire français au motif que le titre de conduite présenté n'était plus en cours de validité.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

12. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E née A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E née A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2022.

La présidente,

Isabelle Carthé MazèresLa greffière,

Sandrine Furbeyre

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

Le Greffier en chef

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