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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001856

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001856

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001856
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantVACARIE & DUVERNEUIL AVOCATS ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 avril 2020, Mme D A, représentée par Me Duverneuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 janvier 2020 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a refusé de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident survenu le 28 septembre 2015 sur son lieu de travail ainsi que de la maladie en résultant ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier universitaire de reconnaître l'imputabilité au service de l'accident du 28 septembre 2015 ainsi que des arrêts de travail qui en découlent ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 41 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 dès lors que les conditions de convocation et de déroulement de la réunion du 28 septembre 2015 ont été à l'origine d'un syndrome dépressif réactionnel latent qui a décompensé le 7 juin 2018, date de son arrêt de travail pour épuisement professionnel.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2021, le centre hospitalier universitaire de Toulouse, représenté par Me Sabatté, conclut au rejet de la requête et ce que soit mise à la charge de Mme A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er février 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 1er avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 et la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chalbos, rapporteure,

- les conclusions de Mme Nègre Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Sabatté, représentant le centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ergothérapeute titulaire de la fonction publique hospitalière, exerce ses fonctions au centre hospitalier universitaire de Toulouse depuis le 1er juillet 1985. Après avoir été affectée entre 2005 et 2012 dans la " clinique du positionnement " mise en place au sein du service de médecine physique et de réadaptation, puis à nouveau entre mars 2014 et avril 2015, elle a sollicité un changement d'affectation au sein de l'hôpital. Le 6 juillet 2018, Mme A, qui était placée en arrêt de travail pour état dépressif depuis le 7 juin 2018, a transmis une déclaration d'accident de service correspondant à un épisode du 28 septembre 2015, qu'elle estime être à l'origine de sa décompensation psychologique. Sa demande de reconnaissance d'accident de service et de prise en charge de ses arrêts de travail à ce titre a été rejetée par une décision du directeur général du centre hospitalier universitaire du 16 janvier 2020. Mme A, qui a par la suite été placée en congé de longue durée jusqu'au 2 mars 2021, demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, par un arrêté du 21 novembre 2019 publié au recueil des actes administratifs de la Haute-Garonne du 11 décembre 2019, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse a donné délégation à Mme C B, directrice adjointe des ressources humaines, à l'effet de signer les décisions se rapportant aux attributions de la direction des ressources humaines. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". Il résulte de ces dispositions que les décisions refusant de reconnaître l'imputabilité au service d'un accident ou d'une maladie sont au nombre de celles devant être motivées. Si le respect des règles relatives au secret médical ne peut avoir pour effet d'exonérer l'administration de l'obligation de motiver sa décision, dans des conditions de nature à permettre au juge de l'excès de pouvoir d'exercer son contrôle, il ne lui appartient pas de divulguer des éléments d'ordre médical couverts par le secret. Il en va ainsi alors même que la décision à intervenir, ayant le caractère d'un acte individuel, ne doit pas normalement faire l'objet d'autres mesures de publicité que celle de sa notification à son destinataire.

4. En l'espèce, la décision attaquée vise les dispositions sur lesquelles elle est fondée, notamment l'article 41 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière. S'agissant des considérations de fait, elle mentionne l'important délai entre les faits rapportés et l'établissement du certificat médical initial constatant les lésions et en déduit une absence de lien de causalité direct et certain. Elle relève également l'absence de circonstances particulières tenant à son activité professionnelle. Compte tenu des exigences du secret médical, une telle motivation est suffisante et ne méconnaît pas les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle ne révèle pas davantage un défaut d'examen réel et sérieux de la demande de Mme A.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière, seules dispositions applicables en l'absence de publication, à la date de la décision contestée, du décret d'application de l'ordonnance du 19 janvier 2017 portant diverses dispositions relatives au compte personnel d'activité, à la formation et à la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, prévu par le VI de cette ordonnance : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite, () le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à sa mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident. / Dans le cas visé à l'alinéa précédent, l'imputation au service de la maladie ou de l'accident est appréciée par la commission de réforme instituée par le régime des pensions des agents des collectivités locales. () ".

6. Constitue un accident de service, pour l'application des dispositions précitées, un évènement survenu à une date certaine, par le fait ou à l'occasion du service, dont il est résulté une lésion, quelle que soit la date d'apparition de celle-ci. Sauf à ce qu'il soit établi qu'il aurait donné lieu à un comportement ou à des propos excédant l'exercice normal du pouvoir hiérarchique, lequel peut conduire le supérieur hiérarchique à adresser aux agents des recommandations, remarques, reproches ou à prendre à leur encontre des mesures disciplinaires, un entretien entre un agent et son supérieur hiérarchique, ne saurait être regardé comme un événement soudain et violent susceptible d'être qualifié d'accident de service, quels que soient les effets qu'il a pu produire sur l'agent.

7. Mme A soutient avoir été victime d'un accident de service survenu le 28 septembre 2015, à l'occasion d'une réunion à laquelle elle aurait été convoquée par le chef du service qu'elle occupait précédemment et au sein duquel elle s'était fortement impliquée, mais qu'elle avait été contrainte de quitter du fait de l'apparition de tensions professionnelles et de dévalorisation à son égard depuis l'arrivée du nouveau médecin dans le service. Au cours de cette réunion, le médecin chef de service l'aurait injustement mise en cause devant des acteurs extérieurs en affirmant qu'elle avait quitté le service du fait de son refus du travail pluridisciplinaire mis en place. S'il est constant qu'une réunion de service a eu lieu le 28 septembre 2015, les circonstances dans lesquelles celles-ci s'est déroulée et en particulier le ton et la teneur des propos du médecin à l'égard de Mme A ne sont pas suffisamment établis par le seul récit livré par cette dernière dans un courriel du 30 septembre 2015 adressé à son syndicat. Elle ne produit en particulier aucune attestation d'une tierce personne présente à cette réunion faisant état du caractère objectivement violent des propos du médecin. A supposer même que la réunion du 28 septembre 2015 ait été marquée par un accident de service, ainsi que l'a d'ailleurs retenu l'expert mandaté par l'hôpital dans son rapport du 27 mai 2017, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un tel accident serait en lien direct et certain avec l'épisode dépressif présenté par Mme A le 7 juin 2018, soit près de trois ans plus tard, alors qu'il ressort de ses propres écritures que son épuisement professionnel résulte d'une importante charge de travail et d'un certain ressenti lié au contexte de son départ de son précédent service. Il ressort en outre des pièces du dossier que Mme A n'a consulté une psychothérapeute qu'à partir du mois de février 2018, et que cette dernière n'évoque pas, parmi les éléments fréquemment évoqués par Mme A, la réunion du 28 septembre 2015, mais plutôt les raisons de son départ de la clinique du positionnement et de la mobilité. Dans ces conditions, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Toulouse n'a pas commis d'erreur de fait, d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 en considérant que ses arrêts de travail à compter du 7 juin 2018 n'étaient pas imputables à un accident de service survenu le 28 septembre 2015.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A aux fins d'annulation de la décision du 16 janvier 2020 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais relatifs au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier universitaire de Toulouse, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme A en application de cet article. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre hospitalier universitaire de Toulouse présentée sur le même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au centre hospitalier universitaire de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

La rapporteure,

C. CHALBOS

Le président,

D. KATZ La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

N°2001856

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