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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2005958

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2005958

vendredi 23 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2005958
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP LONQUEUE - SAGALOVITSCH - EGLIE-RICHTERS ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2020 et le 23 juin 2021, M. G C, M. H C, M. B C, M. J F, Mme O Q épouse F, M. K F, M. V F, M. I F, M. M F, Mme D A, M. U N, M. T E, représentés par Me Marty, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2020 par lequel le maire de Toulouse a délivré à la société Green City Immobilier un permis de construire valant permis de démolir pour la construction d'un ensemble immobilier de vingt-neuf logements, après démolition totale de l'existant, sur un terrain sis 12 rue Léon Tolstoï, ensemble la décision portant rejet de leur recours gracieux ;

2°) d'annuler par voie de conséquence l'arrêté du 7 octobre 2020 par lequel le maire de Toulouse a délivré à la société Green City Immobilier un permis de construire modificatif ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la commune de Toulouse et de la société Green City Immobilier la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté du 25 mai 2020 a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de demande ne comprend aucun élément quant au projet développé par la société Georges Promotion sur une parcelle connexe au terrain d'implantation du projet en litige, ce qui n'a notamment pas permis au service instructeur d'apprécier les garanties de sécurité pour ces projets ;

- le projet aggrave les conditions de circulation sur la rue Léon Tolstoï en méconnaissance de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- l'accès et la voie interne du projet ne permettent pas aux véhicules de secours d'accéder aux logements en méconnaissance du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H) ;

- le bâtiment D a une hauteur sur voie supérieure à la largeur de la rue Eugène d'Hautpoul et méconnaît en conséquence le règlement du PLUi-H ;

- le projet méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme et les dispositions du règlement du PLUi-H en matière de desserte d'évacuation des eaux pluviales, en l'absence d'autorisation de raccordement au réseau privé d'eaux pluviales existant au niveau de la rue Eugène d'Hautpoul ;

- le maire aurait dû imposer, en application du règlement du PLUi-H, des places de stationnement supplémentaires pour les visiteurs au regard de l'importance de l'opération, de la nature de l'offre de stationnement à proximité et de l'offre de transport en commun existante dans la zone ;

- le projet méconnaît le règlement du PLUi-H dans la mesure où les locaux dédiés au stationnement des vélos ne sont pas directement accessibles depuis l'espace public par un cheminement adapté.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 février et 8 juillet 2021, la société par actions (SAS) simplifiées Green City Immobilier, représentée par Me Courrech, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu'un sursis à statuer soit prononcé sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et en toute hypothèse à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2021, la commune de Toulouse, représentée par Me Rivoire, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par ordonnance du 24 juin 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 12 juillet suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. R,

- les conclusions de M. Mony, rapporteur public,

- les observations de Me Guerrier, substituant Me Marty, représentant M. C et autres, celles de Me Santangelo, substituant Me Rivoire, représentant la commune de Toulouse et celles de Me Courrech, représentant la société Green City immobilier.

Considérant ce qui suit :

1. La société Green City Immobilier a déposé, le 27 décembre 2019, une demande de permis de construire valant permis de démolir pour la construction d'un ensemble immobilier de vingt-neuf logements, après démolition totale de l'existant, sur un terrain sis 12 rue Léon Tolstoï à Toulouse. Par un arrêté du 25 mai 2020, le maire de Toulouse a délivré l'autorisation sollicitée. M. C et autres ont formé un recours gracieux contre cette décision le 21 juillet 2020, qui a été rejeté le 21 septembre 2020. Par arrêté du même jour, le maire de Toulouse a délivré un permis de construire modificatif à la société Green City Immobilier. Les requérants demandent l'annulation des deux permis de construire accordés à la société Green City Immobilier, ensemble la décision rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 10 décembre 2019, régulièrement affiché en mairie et transmis au représentant de l'Etat le même jour, le maire de Toulouse a délégué à Mme L P, adjointe au maire, et signataire de l'arrêté du 25 mai 2020, ses fonctions dans le domaine de l'urbanisme, et notamment à l'effet de signer les décisions de permis de construire et de permis de démolir. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 25 mai 2020 doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les requérants soutiennent que le dossier de demande de permis de construire ne comprend aucun élément quant au projet développé par la société Georges Promotion sur une parcelle connexe au terrain d'implantation du projet en litige. Toutefois, alors que ce projet n'était pas autorisé au 25 mai 2020, et à supposer même qu'une telle pièce soit requise, il ressort de la notice architecturale que l'accès et le cheminement interne de ce projet seront mutualisés avec ceux de l'autorisation contestée. Cette même notice indique que ce projet connexe, qui ressort d'ailleurs de certains plans du dossier de demande, comprend trente-quatre logements. Par suite, et en tout état de cause, le dossier de demande n'était pas incomplet sur ce point.

4. En troisième lieu, il ressort du cahier des planches graphiques du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUi-H) de Toulouse métropole que la hauteur maximale autorisée du projet est calculée en fonction de la largeur de la voie. Aux termes du paragraphe 2, relatif aux règles graphiques définissant notamment les valeurs de hauteur, de la section 1 du chapitre 2 du titre 2 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, de ce règlement : " 2.1 / () Précisions pour l'application de la hauteur sur voie : / sont prises en compte : les voies ouvertes à la circulation publique, les places publiques, les axes de transport en commun, etc / en sont exclues : les venelles, les cheminements piétons et les pistes cyclables ne constituant pas des dépendances de la voirie, les parcs et jardins publics () ".

5. Il ressort des dispositions citées au point précédent que pour calculer la hauteur sur voie, soit la distance comptée horizontalement du bâtiment projeté à l'alignement opposé, les voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique sont prises en compte à l'inverse des voies non ouvertes à la circulation publique. Il ressort des pièces du dossier que la rue Eugène d'Hautpoul comprend de part et d'autre des panneaux de signalisation limitant l'accès à cette voie aux seuls riverains et services de voirie. En conséquence, par cette matérialisation, même en l'absence d'obstacle à la circulation, les propriétaires de cette voie privée ont entendu la fermer à la circulation générale. Par suite, cette voie privée non ouverte à la circulation publique n'avait pas à être prise en compte pour le calcul de la hauteur des bâtiments B et D situés en bordure de cette voie. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des règles de hauteur maximale fixées par le cahier des planches graphiques du règlement du PLUi-H doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, le dossier de demande de permis de construire mentionne le raccordement du projet au réseau d'eaux pluviales existant sur la voie Eugène d'Hautpoul. Il n'avait pas à comprendre l'accord des propriétaires de ce réseau, à supposer même que celui-ci soit un réseau privé, dès lors que les autorisations d'urbanisme sont délivrées sous réserve des droits des tiers. Ainsi, le moyen doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes du paragraphe 2, relatif au stationnement des véhicules motorisés, de la section 4, relative au stationnement, du chapitre 2 du titre 2 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, du règlement du PLUi-H : " () 3- Dispositions complémentaires / 3.2 - Parking visiteurs / Dans les opérations à destination d'habitation, il pourra être exigé un nombre de places supplémentaires pour les visiteurs. Cette exigence s'appuiera en particulier sur l'importance de l'opération, sur la nature de l'offre de stationnement accessible existant à proximité, et l'offre des transports en commun () "

8. Les requérants soutiennent que le projet aurait dû comprendre un nombre de places supplémentaires pour les visiteurs au regard de l'insuffisance des capacités de stationnement du quartier. Il ressort des pièces du dossier, que le projet est conforme aux obligations prescrites par le PLUi-H en matière de stationnement dans la zone dès lors qu'il prévoit quarante-quatre places pour vingt-neuf logements, soit environ une place et demie par logement. S'il n'est pas situé en zone d'influence des transports en commun, il est implanté à proximité de deux lignes de bus. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de constat d'huissier produit par les requérants, que les places de stationnement situées sur la portion de la rue Tolstoï entre la rue des Palmiers et la rue Eugène d'Hautpoul seraient saturées. Par suite, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le maire de Toulouse n'a pas exigé la création de places de stationnement supplémentaires pour les véhicules des visiteurs.

9. En sixième lieu, aux termes du paragraphe 3, relatif au stationnement des vélos, de la section 4 du chapitre 2 du titre 2 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, du règlement du PLUi-H : " 1- Champ d'application et caractéristiques des emplacements : / () 1.2. - Caractéristiques / () Les emplacements devront être accessibles facilement sans portage de vélo. / Dans les cas d'opération de plus de deux logements, les emplacements devront également être accessibles directement depuis l'espace public par un cheminement adapté. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le projet prévoit un local à vélos de 60 m² au rez-de-chaussée du bâtiment D, qui est directement accessible depuis notamment la voie interne du projet qui débouche sur la rue Tolstoï. Par suite, l'autorisation contestée est conforme aux dispositions précitées et le moyen doit être écarté.

11. En septième lieu, aux termes de la section 1, relative à la desserte par les voies publiques ou privées, du chapitre 3 du titre 2 de la partie 2, relative aux dispositions communes à l'ensemble des zones, du règlement du PLUi-H : " () paragraphe 1 : Les accès / Cas général : / () Les accès doivent () répondre aux exigences de la sécurité publique, de la défense incendie et de la protection civile (). / Paragraphe 2 : Voirie / () Les voies privées doivent présenter des caractéristiques : / - adaptées à l'importance de l'opération projetée et au nombre total de logements desservis par cette voie / - permettant de satisfaire notamment aux exigences en matière de sécurité, de défense contre l'incendie, de protection civile (). " Aux termes du paragraphe 1, relatif à l'implantation des constructions, de la section 1 du chapitre 2 du titre 4, relatif à la zone UM4, de la sous-partie 1 de la partie 3 de ce même règlement : " () 3- Implantation des constructions non contiguës sur une même unité foncière / Dans tous les cas, les constructions non contiguës implantées en vis-à-vis sur une même unité foncière, doivent l'être de telle sorte que soit aménagé entre elles un espace suffisant pour permettre l'entretien des marges d'isolement et des constructions elles-mêmes, et s'il y a lieu, le passage et le bon fonctionnement des moyens de lutte contre l'incendie et autres moyens de secours ou d'urgence () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la voie interne du projet est rectiligne et d'une largeur de cinq mètres, qui est suffisante et proportionnée à l'importance du projet, et de nature à permettre le passage des véhicules de lutte contre l'incendie, alors que l'accès au projet n'est pas limité par la pergola prévue, contrairement à ce qu'allèguent les requérants, dès lors que celle-ci doit s'implanter au-dessus des places aériennes de stationnement. Si les requérants soutiennent également que des bâtiments seraient inaccessibles aux véhicules de secours, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration des lieux fasse obstacle à l'accès à tout bâtiment et au déploiement du matériel des services de lutte contre l'incendie, alors que le poteau d'incendie existant est situé à proximité du projet.

13. En huitième et dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ".

14. Il ressort des pièces du dossier que l'accès du projet se situe au 12 rue Léon Tolstoï. A ce niveau, la largeur de la voie est d'environ 3,55 mètres ainsi que cela ressort du constat d'huissier versé par les requérants, en sus d'un trottoir d'environ un mètre de large. L'accès est situé à proximité du croisement de la rue Léon Tolstoï avec la rue Eugène d'Hautpoul, et cette section de la rue Léon Tolstoï est d'une largeur d'environ sept mètres. Les automobilistes disposent sur cette voie d'une parfaite visibilité, la vitesse y est limitée à 30 km/h et un ralentisseur est présent à proximité immédiate de la voie d'accès. Si les requérants font état d'un risque quant aux conditions de circulation sur la rue Léon Tolstoï en raison de l'accroissement du nombre de véhicules induit par le projet, il n'est pas établi que cette voie ne pourrait absorber le trafic résultant du projet contesté. A cet égard, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir de l'implantation d'un projet utilisant cette même voie dès lors que celui-ci n'était pas encore autorisé à la date du permis de construire contesté. Enfin, le projet comporte une plateforme de 5x5m au niveau de l'accès permettant d'assurer un croisement en toute sécurité des véhicules entrant et sortant. Le gestionnaire de la voirie a d'ailleurs rendu un avis favorable au projet. Si les requérants font état de l'existence de stationnements empiétant sur la rue Léon Tolstoï, ils ne sont pas situés au niveau de l'accès du projet dont il n'est ainsi pas établi qu'il entraînerait un accroissement des risques pour la sécurité publique. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par les requérants à fin d'annulation de l'arrêté du 25 mai 2020 portant délivrance d'un permis de construire et de la décision portant rejet de leurs recours gracieux doivent être écartés ainsi que celles tendant à l'annulation par voie de conséquence de l'arrêté du 7 octobre 2020 portant permis de construire modificatif.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Toulouse et de la société Green City Immobilier, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de ces derniers la somme demandée respectivement par la commune de Toulouse et la société Green City Immobilier sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et autres est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Toulouse et de la société Green City Immobilier présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G C, à M. H C, à M. B C, à M. J F, à Mme O Q épouse F, à M. K F, à M. V F, à M. I F, à M. M F, à Mme D A, à M. U N, à M. T E, à la société par actions simplifiées Green City Immobilier et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 9 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2022.

Le rapporteur,

A. R

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. S

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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