mercredi 12 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100200 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAMBARET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 15 janvier 2021, le 21 avril 2021, le 25 juin 2022 et le 15 juillet 2022, Mme C B, représentée par Me Chambaret, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 4 août 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé d'abroger l'obligation de quitter le territoire français sans délai édictée à son encontre le 1er avril 2019, ensemble la décision en date du 20 novembre 2020 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- la décision est intervenue en méconnaissance de son droit à être entendue ;
- la décision est entachée d'un défaut de motivation, car elle est exempte de tout visa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit car le motif ne saurait valablement fonder la décision en cause eu égard à la faculté ouverte à un étranger de solliciter l'abrogation de décision de refus de séjour et obligation de quitter le territoire ;
- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête de Mme B est irrecevable car la décision de rejet du recours gracieux est confirmative de la décision refusant l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français initiale ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une décision en date du 25 mai 2021, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal de grande instance de Toulouse a admis Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par ordonnance du 28 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 19 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bernos, rapporteur,
- et les observations de Me Chambaret, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit ;
1. Mme B, ressortissante algérienne, serait entrée en France en avril 2013, sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa Schenghen valide du 18 mars 2013 au 18 juin 2013. Elle n'a entamé aucune démarche en vue de sa régularisation. Elle a été interpellée par la police le 1er avril 2019 et a fait l'objet, le même jour, d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour pour une durée d'un an, qui n'a pas été contesté et est devenu définitif. Par un courrier en date du 8 juin 2020, réceptionné en préfecture le 12 juin 2020, elle a sollicité l'abrogation de cet arrêté. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande par décision en date du 4 août 2020. Mme B a présenté un recours gracieux à l'encontre de cette décision le 5 octobre 2020, recours qui a été rejeté le 20 novembre 2020.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, si Mme B soutient que la décision de refus d'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure car elle n'a pas été entendue avant son édiction et s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice des communautés européennes que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne, il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
3. En l'espèce, la requérante a sollicité l'abrogation de l'obligation de quitter le territoire sans délai avec interdiction de retour pour une durée d'un an qui lui a été notifiée le 1er avril 2019. Elle a pu, à l'occasion de cette demande, faire valoir l'ensemble des observations et pièces devant, selon elle, conduire à cette abrogation. Si elle indique qu'on lui a refusé de rencontrer les services, ce qu'elle n'établit pas, aucun principe du droit, ni texte ne faisait obligation à l'administration d'assurer une telle entrevue. Enfin, Mme B ne se prévaut d'aucun élément pertinent de nature à établir qu'elle aurait été privée de faire valoir des éléments qui auraient pu influer sur le contenu de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait le principe général des droits de la défense et son droit à être entendu doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision en cause comporte, contrairement à ce qui est soutenu, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Sur demande du bénéficiaire de la décision, l'administration est tenue de procéder, selon le cas, à l'abrogation ou au retrait d'une décision créatrice de droits si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait peut intervenir dans le délai de quatre mois suivant l'édiction de la décision ". Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé. L'administration est tenue d'abroger expressément un acte non réglementaire non créateur de droits devenu illégal ou sans objet en raison de circonstances de droit ou de fait postérieures à son édiction, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".
6. D'une part, si Mme B soutient que c'est à tort que le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur les dispositions de l'article L. 242-3 du code des relations entre le public et l'administration et lui a opposé à tort les conditions posées par cette disposition, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet, après avoir rappelé ces conditions, s'est fondé sur la seule circonstance que l'acte dont l'abrogation était demandée était selon lui dépourvu de toute illégalité, condition qui pouvait à bon droit et à elle seule fonder le rejet de la demande d'abrogation présentée par la requérante sur le fondement de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration qui lui était applicable. Par suite, si la décision attaquée vise un texte inapplicable à la requérante et en rappelle à tort les conditions d'application, elle est en revanche exempte de l'erreur de droit que lui impute Mme B. Ce moyen doit par suite être écarté.
7. D'autre part, la requérante ne fait pas état de circonstances de fait de nature à établir l'illégalité de l'arrêté du 1er avril 2019, de telle sorte que, celui-ci étant réputé légal, le préfet de la Haute-Garonne n'était nullement obligé de l'abroger. En conséquence, en refusant d'abroger ledit arrêté, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'appréciation.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Mme B se prévaut de son séjour en France alors qu'elle était âgée de neuf ans au cours de l'année scolaire 2001-2002, de sa relation avec un compatriote, titulaire d'un certificat de résidence de dix ans, de la naissance en France de son fils, le 20 septembre 2019, des troubles de santé qui affectent celui-ci et de la circonstance que sa mère, titulaire d'un certificat de résidence, est en situation de handicap et a besoin de son aide matérielle. Elle n'apporte toutefois aucune pièce à l'appui de ses allégations de nature à établir l'ancrage de sa vie en France et une quelconque insertion socioprofessionnelle, la naissance de son fils le 20 septembre 2019 ne justifiant pas à elle seule, au vu de son jeune âge, l'existence de liens durables avec la France dès lors notamment qu'elle n'établit pas entretenir de relation avec le père de celui-ci. Enfin, la mère de la requérante n'apparaît pas isolée en France, il n'est pas établi qu'elle ne puisse bénéficier d'une aide matérielle sur le territoire national. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision en date du 4 août 2020 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé d'abroger l'obligation de quitter le territoire français sans délai édictée à son encontre le 1er avril 2019 et de la décision en date du 20 novembre 2020 rejetant son recours gracieux. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les autres conclusions :
11. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 2 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
Mme Namer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.
Le rapporteur Le président
M. D
La greffière
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
N°2100200
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026