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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100284

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100284

mardi 17 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100284
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
FormationJuge unique chambre 5
Avocat requérantBEN SALEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 19 janvier 2021 et le 25 février 2022, la société civile immobilière (SCI) des Menhirs IV, représentée par Me Ben Salem, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge totale des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre de l'année 2018 dans les rôles de la commune de Castelnau-d'Estretefonds ;

2°) de prononcer la décharge partielle à hauteur de la somme de 67 231 euros pour l'année 2019 et de la somme de 67 249 euros pour l'année 2020 des cotisations de taxe foncière auxquelles elle a été assujettie au titre de la taxe foncière dans les rôles de la commune de Castelnau-d'Estretefonds ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI des Menhirs IV soutient que :

- la réclamation préalable formée au titre de l'année 2018 est recevable ;

- la décision d'admission partielle du 19 novembre 2020 ne lui a pas été notifiée ;

- la décision d'admission partielle du 27 novembre 2020 n'est pas motivée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;

- la valeur locative pondérée totale du local identifié sous l'invariant n° 118 0809088 W occupé par la société Loxam doit être fixée à 2 605 m² et non à 10 980 m² ; cet invariant doit être classé dans la catégorie DEP 2, compte tenu de la nature des activités de la société Loxam ;

- dès lors que la modification de la valeur locative ainsi déterminée résulte uniquement d'une erreur déclarative, elle est fondée à bénéficier du dispositif de planchonnement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions de la requête présentées au titre de l'année 2018 sont irrecevables, en l'absence de motivation de la réclamation préalable en méconnaissance des dispositions de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales, et l'action de la société requérante étant forclose lors du dépôt de la seconde réclamation du 12 novembre 2020 ;

- les moyens soulevés par la SCI des Menhirs IV et tirés de l'irrégularité de la notification de la décision d'admission partielle du 19 novembre 2020 et de l'absence de motivation de la décision d'admission partielle du 27 novembre 2020 sont inopérants ;

- le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision du 27 novembre 2020 n'est en tout état de cause pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme A,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

-et les observations de Me Gasc-Mizian, représentant la SCI des Menhirs IV.

Une note en délibéré, présentée pour la société requérante, a été enregistrée le 9 janvier 2023 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) des Menhirs IV est propriétaire sur le territoire de la commune de Castelnau-d'Estretefonds de locaux professionnels situé 7 avenue de l'Hers, à raison desquels elle a été assujettie à la taxe foncière au titre des années 2018 à 2020, pour des montants respectifs de 57 174 euros, 80 805 euros et 83 686 euros. La réclamation préalable formée par la SCI des Menhirs IV le 12 novembre 2020 a fait l'objet d'une décision d'admission partielle le 19 novembre suivant, un dégrèvement de 13 574 euros étant prononcé au titre de l'année 2019 et un dégrèvement de 16 437 euros étant prononcé au titre de l'année 2020.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : "() En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée./ Les décisions de l'administration sont notifiées dans les mêmes conditions que celles prévues pour les notifications faites au cours de la procédure devant le tribunal administratif. ".

3. Les irrégularités qui peuvent entacher la décision prise par le directeur sur la réclamation du contribuable sont sans influence sur la validité de l'imposition contestée et ont pour seul effet de priver l'administration et, après elle, le juge, de la possibilité d'opposer au contribuable la tardiveté de ses conclusions devant le tribunal administratif. Par suite, les moyens soulevés par la société requérante et tirés de l'insuffisance de motivation de la décision statuant sur sa réclamation préalable, et de la notification de cette décision à une personne qui n'était pas habilitée pour la recevoir, doivent être écartés comme inopérants.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1415 du code général des impôts : " La taxe foncière sur les propriétés bâties, la taxe foncière sur les propriétés non bâties et la taxe d'habitation sont établies pour l'année entière d'après les faits existants au 1er janvier de l'année d'imposition. ". L'article 1498 du même code dispose, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " I. - La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie, autres que les locaux mentionnés au I de l'article 1496, que les établissements industriels mentionnés à l'article 1499 et que les locaux dont la valeur locative est déterminée dans les conditions particulières prévues à l'article 1501, est déterminée selon les modalités prévues aux II ou III du présent article./ Les propriétés mentionnées au premier alinéa sont classées dans des sous-groupes, définis en fonction de leur nature et de leur destination. A l'intérieur d'un sous-groupe, elles sont classées par catégories, en fonction de leur utilisation, de leurs caractéristiques physiques, de leur situation et de leur consistance. Les sous-groupes et catégories de locaux sont déterminés par décret en Conseil d'Etat./ II.- A. La valeur locative de chaque propriété bâtie ou fraction de propriété bâtie mentionnée au I est déterminée en fonction de l'état du marché locatif à la date de référence du 1er janvier 2013, sous réserve la mise à jour prévue au III de l'article 1518 ter./ Elle est obtenue par application d'un tarif par mètre carré déterminé conformément au 2 du B du présent II à la surface pondérée du local définie au C du présent II./ () C. - La surface pondérée d'un local est obtenue à partir de la superficie de ses différentes parties, réduite, le cas échéant, au moyen de coefficients fixés par décret, pour tenir compte de leur utilisation et de leurs caractéristiques physiques respectives. () ". Aux termes de l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts : " Pour l'application du second alinéa du I de l'article 1498 du code général des impôts, les propriétés bâties mentionnées au premier alinéa de ce même I sont classées selon les sous-groupes et catégories suivants :/ Sous-groupe I : magasins et lieux de vente :/ () catégorie 5 : magasins de très grande surface (surface principale supérieure ou égale à 2 500 m²./ () Sous-groupe III : lieux de dépôt ou de stockage et parcs de stationnement :/ Catégorie 1 : lieux de dépôt à ciel ouvert et terrains à usage commercial ou industriel ;/ Catégorie 2 : lieux de dépôt couverts () ".

5. Il résulte de l'instruction que les locaux appartenant à la SCI des Menhirs IV et identifiés sous l'invariant 118 809088, occupés par la société Loxam, étaient initialement classés dans le sous-groupe I, magasins et lieux de vente, dans la catégorie 5 correspondant aux magasins de très grande surface, dont la surface principale est supérieure ou égale à 2 500 m². Après une visite des lieux faisant suite à la réclamation formée par la société requérante, l'administration fiscale a modifié la catégorie de cet invariant en le classant dans le sous-groupe III, lieux de dépôt ou de stockage et parcs de stationnement, catégorie 1, lieux de dépôt à ciel ouvert et terrains à usage commercial ou industriels. La SCI des Menhirs IV soutient que cet invariant devrait être classé, au sein du même sous-groupe, dans la catégorie 2 correspondant aux lieux de dépôts couverts. Toutefois, les espaces en cause, occupés par la société Loxam, servent à l'entreposage de différents matériels et sont dans leur majeure partie à l'air libre, ainsi qu'il ressort des photographies aériennes produites à l'appui de la requête. Ainsi, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que cet invariant devrait être classé dans la catégorie 2 du sous-groupe III tel que défini par l'article 310 Q de l'annexe II au code général des impôts.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 324 Z de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application du C du II de l'article 1498 du code général des impôts, la surface pondérée d'un local est la somme, le cas échéant arrondie au mètre carré inférieur, des superficies de ses différentes parties, affectées, le cas échéant, du coefficient mentionné au troisième alinéa./ La superficie des différentes parties d'un local, y compris celle des dégagements et sanitaires, est la superficie réelle, mesurée au sol, entre murs ou séparations et arrondie au mètre carré inférieur./ Lorsque l'une de ces parties a une valeur d'utilisation réduite par rapport à l'affectation principale du local, la superficie de cette partie est réduite par application d'un coefficient fixé à 0,5 lorsque cette partie est couverte et à 0,2 dans le cas contraire. ".

7. Si la société requérante demande, pour le calcul de la valeur locative révisée de son bien, l'application d'un nouveau classement des surfaces en fonction de leur utilisation, à savoir P1 : 380 m², P2 :350 m², P3 : 10 000 m² et PK2 : 250 m², elle n'apporte aucune justification précise à l'appui de sa demande. Par suite, le moyen doit être écarté comme n'étant pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 1518 A du code général des impôts : " I. - 1. En vue de l'établissement de la taxe foncière sur les propriétés bâties, de la cotisation foncière des entreprises, de la taxe d'habitation et de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, la valeur locative des propriétés bâties mentionnées au I de l'article 1498 est corrigée par un coefficient de neutralisation./ Ce coefficient est égal, pour chaque taxe et chaque collectivité territoriale, au rapport entre, d'une part, la somme des valeurs locatives non révisées au 1er janvier 2017 des propriétés bâties mentionnées au même I de l'article 1498 imposables au titre de cette année dans son ressort territorial, à l'exception de celles mentionnées au 2 du présent I, et, d'autre part, la somme des valeurs locatives révisées de ces mêmes propriétés à la date de référence du 1er janvier 2013./ Le coefficient de neutralisation déterminé pour chacune de ces taxes s'applique également pour l'établissement de leurs taxes annexes./ () III. - Pour les impositions dues au titre des années 2017 à 2025 :/ 1. Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du I est positive, celle-ci est majorée d'un montant égal à la moitié de cette différence ;/ 2. Lorsque la différence entre la valeur locative non révisée au 1er janvier 2017 et la valeur locative résultant du même I est négative, celle-ci est minorée d'un montant égal à la moitié de cette différence ;/ 3. Pour les communes, chaque majoration ou minoration mentionnée aux 1 et 2 appliquée aux valeurs locatives communales servant à l'établissement de la base d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties est égale au rapport entre :/ 1° D'une part, la somme du produit de taux d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties de la commune, appliqué en 2020, par la majoration ou minoration mentionnée aux 1 ou 2 appliqué à la valeur locative servant à l'établissement de la base d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties communale et du produit du taux d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties du département, appliqué en 2020, par la majoration ou minoration mentionnée aux 1 et 2 appliquée à la valeur locative servant à l'établissement de la base d'imposition à la taxe foncière sur les propriétés bâties départementale ;/ 2° D'autre part, la somme des taux d'imposition de la taxe foncière sur les propriétés bâties de la commune et du département appliqués en 2020./ Le présent III n'est applicable ni aux locaux mentionnés au 2 du I du présent article, ni aux locaux concernés par l'application du I de l'article 1406 après le 1er janvier 2017, sauf si le changement de consistance concerne moins de 10 % de la surface de ces locaux./ IV. - Pour la détermination des valeurs locatives non révisées au 1er janvier 2017 mentionnées aux I et III, il est fait application des dispositions prévues par le présent code, dans sa rédaction en vigueur le 31 décembre 2016 () ".

9. Contrairement à ce qui est soutenu par la SCI des Menhirs IV, le nouveau classement du local occupé par la société Loxam ne résulte pas d'un changement d'affectation, mais de la rectification par l'administration fiscale d'une erreur déclarative. Par suite, la société requérante ne saurait se prévaloir du bénéfice des dispositions précitées de l'article 1518 A quinquies du code général des impôts.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin de décharge présentées par la SCI des Menhirs IV doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI des Menhirs IV demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI des Menhirs IV est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière (SCI) des Menhirs IV et au directeur régional des finances publiques de la région Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2023.

La magistrate désignée,

F. A

La greffière,

M. B La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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