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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2100322

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2100322

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2100322
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-DRAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 janvier 2021 et le 15 février 2022, M. A C, représenté par Me Cohen-Drai, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2019 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a procédé au retrait de sa carte de résident ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui restituer une carte de résident ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est dépourvu de fondement légal, dès lors que la possibilité de retrait de la carte de résident n'est pas applicable aux ressortissants tunisiens, que sa situation n'entre dans aucun des cas prévus par les dispositions des articles R. 311-14 à R. 311-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il est entaché d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une méconnaissance de son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors qu'il n'a pas contracté de mariage dans un but étranger à l'union matrimoniale et qu'il est parfaitement intégré sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 février 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Namer, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, titulaire d'une carte de résident valable du 30 octobre 2013 au 29 octobre 2023 délivrée en application des stipulations de l'article 10 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988, a fait l'objet d'un arrêté du 17 octobre 2019 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a retiré cette carte de résident et l'a obligé à restituer ledit titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 17 janvier 2019 publié au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2019-025 du 18 janvier 2019, le préfet de la Haute-Garonne a consenti à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration et signataire de l'arrêté litigieux, une délégation à l'effet de signer notamment les décisions de retrait de titres de séjour. Aucune disposition ni aucun principe n'imposait au préfet de notifier cette délégation de signature à M. C. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles est fondée la décision de retrait de la carte de résident de M. C. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation de cet arrêté, manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Par dérogation aux dispositions du présent titre, un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré ".

5. Ainsi que le prévoit désormais l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration, la circonstance qu'un acte administratif a été obtenu par fraude permet à l'autorité administrative compétente de l'abroger ou de le retirer à tout moment. Le préfet de la Haute-Garonne pouvait ainsi retirer la carte de résident de M. C, au motif que celle-ci a été obtenue par fraude, quand bien même ce retrait ne correspond pas aux hypothèses de retrait de titres de séjour prévues par les dispositions des articles R. 311-14 à R. 311-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version applicable à la date de l'arrêté litigieux. A cet égard, la circonstance que M. C ne constitue pas une menace pour l'ordre public et ne puisse pas se voir retirer sa carte de résident en application du 10° de l'article R. 311-15 dudit code, dans sa version applicable, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux. Par ailleurs, si M. C est titulaire d'une carte de résident délivrée en application de l'article 10 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail, du 17 mars 1988, cela ne permet pas d'écarter l'application des dispositions de droit commun du code des relations entre le public et l'administration pour le retrait de cette carte de résident dès lors que, les conditions de retrait des titres de séjour n'étant pas traitées par ledit accord, celui-ci ne fait pas obstacle à l'application de la législation française sur ce point, ainsi que le prévoit son article 11. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux est dépourvu de base légale.

6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 4 avril 2016, le tribunal de grande instance de Toulouse a annulé le mariage célébré le 1er juin 2012 à Toulouse entre Mme D et M. C, au motif de l'absence d'intention matrimoniale. Le jugement précise qu'aux dires de Mme D, le comportement de son mari a radicalement changé à compter du 30 octobre 2013, date à laquelle il a obtenu sa carte de résident de dix ans, que celui-ci partait régulièrement en Tunisie pour de longs séjours sans l'y emmener, que des faits de violence physique et verbale ont été caractérisés à son encontre, qu'il n'a jamais contribué aux charges familiales et que " la preuve de l'escroquerie sentimentale dont elle a été victime est apportée au moyen des fiançailles du défendeur célébrées en Tunisie durant l'été 2015 ", M. C ayant d'ailleurs abandonné le domicile conjugal le 16 octobre 2015. Si ce jugement a été rendu alors que M. C ne s'était pas défendu dans le cadre de l'instance devant le tribunal de grande instance, il ressort de l'ordonnance de caducité rendue par la cour d'appel de Toulouse qu'il a fait appel du jugement mais n'a pas fait part de ses observations devant la cour. A cet égard, ses allégations selon lesquelles il traversait alors une période difficile et n'a pas été en mesure de poursuivre la procédure ne sont étayées par aucune des pièces qu'il produit. S'il conteste les faits retenus par le jugement précité, M. C ne verse aux débats aucun élément sur sa relation avec Mme D. Il produit d'ailleurs des attestations d'amis dont aucun ne fait mention de cette union. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne doit être regardé comme établissant que M. C a obtenu sa carte de résident en qualité d'époux d'une ressortissante française par fraude. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision de retrait de sa carte de résident est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C se prévaut de son intégration sur le territoire français et de son activité d'artisan, qu'il exerce depuis le 22 février 2017. Il soutient que la décision de retrait de sa carte de résident compromet sérieusement ses chances de faire bénéficier d'une autorisation de regroupement familial sa deuxième épouse, de nationalité tunisienne. Toutefois, ainsi qu'il a été dit, M. C a obtenu une carte de résident par fraude en épousant une ressortissante française sans intention matrimoniale. Par ailleurs, il n'établit pas avoir noué sur le territoire français des liens d'une particulière intensité, et il peut reformer sa cellule familiale en Tunisie avec son épouse. Cette décision ne porte donc aucune atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. C, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

S. NAMER

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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