mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2100675 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LASPALLES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 février et 21 juin 2021, M. B C, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire national ;
3°) de mettre à la charge de l'État les dépens et le paiement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un vice de procédure, à défaut de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable, en méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code de justice administrative ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ; le préfet ne pouvait se borner à prendre en considération les condamnations dont il a fait l'objet dont l'une date de plus de six ans et a été partiellement assortie du sursis et la deuxième date de plus de quatre ans ; il s'est, de plus, comporté de manière exemplaire en détention ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ; il a l'ensemble de sa famille proche en France ; son père, qui résidait en Centre-Afrique, est décédé ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juin 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Deux mémoires en production de pièces présentés pour M. C ont été enregistrés les 12 octobre 2021 et 21 octobre 2022 n'ont pas été communiqués.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- et les observations de Me Bourqueney, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 23 avril 1990, de nationalité centrafricaine, est entré en France au mois de janvier 2007, à l'âge de 17 ans et 8 mois, dans le cadre d'une demande de regroupement familial formulée par sa mère, reconnue titulaire du statut de réfugiée depuis le mois de juin 2005. Il a ensuite bénéficié, à ce titre, d'une carte de résident en qualité d'enfant de réfugiée, valable du 19 février 2007 au 18 février 2017. Cependant, M. C ayant fait l'objet de plusieurs condamnations pénales entre 2014 et 2019, il a été incarcéré et, le 5 novembre 2020, la commission départementale d'expulsion, saisie par le préfet de la Haute-Garonne, a émis un avis favorable à l'expulsion de l'intéressé, pour menace grave à l'ordre public, à l'issue de sa dernière période de détention. Par un arrêté du 1er décembre 2020, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a prononcé l'expulsion de M. C du territoire national.
Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Par une décision du 23 avril 2021, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à ce que soit prononcée son admission provisoire à l'aide juridictionnelle sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, contrairement à ce qu'allègue le requérant, l'arrêté litigieux comporte, de manière précise et détaillée, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. " En vertu de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : () 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière. "
5. Les dispositions des articles L. 522-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors en vigueur, déterminent de façon complète les règles de procédure administrative auxquelles est soumise l'intervention des arrêtés d'expulsion, dans des conditions qui garantissent aux intéressés le respect des droits de la défense et, par suite, excluent l'application des dispositions précitées relatives à la procédure contradictoire préalable à l'intervention des décisions qui doivent être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du vice de procédure ne peut donc être utilement soulevé. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. C a été informé, le 15 octobre 2020, de ce que le préfet de la Haute-Garonne envisageait de prononcer une mesure d'expulsion à son encontre et de qu'il était convoqué à cet effet devant la commission départementale d'expulsion, qui s'est réunie le 5 novembre 2020 et devant laquelle il est constant que M. C, accompagné de son conseil, a pu présenter les observations qu'il souhaitait faire valoir. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie ne peut, en tout état de cause, qu'être écarté.
6. En troisième lieu, et à supposer le moyen soulevé, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas réalisé un examen sérieux de la situation de M. C avant de décider de son expulsion du territoire français. A cet égard, si le requérant indique qu'il n'aurait pas pu faire valoir d'observations sur sa situation personnelle avant l'adoption de l'arrêté litigieux, il ressort au contraire des pièces du dossier, ainsi qu'il vient d'être exposé, qu'il a été entendu par la commission prévue par les dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, devant laquelle son avocat a également présenté des observations.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public. " Les infractions pénales commises par un étranger ne sauraient, à elles seules, justifier légalement une mesure d'expulsion et ne dispensent pas l'autorité compétente d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace grave pour l'ordre public. Lorsque l'administration se fonde sur l'existence d'une telle menace pour prononcer l'expulsion d'un étranger, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.
8. Il est constant que M. C a été condamné, le 19 août 2014, à deux ans d'emprisonnement pour vol avec violences n'ayant pas entraîné une incapacité totale de travail. Il a également été condamné, le 19 octobre 2016, à dix ans de réclusion criminelle pour viols. Si, certes, M. C se prévaut de ce qu'il aurait eu un comportement irréprochable en détention, qui a justifié qu'il bénéficie d'une libération conditionnelle à effet prévu à compter du 13 février 2020 et avec aménagement de peine sous bracelet électronique à compter du 13 juin 2019, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'il a été de nouveau placé sous mandat de dépôt puis maintenu en détention à raison de nouveaux faits d'extorsion par violence, menace ou contrainte de signature, promesse, secret, fonds, valeur ou biens, faits commis après sa remise en liberté conditionnelle et pour lesquels il a été condamné, le 12 décembre 2019, par le tribunal correctionnel de Toulouse, à 30 mois d'emprisonnement délictuel, peine aggravée à trois ans d'emprisonnement en appel, le 1er avril 2020. Au surplus, il ressort de la fiche pénale de l'intéressé qu'il avait fait l'objet, le 7 février 2017, d'une décision de retrait d'un crédit de réduction de peine de 25 jours à raison de son comportement en détention. Dans ces conditions, eu égard à la gravité et à la réitération des faits commis, à leur caractère encore relativement récent à la date de l'arrêté litigieux, en particulier des derniers faits commis alors qu'il bénéficiait d'une libération conditionnelle, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché son arrêté d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation en considérant qu'il représentait une menace grave pour l'ordre public.
9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
10. Il est constant que M. C est entré régulièrement en France au mois de janvier 2007, à l'âge de dix-sept ans et huit mois, et qu'il a bénéficié d'une carte de résident jusqu'au 18 février 2017 en sa qualité d'enfant de réfugiée. S'il fait état de la présence en France de sa mère, de ses trois frères et sœurs ainsi que d'oncles et de tantes, il n'établit pas, toutefois, l'intensité des liens qu'il aurait tissés avec ces derniers non plus, en tout état de cause, l'absence de tout lien personnel ou familial en République centrafricaine où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans et demi. Dès lors, eu égard au surplus à la particulière violence dont il a pu faire preuve, notamment à l'égard de son ex-compagne, et à son comportement agressif et violent envers les femmes y compris dans le cadre d'un aménagement de peine probatoire, ainsi que l'a relevé la commission d'expulsion, le préfet de la Haute-Garonne n'a, au vu de ces faits, de l'ensemble du comportement de l'intéressé et de ses liens en France, pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette mesure a été prise en décidant son expulsion. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit dès lors être écarté.
11. En dernier lieu, pour les mêmes raisons que celles exposées au point précédent, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
12. Il suit de là que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2020 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a prononcé son expulsion du territoire national.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et celles de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il puisse être fait droit à la demande présentée par le conseil de M. C à ce titre. Par ailleurs et en l'absence de tous dépens de l'instance, les conclusions présentées en ce sens par le requérant ne peuvent qu'être rejetées, en toute hypothèse.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. C.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président-rapporteur,
M. Hecht, premier conseiller,
Mme Pétri, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
T. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
S. HECHT
La greffière,
F. LE GUIELLAN
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026