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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101402

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101402

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCHAMBARET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2021 et des mémoires enregistrés le 10 juin 2021, le 26 août 2021 et le 20 février 2022, Mme A D, représentée par Me Chambaret, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 31 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

- les décisions contestées ont été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'elle n'a pu être entendue au préalable ;

- l'examen de sa demande de titre de séjour est entaché d'une méconnaissance de l'article L.114-6 du code des relations entre le public et l'administration ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 8 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Chambaret représentant la requérante.

Une note en délibéré, présentée pour Mme D, a été enregistrée le 18 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, née le 20 janvier 1993 à Tbilissi (Géorgie), de nationalité géorgienne, est entrée en France le 29 février 2020, munie d'un passeport biométrique de moins de dix ans. Elle a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour de six mois valable jusqu'au 24 septembre 2020, date à laquelle elle a demandé la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Sa demande a été rejetée le 18 février 2021 par le préfet de la Haute-Garonne qui l'a en outre obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours par une décision du même jour. Mme D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il a fait application, qu'il a retracé les principaux éléments du parcours migratoire de la requérante et de sa situation personnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne disposait d'aucun droit à se maintenir en France et devait être éloignée du territoire. La circonstance que le préfet n'ait pas précisé les alinéas de l'article 6 du règlement européen du 9 mars 2016 est sans incidence, dès lors que le fondement de la décision contesté se trouve dans les articles L.313-7 et R.313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expressément mentionnés par le préfet. Compte tenu de la rédaction de l'article R.313-10 de ce code, qui énumère de façon limitative les trois conditions pour bénéficier d'une dispense de visa long séjour, la mention selon laquelle la requérante ne remplit aucune de ces conditions constitue une motivation suffisante en fait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l'une des composantes du droit de la défense, tel qu'il est énoncé notamment au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l'Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l'autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l'ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, Mme D a expressément indiqué, dans le courrier du 15 février 2021 par lequel elle complétait sa demande de titre de séjour, qu'elle souhaitait être entendue avant toute décision défavorable. Il est constant que les services préfectoraux n'ont pas fait droit à cette demande d'entretien. Toutefois, la requérante ne précise pas les éléments, autres que ceux déjà communiqués par écrit, qu'elle aurait entendu porter oralement à la connaissance de l'administration et qui auraient pu influer sur le contenu des décisions contestées. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L.114-6 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à une administration est affectée par un vice de forme ou de procédure faisant obstacle à son examen et que ce vice est susceptible d'être couvert dans les délais légaux, l'administration invite l'auteur de la demande à la régulariser en lui indiquant le délai imparti pour cette régularisation, les formalités ou les procédures à respecter ainsi que les dispositions légales et réglementaires qui les prévoient ".

7. Il ne ressort pas de la demande de titre de séjour renseignée par la requérante le 24 septembre 2020 et jointe au dossier que celle-ci comportait une imprécision quant à son objet et son fondement juridique qui aurait dû conduire l'administration à la faire reformuler. L'arrêté contesté du 18 février 2021 démontre en effet que le préfet ne s'est pas mépris sur la portée de cette demande et l'a instruite tant au regard de l'article L.313-7 que de l'article L.313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'enfin, au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article R.313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable : " Peut être exempté, sur décision du préfet, de l'obligation de présentation du visa de long séjour prescrite au 2° de l'article R. 313-1:/ 1° L'étranger qui suit en France un enseignement ou y fait des études, en cas de nécessité liée au déroulement des études. Sauf cas particulier, l'étranger doit justifier avoir accompli quatre années d'études supérieures et être titulaire d'un diplôme, titre ou certificat au moins équivalent à celui d'un deuxième cycle universitaire ou d'un titre d'ingénieur. Il est tenu compte des motifs pour lesquels le visa de long séjour ne peut être présenté à l'appui de la demande de titre de séjour, du niveau de formation de l'intéressé, ainsi que des conséquences que présenterait un refus de séjour pour la suite de ses études ;/ 2° L'étranger qui a suivi une scolarité en France depuis au moins l'âge de seize ans et qui y poursuit des études supérieures. A l'appui de sa demande, l'étranger doit justifier du caractère réel et sérieux des études poursuivies ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme D a adressé le 16 février 2021 une demande tendant à ce que l'administration instruise sa demande de titre de séjour sur le fondement de l'article R.313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, en prenant en compte l'information nouvelle de la naissance, le 8 février 2021, de son enfant. Il est constant que, si le préfet a bien instruit la demande de Mme D au regard de l'article R.313-10 de ce code, l'information de la naissance du jeune C, qui a été reçue le 18 février 2021 dans les services préfectoraux, n'a pas été prise en compte dans la décision contestée, édictée le même jour. Toutefois, la naissance de cet enfant est sans incidence sur le constat que Mme D ne remplit pas les conditions de diplôme ni de scolarité en France, fixées par ces dispositions, pour bénéficier d'une dispense de visa long séjour. Dès lors, la décision contestée a été prise au terme d'un examen complet de la situation de la requérante au regard du fondement juridique de la demande, et le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de son dossier doit, dans les circonstances de l'espèce, être écarté.

10. En cinquième lieu, la requérante n'apporte aucun élément démontrant que le déroulement de ses études nécessiterait qu'elle soit dispensée de l'obligation de visa long séjour, ni que la naissance de son enfant ferait obstacle à son retour en Géorgie pour y effectuer ces démarches, dans la mesure notamment où elle y dispose d'attaches familiales en la personne de ses parents et de son fils mineur de huit ans. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur sa situation doit être écarté.

Sur l'application de l'article L.761-1 du code de justice administrative :

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme D tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 février 2021 doivent être rejetées. Les conclusions qu'elle présente au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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