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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2101850

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2101850

mardi 9 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2101850
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS THALAMAS LACLAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er avril 2021 et 24 août 2022, M. A B, représenté par Me Thalamas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2021, par lequel le recteur de l'académie de Toulouse l'a reclassé à l'indice minimum de la première catégorie sur plusieurs périodes s'échelonnant du 23 janvier 2012 au 31 août 2015 et a fixé sur cette même période sa rémunération à un indice brut de 460 ;

2°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse, de procéder à son classement pour les périodes d'engagement entre les 23 janvier 2012 et 31 août 2015 dans la première catégorie et de réexaminer sa rémunération en tenant compte, au sein de la première catégorie, des indices minimum, moyen et maximum, en fonction notamment de son expérience et des caractéristiques particulières des postes occupés, de lui attribuer un indice brut correspondant à l'indice moyen de la première catégorie et de lui attribuer un indice croissant pour chacun de ses contrats ;

3°) d'enjoindre au recteur de l'académie de Toulouse de liquider sur cette base, les sommes qui lui sont dues au titre de la rémunération non versée, augmentées des intérêts au taux légal à compter de la date de dépôt de la requête ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation, dès lors qu'il ne justifie pas l'indice minimum retenu ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il présente le plus haut niveau d'études possible pour un poste d'enseignant contractuel ainsi qu'une longue expérience professionnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2022, le recteur de l'académie de Toulouse conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 81-535 du 12 mai 1981 ;

- le décret n° 86-83 du 17 janvier 1986 ;

- l'arrêté du 29 août 1989 fixant la rémunération des professeurs contractuels ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu, rapporteure ;

- les conclusions de Mme Nègre- Le Guillou, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Tesseyre, substituant Me Thalamas, représentant M. B, également présent.

Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 20 mars 2024 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté en qualité de professeur contractuel en anglais du 22 janvier 2012 au 1er juillet 2012 au lycée Galliéni de Toulouse, du 11 septembre 2012 au 23 mars 2013 et du 24 mars 2013 au 31 août 2013 au lycée Clément Marot de Cahors, du 1er septembre 2013 au 31 août 2014 aux lycées Guynemer de Toulouse et Paul Mathou de Gourdan-Polignan (Haute-Garonne) et du 1er septembre 2014 au 31 août 2015 au lycée Guyenmer de Toulouse dans la même académie. Par un jugement n°1804766 du 8 décembre 2020, le tribunal administratif de Toulouse a annulé les décisions de rejet prises par le recteur de l'académie de Toulouse en tant qu'elles refusaient de classer M. B, dans une catégorie supérieure à la deuxième catégorie et de lui verser le différentiel de rémunération résultant de son classement en première catégorie. Par un arrêté du 15 mars 2021, M. B a été reclassé sur l'indice minimum de la première catégorie, soit un indice brut de 460, à compter du 23 janvier 2012, et a perçu la différence de rémunération résultant de son reclassement dans la catégorie 1 sur son bulletin de salaire du mois d'avril 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, d'annuler l'arrêté du 15 mars 2021, en tant que le recteur de l'académie de Toulouse l'a reclassé sur l'indice minimum de la première catégorie sur plusieurs périodes s'échelonnant du 23 janvier 2012 au 31 août 2015 et a fixé sur cette même période sa rémunération à un indice brut de 460.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ;

3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. "

3. L'arrêté attaqué du 15 mars 2021 n'est pas au nombre des décisions administratives défavorables dont l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration impose la motivation. Par suite, le moyen tiré de son insuffisance de motivation est inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 1er du décret du 12 mai 1981 relatif au recrutement de professeurs contractuels : " Lorsque dans les établissements publics locaux d'enseignement et les établissements de formation relevant du ministre chargé de l'éducation nationale des emplois de professeur n'ont pu être pourvus par des maîtres titulaires de l'enseignement du second degré, les recteurs d'académie peuvent recruter des professeurs contractuels. / () ". Aux termes de l'article 4 de ce même décret : " Pour l'établissement des contrats, les candidats sont classés, par l'autorité qui procède à leur engagement en fonction des titres universitaires qu'ils détiennent ou de leur qualification professionnelle antérieure, dans l'une des quatre catégories suivantes ; hors catégorie, première catégorie, deuxième catégorie, troisième catégorie. () ". Aux termes de l'article 5 du même décret : " Il est créé quatre catégories de rémunération de professeurs contractuels dotés chacune d'un indice minimum, moyen et maximum. Les indices bruts servant à la détermination de la rémunération selon les catégories sont fixés par un arrêté conjoint des ministres chargés de l'éducation nationale, du budget et de la fonction publique. / L'indice attribué à chaque agent est déterminé par l'autorité qui le recrute. ". En application de cette disposition, un arrêté du ministre de l'éducation nationale, de la jeunesse et des sports, du ministre de la fonction publique et des réformes administratives et du ministre délégué chargé du budget du 29 août 1989 a fixé les indices servant à la détermination de la rémunération des professeurs contractuels, sur la base des quatre catégories mentionnées à l'article 4 du décret : " hors catégorie (500 à hors échelle) ; première catégorie (460 à 965) ; deuxième catégorie (408 à 791) ; troisième catégorie (340 à 751) ".

5. Il résulte de ces dispositions que le classement d'un professeur contractuel dans l'une des quatre catégories mentionnées au point précédent est opéré par l'autorité administrative sur la base exclusive des titres universitaires détenus et de la qualification professionnelle antérieure. Il appartient ensuite à l'autorité administrative de déterminer la rémunération de l'agent en tenant compte, au sein de la catégorie retenue des indices, minimum, moyen et maximum prévus par l'arrêté du 29 août 1989, en fonction notamment de l'expérience de cet agent dans l'enseignement et des caractéristiques particulières du poste pour lequel il est recruté. Il incombe au juge, saisi d'une contestation en ce sens, de vérifier qu'en déterminant, d'une part, la classe de rattachement de l'agent et, d'autre part, sa rémunération, l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il ressort des pièces du dossier, d'une part, que M. B est titulaire de deux diplômes décernés par l'université canadienne St Catharines de niveau licence, d'un diplôme d'études approfondies en littérature française antique et comparée, d'une maîtrise en lettres modernes avec soutenance d'un travail d'études et de recherches sur la " traduction et commentaires de quatre nouvelles anglaises " et d'un doctorat en littérature française et comparée obtenu en 2009. Toutefois, les diplômes et certifications du requérant, qui ne peuvent être pris en compte que pour le classement dans une catégorie, classement que le requérant ne conteste pas au demeurant dans la présence instance, sont sans influence sur la fixation de l'indice appliqué pour sa rémunération.

7. D'autre part, si M. B soutient qu'il a systématiquement enseigné dans des lycées lors de ses affectations en qualité d'agent contractuel, notamment dans des classes de terminale littéraires, le recteur de l'académie de Toulouse soutient en défense, sans être sérieusement contesté, que M. B a essentiellement enseigné en section professionnelle et en lycée professionnel dans la discipline " lettres-anglais " en classe de seconde, une année seulement en lycée général dans la discipline " anglais ", et qu'il n'a par ailleurs jamais enseigné en tant qu'enseignant contractuel sur des niveaux post-baccalauréat de type BTS (brevet de technicien supérieur) ou classe préparatoire aux grandes écoles. Dans ces conditions, le recteur de l'académie de Toulouse a pu considérer, à bon droit, que les postes occupés par M. B en tant qu'enseignant contractuel ne présentaient pas de caractéristiques particulières.

8. Enfin, le requérant se prévaut d'une expérience professionnelle d'enseignement en langue anglaise et produit à l'appui de ses allégations, un curriculum vitae, établi par lui-même , mentionnant ses fonctions d'assistant pour élèves handicapés de 1990 à 1992, d'assistant d'anglais à l'école secondaire de grammaire et d'économie d'Ozd (Hongrie) et au lycée Pierre Fermat de Toulouse en 1993-1994, d'enseignant d'anglais à l'Université de Toulouse II de 1994 à 2003, et des fonctions de traducteur, de porteur de projet, de coordinateur de stage, de responsable adjoint d'un programme d'enseignement et de chercheur, ainsi qu'un état des services en date du 11 septembre 2015, établi et signé par le requérant lui-même et des récapitulatifs d'expérience professionnelle datés du 23 juin et du 1er juin 2008 certifiés par le directeur de l'école doctorale " lettres, langues et cultures " et le directeur du départemental d'anglais de l'université de Toulouse II. Toutefois, malgré l'expérience professionnelle du requérant, ces seuls éléments, qui ne permettent pas de déterminer le nombre d'heures d'enseignement effectuées par le requérant, et qui ne sont pas corroborés, notamment par des contrats de travail et des bulletins de salaires, ne suffisent à permettre de considérer que M. B disposerait d'une importante qualification professionnelle antérieure, notamment en matière d'enseignement d'anglais justifiant une rémunération supérieure à celle résultant de l'indice minimum de la première catégorie. Dans ces conditions, compte tenu du niveau d'expérience de M. B dans l'enseignement et des caractéristiques des postes sur lesquels il a été recruté, en retenant l'indice de rémunération minimum de la première catégorie, le recteur de l'académie de Toulouse n'a pas commis d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En troisième et dernier lieu, si M. B soutient que l'expérience acquise dans l'enseignement secondaire au cours de ses contrats successifs justifie son reclassement à des indices croissants pour chacun de ses contrats, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 7 et 8, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède, que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2021, par lequel le recteur de l'académie de Toulouse a reclassé M. B à l'indice minimum de la première catégorie sur plusieurs périodes s'échelonnant du 23 janvier 2012 au 31 août 2015 et a fixé sur cette même période sa rémunération à un indice brut de 460, doivent être rejetées.

Sur les conclusions en injonction :

11. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

12. Les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Molina-Andréo, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,

S. BALTIMORE

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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