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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2102097

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2102097

jeudi 5 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2102097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCOHEN-DRAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 avril 2021, un mémoire en production de pièces enregistré le 26 mai 2021, un mémoire enregistré le 10 décembre 2021, et un mémoire récapitulatif enregistré le 19 octobre 2022 qui n'a pas été communiqué, Mme A C, représentée par Me Cohen-Drai, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 mars 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions d'astreinte ;

3°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de retirer son inscription au système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

-les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire ne sont pas suffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ; les décisions portant interdiction de retour en France et fixation du pays de renvoi sont insuffisamment motivées en fait ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- il est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est privée de base légale par suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision portant interdiction de retourner en France est privée de base légale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences ;

- la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour et de l'obligation de quitter le territoire ;

- cette décision est contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 juin 2021 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 29 juin 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, née le 16 octobre 1979 à Alger (Algérie), de nationalité algérienne, est entrée en France selon ses déclarations le 8 juillet 2017 munie d'un visa court séjour délivré par les autorités consulaires espagnole à Alger. Sa demande d'asile a été rejetée en dernier ressort par la Cour nationale du droit d'asile le 18 janvier 2019. Elle a sollicité le 20 août 2020 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail, sur le fondement des articles 6 (5°) et 7 (b) de l'accord franco-algérien. Par arrêté du 10 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a interdit de retourner en France pour une durée d'un an. Mme C demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2020-290. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-algérien et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé le parcours de Mme C et les éléments déterminants de sa situation familiale et professionnelle, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloignée du territoire. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée à Mme C comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la motivation précise de l'arrêté contesté, que le refus de titre de séjour et la mesure d'éloignement en litige auraient été pris sans examen réel et sérieux de la situation de Mme C. Le moyen tiré, pour ce motif, de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

6. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ".

7. D'autre part, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C réside en France depuis quatre ans, qu'elle maîtrise la langue française et dispose d'une promesse d'embauche comme cuisinière par un restaurant qui a présenté à cette fin une demande d'autorisation de travail le 18 juin 2020. Toutefois, d'une part, elle ne démontre pas que cette seule circonstance justifierait, compte tenu des particularités de cet emploi et de sa formation, de déroger à l'obligation de visa long séjour rappelée par le préfet. D'autre part, Mme C, qui est célibataire sans enfant et par ailleurs dépourvue de logement autonome et de ressources propres, n'établit pas avoir noué des relations stables et intenses en France. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a pu lui opposer un refus de titre de séjour sans commettre d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

10. Ainsi qu'il est exposé au point 8, Mme C n'établit pas avoir noué des relations personnelles stables et intenses au cours de son séjour de plus de trois ans en France. Ainsi, alors même que Mme C n'aurait plus de liens familiaux en Algérie, comme elle l'affirme, il n'est pas établi que la décision contestée de refus de titre de séjour porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour opposé le 10 mars 2021 à Mme C doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

12. En premier lieu, aux termes du 10ème alinéa de l'article L.511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " La décision énonçant l'obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour dans les cas prévus aux 3° et 5° du présent I, sans préjudice, le cas échéant, de l'indication des motifs pour lesquels il est fait application des II et III ".

13. Il résulte du point 4 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. Par suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée.

14. En second lieu, le présent jugement rejetant les conclusions tendant à l'annulation du refus de titre de séjour opposé à Mme C, le moyen tiré de ce que l'illégalité de cette décision priverait de base légale l'obligation de quitter le territoire ne peut qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de Mme C le 10 mars 2021 doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

16. En premier lieu, la décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité de la requérante et précise qu'elle n'établit pas être exposée à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée en fait.

17. En deuxième lieu, le présent jugement rejetant les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire prise à l'encontre de la requérante, le moyen tiré de ce que l'illégalité de cette décision priverait de base légale la décision fixant le pays de renvoi ne peut qu'être écarté.

18. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est assorti d'aucune précision concernant les risques que pourrait courir Mme C en Algérie en cas de retour dans ce pays, doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :

20. En premier lieu, aux termes du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur: " Lorsqu'elle ne se trouve pas en présence du cas prévu au premier alinéa du présent III, l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ()". Aux termes du huitième alinéa de cet article : " () le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet.

21. En l'espèce, l'arrêté contesté vise les dispositions du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il est fait application. Il fait état des éléments de la situation de Mme C au vu desquels le préfet de la Haute-Garonne a arrêté, dans son principe et dans sa durée, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre, eu égard à la durée de sa présence sur le territoire français et à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France ainsi qu'à la circonstance qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement non exécutée. Cette motivation atteste ainsi de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressée, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée, tant en fait qu'en droit.

22. En deuxième lieu, comme cela vient d'être exposé, pour interdire à Mme C de revenir sur le territoire français en fixant la durée de cette interdiction à un an, le préfet de la Haute-Garonne, s'est fondé sur la circonstance selon laquelle elle s'est maintenue en France en dépit d'une mesure d'éloignement et ne démontre pas avoir créé sur le territoire national des liens personnels et familiaux intenses et stables. Si Mme C soutient ne pas avoir eu connaissance de l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre le 23 octobre 2019, il ressort de l'accusé de réception et du formulaire de suivi des services postaux que le courrier d'envoi de cette décision lui a été présenté mais n'a pas été retiré dans le délai prévu, et doit dès lors être regardé comme régulièrement notifié. Eu égard à ces circonstances, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français et fixer la durée de cette interdiction à un an.

23. En troisième lieu, il résulte du point 15 que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire doit être rejeté.

Sur les autres conclusions :

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 mars 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Coutier, président,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 janvier 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

B. COUTIERLe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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